29 février 2008, Libération

Didier Péron
Quotidien : vendredi 29 février 2008




Festivals cinéma à sec

Associations et indépendants
ne comptent plus sur les aides



Dans le domaine de l’action cinéma, l’incertitude demeure pour nombre de responsables d’associations et patrons de festivals qui n’obtiennent aucune réponse claire ni du côté du ministère ni du côté de leur Drac. Ainsi le festival Travelling à Rennes s’est déroulé début février sans que la baisse ne soit notifiée : «D’habitude le responsable cinéma de la Drac nous signifie notre budget en début d’année or là, on ne sait rien», explique Eric Gonzanet. La plupart des structures gèrent l’absence d’info, entre les effets d’annonces de la ministre qui assure que rien ne change et les coups de fil des collègues qui assurent qu’on leur coupe les vivres : moins 5.000 euros pour Passeurs d’image en Rhône-Alpes ; moins 8.000 euros pour Cinéfil à Blois ; moins 1.500 euros pour De la suite dans les images (Nord-Pas-de-Calais), etc. Les rencontres du cinéma d’Amérique Latine de Toulouse ont perdu leur subvention Drac mais ont été reconnues d’intêret national. Les pertes sont épongées par une aide du CNC. Ce n’est pas le cas des Rencontres Internationales de Paris qui se déroulent au Forum des Images. 35.000 euros d’aides viennent d’être retirés à une des manifestations les plus constantes éditorialement de la capitale.

Geneviève Troussier, directrice du Café des images à Hérouville-Saint-Clair (Calvados), a appris la semaine dernière par un coup de fil que son budget de 15.000 euros passait à 3.000 euros soit une baisse de 80 % : «Je me suis engagée sur des actions sur l’année et on va donc devoir puiser sur nos fonds propres. Ce que nous vivons là n’est qu’un début, 2009 verra déferler un tsunami sur les quelques rescapés de la première vague 2008.» Dans sa salle, elle montre de l’art et essai, des festivals consacrés aux aspects les plus novateurs de la production. Elle a fondé la Maison de l’image en Basse-Normandie (sur sollicitation de la Drac), en charge de toute la politique de soutien à la production. Elle ne mâche pas ses mots : «La politique actuelle est d’une bêtise crasse. Plutôt que de laisser chacun occuper un territoire spécifique et organiser sereinement les actions marginales, on nous demande de rejoindre le peloton.»


Responsable du cinéma la Salamandre à Morlaix, Nicolas Mey n’est pas directement touché par les baisses mais a noté au détour d’un courrier officiel un «dommage collalatéral» : pour la rentrée 2008, les options facultatives cinéma audiovisuel ne seront plus financées par la Drac. Le cinéma est partenaire culturel et touche une subvention pour un intervenant en collège et lycée. Le courrier l’invite néanmoins à «prendre les dispositions nécessaires en vue d’un nouveau plan de financement». Lequel ? Mystère.

28/02/2008 Le Mague Journal

Le Mague journal
le 28/02/2008



Festival Du grain à démoudre, coupez ?


Fin janvier, l’État, via la DRAC de Haute-Normandie, annonçait qu’il ne serait plus partenaire du festival européen de cinéma Du grain à démoudre. Suite à une vague de protestations, la DRAC est revenue sur sa décision, mais un appel à la vigilance est lancé par les jeunes cinéphiles.

Il était une fois dix-huit jeunes âgés de 10 à 23 ans. Tous ont été élèves d’une école primaire de Gonfreville l’Orcher (Seine-Maritime). Grâce à Nicole Turpin, leur directrice, et à Ginette Dislaire, directrice de la salle Art et Essai-Recherche l’Éden/le Volcan du Havre, ils eurent la chance d’être initiés à l’art cinématographique. Pendant leur scolarité, ils ont visionné des films du patrimoine, décortiqué des images, tourné des lettres filmées... Un exercice qui ne peut que produire du bon grain. Pas celui qu’on écrabouille, qu’on ratatine, qu’on écrase pour le réduire en poussière. Celui qui germe et pousse bien haut pour se gorger de soleil.

En 2000, entourés de professionnels et d’élus attentifs, ces jeunes cinéphiles ont créé un festival de cinéma unique. Son drôle de nom : Du grain à démoudre. Au programme de la première édition, des films (le Voleur de bicyclette, Mars Attacks, les Contrebandiers de Moonfleet, la Petite vendeuse de soleil...) et des ateliers (cinéma d’animation, prise de vue, montage...). Les rencontres gonfrevillaises étaient animées par Antoine Guillot, journaliste à France Culture, producteur et scénariste. Année après année, le festival a pris de l’assurance et s’est aventuré dans des programmations assez audacieuses.

Reconnu en France et en Europe, parrainé par des pointures comme Michel Ocelot (le père de Kirikou) ou Claude Duty (réalisateur de Filles perdues, cheveux gras), Du grain à démoudre a multiplié les nouveautés. Le festival a exploré de nombreux thèmes (L’Autre, La Peur, La Rébellion, L’Absurde...), organisé des rencontres européennes, préparé des soirées spéciales autour de lettres filmées, de films du patrimoine, de courts-métrages, de vieilles bobines familiales..., animé des échanges avec des professionnels, lancé des concours d’écriture de scénario, développé les ateliers, proposé des concerts (Wax Tailor, Bratsch, Mandino Reinhart/Tchavolo Schmitt) et mis en compétition courts et longs-métrages peu distribués réalisés dans divers pays du monde. Dewenetti (du Sénégalais Ousmane Diana Gaye) et White Palms (du Hongrois Szabolcs Hajdu) ont ainsi reçu le Grain d’or à l’issue de la dernière édition.

Parmi les partenaires du festival, on compte, outre la Ville de Gonfreville l’Orcher, le Département de Seine-Maritime, la Région Haute-Normandie, la CAF, l’Education nationale, l’Union européenne... et l’État. Le désengagement de la DRAC provoquerait quelques secousses financières, mais risquerait également de provoquer des turbulences ou des doutes chez les autres partenaires. « La multiplicité des financements garantit l’indépendance et le sérieux du festival, explique Ginette Dislaire, la coprésidente de l’association Du Grain à démoudre. Si l’Etat s’en va, l’équilibre sera rompu. » En prime, après la suppression arbitraire des rencontres internationales Cinéma et Enfance du Havre, on peut légitimement s’interroger sur ces mesures qui visent des initiatives favorisant l’esprit critique et l’éducation à l’image dans une société saturée d’images publicitaires et politiques manipulatrices...

Sous la pression, la DRAC réviserait sa copie. L’information n’étant qu’officieuse, les organisateurs et les défenseurs du festival Du grain à démoudre ont maintenu la manifestation prévue au Havre le 22 février, par ailleurs Journée nationale de mobilisation des professionnels du cinéma. Accompagnés par des élus, notamment par Jean-Paul Lecoq, député-maire communiste de Gonfreville l’Orcher, les jeunes ont symboliquement jeté des roses rouges dans les eaux sombres du petit port de pêche (notre photo).

Après le thème Etre(s) sensible(s) en 2007, les jeunes organisateurs ont choisi Le Rêve comme fil rouge du 9ème festival prévu en novembre 2008. Espérons que toute cette histoire ne virera pas au cauchemar comme dans les mauvais nanars.

Pendant l’alerte, les travaux continuent. Le festival Du grain à démoudre lance un nouveau concours de scénario. Thème imposé : Le Rêve. Pour participer, il suffit d’écrire un scénario de trois à cinq pages maximum, dactylographié, en français, en anglais ou en allemand, et de l’envoyer avant le 15 juin 2008 à :

Festival Du grain à démoudre Maison des associations, BP 95 76700 Gonfreville l’Orcher, France.

Cela s’adresse aux jeunes de 15 à 25 ans. Le jury sélectionnera six scénarios et proclamera les résultats en juillet. Les six gagnants seront invités au festival. Les textes retenus seront lus par des comédiens durant le 9ème festival qui aura lieu du 4 au 10 novembre 2008 et mis en ligne sur le site Internet de l’association.

Plus d’infos sur le site du festival
Courriel : contact@dugrainademoudre.net
Téléphone/Fax : +33 (0)2 35 47 12 85

28 février 2008, pétition lancée par le SPI

SPI - Syndicat des producteurs indépendants
Pour signer la pétition
envoyez un mail ici
avec la mention "je soutiens la pétition
QUE VIVE LA TÉLÉ PUBLIQUE"
suivie de vos nom, prénom, fonction


Que vive la télé publique

« Supprimer la publicité sur les chaînes et les radios du service public » : la décision politique est prise qui correspondrait à une attente supposée du public, et qui permettrait au service public de mieux remplir ses missions.

À chaînes privées, argent privé – à chaînes publiques, ressources publiques : sous l’apparence d’un raisonnement de bon sens, se profile la chronique d’un désastre annoncé.

Les solutions envisagées pour compenser le manque à gagner des ressources publicitaires relèvent en effet pour l’instant de véritables usines à gaz ou de « concours Lépine » de la taxe, ce qui fragilisera d’autant plus un service public déjà affecté par un sous financement chronique qui se répercute déjà sur les programmes.

Au-delà de ces questions se profile un discours récurrent selon lequel il n’y aurait pas de différence de programmes entre les chaînes privées et les chaînes publiques.

Nous qui sommes créateurs, producteurs d’œuvres cinématographiques et audiovisuelles, ne supportons plus ce discours ambiant.

Il ne s’agit pas ici de dire que tout va bien ; nos pratiques quotidiennes, les refus, les contestations, les combats que nous menons en témoignent.

Mais, non, non, mille fois non aux amalgames et raccourcis faciles.

Des preuves ?
  • Qui fait la diversité, et donc la richesse, du cinéma français, si ce ne sont les filiales cinéma de France 2, France 3, ARTE qui ne se limitent pas aux films de genre ou aux comédies populaires et qui co-produisent la plupart des films sélectionnés dans les Festivals ou primés aux César ?
  • Qui accepte de produire en France des documentaires et d’en diffuser régulièrement en prime ? C’est-à-dire de regarder le monde, notre société avec une durée, une finesse, des contradictions, un discours non manichéen ?
  • Qui diffuse à l’antenne cinq fictions françaises par semaine, et, bientôt, des fictions hors prime time, avec de vrais paris éditoriaux comme les Harkis, les Oubliés, Clara Sheller ou la collection Maupassant et des feuilletons quotidiens comme Plus belle la vie ?
  • Qui diffuse environ 150 courts métrages français par an à travers trois émissions hebdomadaires dédiées (Histoires courtes, Libre court et Court-circuit) ?
  • Qui diffuse des magazines politiques réguliers en dehors des périodes électorales ?
  • Qui a pris le risque de diffuser du théâtre en direct, genre totalement délaissé depuis les belles heures d’ Au théâtre ce soir ?
  • Qui diffuse quatre soirs par semaine un magazine culturel qui s’est imposé comme un lieu privilégié de débats et d’expression de la pensée ?
Alors, de grâce, essayons d’abord de faire un constat lucide sur ce qu’est la télé aujourd’hui : notre télévision publique, souvent attaquée ou brocardée, est sans doute une des meilleures du monde, de même d’ailleurs que notre télévision privée qui, quoique à la recherche assumée du « temps de cerveau disponible » du téléspectateur, reste la plupart du temps bien supérieure à celle de nos voisins.

Nous qui faisons cette télévision, sans détenir à nous seuls la vérité, sommes quand même mieux outillés que ceux qui ne la font pas, ni ne la regardent, pour en parler.

Battons-nous toujours davantage pour la diversité, l’intelligence et l’audace, mais reconnaissons avant tout ce que nous devons à cette télévision publique qui ne se sort pas si mal de sa triple mission « éduquer, informer, distraire ».

Battons-nous surtout pour qu’elle ait les moyens de poursuivre cette mission avec dignité, courage et persévérance.







28 février 2008, pétition lancée par le CRAC Centre


C R A C - CENTRE
Signez la pétition ici


Vers le démantèlement de la diversité
artistique et culturelle
en Région Centre ?


  • L’avènement et la banalisation manifeste d’un discours fondé sur la libre concurrence dite «nécessaire» entre secteur marchand et action publique.
  • En ce début d'année, les retours partiels de la Direction Régionale des Affaires Culturelles font apparaître un désengagement de l'État dans le soutien qu'il apportait jusqu'alors à un panel d'acteurs de l'action culturelle. Les plus touchées sont les associations artistiques et culturelles, compagnies, salles de spectacles, les festivals, cinémas de proximité, lieux de diffusion alternatifs et espaces de création.
  • Une politique budgétaire qui tend à séparer la création, la diffusion, l’éducation artistique et l’action culturelle.
  • Ce désengagement, bien que portant sur des montants relativement modestes pour l’Etat : de 5 à 20.000 € par structure et par an, soit l’équivalent de la moitié du budget annuel d’une structure) met en péril des structures et des emplois. Il a pour conséquence immédiate une réduction drastique des activités à destination des publics. Il n’a été précédé d’aucune concertation ni annonce. Aucune proposition d'évolution graduelle n'ont été proposée à ce jour aux structures concernées dont, les bilans d'activités et l'intérêt général de leurs actions n'ont été remis en cause.
  • Toutes formes de désengagement a des conséquences sur les politiques locales.
  • Cette évolution brutale de ces aides publiques va avoir pour conséquence de transformer profondément le paysage culturel de notre région. Elle remet en cause un maillage territorial qui garantissait une diffusion plurielle, la rencontre des œuvres avec un public large et diversifié, la pluralité de la production, la sensibilisation et la formation des publics.

QU’EST-CE QUE L’ACTION CULTURELLE EN REGION CENTRE ?
  • Aujourd’hui, l'avènement du multimédia sur Internet, l’omniprésence de la télévision dans le quotidien et l'utilisation massive d'outils numériques transforment en profondeur les pratiques culturelles. Ceci induit de nouveaux types de relations entre artistes, diffuseurs, producteurs et spectateurs. Nos structures jouent un rôle prépondérant : à la croisée de ces évolutions, elles travaillent quotidiennement à la construction de clefs de lecture et réalisent un travail charnière de pédagogie, de médiation en utilisant des cadres d'action perpétuellement réinventés dans les écoles, les hôpitaux, les prisons et, bien sûr, tout au long de l’année dans nos quartiers :
  • Les soirées de la Mariée Désirante (projections de films expérimentaux à la Scène Nationale d’Orléans)
  • Festival Extension (Tours)
  • Festival Quartier documentaire (Orléans)
  • Festival BanditsMages (Bourges)
  • Le village numérique (Orléans) …

Bien que les enjeux soient importants pour la diversité culturelle, les collectivités territoriales ne pourront pallier la diminution conséquente ou l'arrêt de ces financements. Or les structures concernées sont parmi les plus fragiles. Par leur petite taille, d’abord, mais aussi car celles-ci n’ont pas la même visibilité auprès du grand public qu’un cinéma ou un théâtre par exemple. Il est plus facile de s’attaquer aux petites associations ou compagnies qu’à ceux qui ont pignon sur rue. De plus, il faut savoir que chaque opération, même ponctuelle, demande un long travail souterrain, souvent mené par des bénévoles. Et sans appui financier pour couvrir les dépenses de fonctionnement, aucun projet ne peut aboutir.

Dans sa lettre de mission à la Ministre de la Culture du 01/08/2007, le Président de la République demande de « veiller à ce que les aides publiques favorisent une offre répondant aux attentes du public ». Or qui peut répondre efficacement à cette demande sinon ces petites structures, dont l’existence assure à la fois diversité de l’offre et proximité géographique ?



ET DEMAIN ?

Les baisses de subvention ciblent aujourd’hui le spectacle vivant, le multimédia, le cinéma et l’audiovisuel mais concernera certainement demain tous les secteurs artistiques et culturels sous différentes formes. Ex: Suppression de l’aide à la production réservée aux artistes plasticiens. La licence d'entrepreneur de spectacles qui est désormais obligatoire pour tout responsable de structure associative ou commerciale dont l'activité habituelle est la production de spectacles…

Autre exemple avec l’offensive des grands Circuits contre les salles de proximité à programmation Art et essai et contre les petites salles en milieu rural. Les Circuits accusent les salles aidées par les collectivités territoriales de concurrence déloyale. Or, contrairement aux Circuits, ces salles mènent un travail d’action culturelle et de diversification de la programmation qui les fragilise économiquement d’autant plus que les Circuits font pression sur les distributeurs pour monopoliser les films art et essai porteurs et veulent imposer un cinéma à plusieurs vitesses.

Quel choix aura le public lorsqu’il n’existera plus que les grandes institutions (musées, cinémas multiplexes, théâtres nationaux). Lesquels proposeront une palette plus réduite puisqu’il n’y aura plus autant de partenariats et de rencontres comme aujourd’hui avec les acteurs locaux actuels ?

C'est pourquoi nous souhaitons alerter l'opinion publique en amenant des éléments d'information aux élus, médias et réseaux d'acteurs sur le bien-fondé de nos actions et en favorisant l'ouverture d'un dialogue avec les pouvoirs publics sur la base d'une évaluation qualitative et quantitative des politiques publiques dans le domaine de la culture en région Centre.




25 février 2008, communiqué du Syndéac

25 février 2008
communiqué du Syndéac
relatif à la journée de mobilisation
du 29 février



Le dégel annoncé par le gouvernement pour le budget culture 2008 s'avère très insuffisant : près de la moitié des sommes a été utilisée pour payer les crédits d'investissement et les engagements de cofinancements européens. De la sorte, les aides aux compagnies indépendantes, les crédits d'action culturelle et les subventions aux festivals ainsi qu'à de nombreuses structures demeurent sévèrement touchés.

Le SYNDEAC appelle donc tous ses adhérents à rejoindre la mobilisation unitaire contre le désengagement de l'Etat qui aura lieu le:

vendredi 29 février 2008
à Paris
à partir de 15h00
Place du Palais Royal

Césars : Agnès Jaoui manifeste avec les réalisateurs


Lors de la cérémonie des Césars, vendredi dernier, une bande de réalisateurs sont restés à la porte, étroitement surveillés par un cordon de police.

A leur tête Agnès Jaoui (marraine de LaTéléLibre) qui a passé la soirée à distribuer un texte-pamphlet, “Cinéma Français : Avis de Tempête. État des lieux et propositions des réalisateurs pour revitaliser un système à bout de souffle“.

Ils s’inquiètent des intentions du gouvernement concernant l’évolution du financement du cinéma français (voir texte ci-dessous). Nous avons rencontré ces réalisateurs lors d’un conférence de presse au café jouxtant le théâtre du Châtelet, et dans la rue derrière des barrières, fièrement gardées par une vingtaine de policiers. Nous avons regardé passer les limousines pleines de stars, dont certaines n’ont pas daigné ouvrir leur fenêtre…

John Paul Lepers
Vidéo
Images : Joseph Haley
Son : Matthieu Daude
Montage : Clément Magnin








La SRF (Société des réalisateurs de films) publie son texte-pamphlet



“Etat des lieux et propositions des réalisateurs pour revitaliser un système à bout de souffle"

Deux coups de théâtre récents — la suppression de la publicité sur le service public et la “privatisation” du CNC préconisée par le gouvernement — inquiètent profondément les réalisateurs.

Nous avions déjà été alertés par la lettre de mission du Président de la République au Ministre de la Culture, qui insistait sur la nécessité de “répondre aux attentes du public”. Une ministre de la création qui veille aux attentes du public s’enlise forcément dans une contradiction inextricable. Car le public attend des artistes l’inattendu.

Répondre aux attentes du public en affaiblissant économiquement le service public et en prévoyant de privatiser CNC, voilà qui a sûrement retourné André Malraux dans sa tombe.

Ces mauvais coups surviennent au pire moment pour le cinéma français. A l’heure où les trois-quarts des entrées en salle se font avec 17% des films, où les réalisateurs et bon nombre d’intermittents sont précarisés, à l’heure où les films de l’Avance sur recettes sont ghettoïsés et où les aides initialement destinées à favoriser la création servent désormais à enrichir les plus riches, notre cinématographie n’a jamais été aussi menacée.

Pour sortir du cercle vicieux de la concentration, de la standardisation et de la banalisation, il est temps de réagir.

Valoriser la création, sauver la diversité culturelle, remettre le réalisateur au cœur du système, protéger la création des bouleversements technologiques actuels tout en ouvrant le cinéma à l’Internet, voilà ce que propose, aujourd’hui, la SRF…”


Journée de mobilisation nationale
contre le désengagement de l'Etat dans la culture
Vendredi 29 février - RDV 15h place du Palais Royal

28 février 2008, Le Monde

LE MONDE | 27.02.08 | 17h48
Lyon Envoyée spéciale

A Lyon, le gel des crédits
épargne les "gros"


Le directeur régional des affaires culturelles (DRAC) Rhône-Alpes, Jérôme Bouët, n'a pas eu l'autorisation de rencontrer Le Monde : l'affaire est trop sensible à l'approche des élections municipales. Sans doute aussi les récentes décisions en matière de crédits de l'Etat ne sont pas faciles à faire digérer aux théâtres et autres lieux culturels.

Car M. Bouët doit gérer la baisse du budget du spectacle vivant. Il avait fait un choix révolutionnaire : après l'annonce du gel de crédits de 6 %, fin 2007, il estimait qu'il fallait préserver les compagnies, déjà fragiles, et demander aux grosses institutions de consentir un effort. Mais il a dû s'adapter aux consignes de la ministre de la culture : en janvier, Christine Albanel décidait d'épargner le "cœur de réseau" (scènes nationales, centres dramatiques nationaux...) des coupes budgétaires. Dans la redistribution des cartes, les "gros", largement subventionnés, sont généralement les gagnants, et les "petits", déjà moins dotés, les perdants.

L'opéra en centre-ville, le Théâtre national populaire (TNP) de Villeurbanne,
le Centre chorégraphique national de Maguy Marin, à Rillieux-la-Pape, ont retrouvé leurs crédits de 2007. La Maison de la danse à Lyon, bien que non labélisée, est passée entre les gouttes. Mais pas l'Orchestre national de Lyon (- 94.000 euros) ni le Grame, centre national de création musicale (- 30.000 euros).

De leur côté, les scènes moins connues comme
le Théâtre de la Renaissance d'Oullins ou celui de Givors perdent 4 % des aides de l'Etat. Certes, les compagnies n'ont pas été touchées. Mais beaucoup fonctionnent aussi grâce aux crédits de l'action culturelle, inscrits sur une autre ligne budgétaire. Or ceux-ci sont en chute de 56 % dans la région, soit un manque à gagner de 600.000 euros. D'autres ont recours aux subsides de la politique de la ville, telle la compagnie Là Hors De, du quartier de la Duchère, à Lyon. En 2007, la DRAC gérait ainsi 34 millions d'euros pour le spectacle vivant, dont 29 millions pour les institutions et 5 millions pour une centaine de compagnies.

"
Nous sommes en danger parce que les compagnies sont en danger. Si elles n'ont plus les moyens de faire des ateliers avec le public, on est foutus", résume Gisèle Godard, qui dirige le Théâtre de Vénissieux et mène des projets d'éducation artistique via les compagnies. L'une d'elles, La Cordonnerie, vient de perdre l'aide de la DRAC de 10.000 euros. Ne restent plus que les 20.000 euros du conseil régional et le soutien des théâtres qui coproduisent ses ciné-concertsc.



Le "zinzin" réactivé

"
Il y a un risque pour l'emploi. Entre 500 et 700 intermittents du spectacle sont sortis de l'assurance-chômage en Rhône-Alpes depuis la réforme de 2003", indique Vincent Bady, ex-président du Syndicat national des arts vivants (Synavi) et membre du Nouveau Théâtre du 8e, à Lyon. Syndicats et directeurs de lieux subventionnés ont réactivé le "zinzin", groupe de vigilance né de la crise de l'intermittence. Les gros calibres et les petites structures se serrent les coudes : tous travaillent en réseau. Que l'un vienne à être fragilisé, et le château de cartes vacille

"
La présence de l'Etat, même symbolique, est nécessaire, souligne Françoise Pouzache, directrice du Théâtre de Givors. Il ne faut pas laisser les coudées franches aux collectivités locales : j'ai des collègues qui soumettent leur programmation aux élus..." Patrice Beghain, adjoint à la culture du maire de Lyon, Gérard Collomb (PS), n'est pas optimiste : "La confusion va se dissiper après les municipales. Nous ne sommes pas à l'abri de nouvelles coupes budgétaires." Et il prévient : "La ville consacre plus de 20 % de son budget à la culture et ne va pas suppléer au retrait de l'Etat."

Symbole de la montée en puissance de Lyon,
Les Subsistances, lieu de fabrique artistique, n'auraient jamais vu le jour sans l'impulsion de la ville et de la région. Ses directeurs espéraient "un redéploiement" des aides de l'Etat en leur faveur. Ce ne sera pas pour 2008. A Vaulx-en-Velin, le centre culturel Charlie-Chaplin ne reçoit plus d'aide ministérielle depuis plusieurs années. C'est là que, fin janvier, la secrétaire d'Etat à la politique de la ville, Fadela Amara, a évoqué son plan pour les banlieues - qui ne dit rien sur la culture.

Un peu amer, le directeur du lieu, Marc Masson, raconte : "
La DRAC nous dit : on ne vous subventionne plus, mais on aide les artistes en résidence chez vous." La roue tourne : l'une d'elles, la Nième Compagnie, vient d'apprendre que sa convention avec l'Etat ne serait pas reconduite.

Clarisse Fabre


Communiqué ACRIRA, GRAC et les Ecrans : Mathieu Almaric censuré aux César...

Cliquez sur les images pour les voir en grand


Février 2008 : Pays de la Loire, pacte des collectivités de gauche

Pacte des collectivités de gauche
pour des politiques culturelles dynamiques



Le gouvernement renonce
à l’ambition culturelle de la France !




La diminution du budget et la réorganisation du Ministère de la Culture auront de lourdes conséquences pour les professionnels et les publics de nos régions.

Aujourd’hui la Direction régionale des affaires culturelle des Pays de la Loire se refuse à communiquer l’ensemble de ses prévisions budgétaires et les baisses de subvention au secteur culturel. Pourtant, apparaît au coup par coup un important retrait dans tous les secteurs de la culture :
  • moins 43% sur l’action en direction des publics
  • moins 45% sur l’action en faveur de l’aménagement du territoire
  • moins 17% pour les établissements d’enseignement supérieur musique et danse
  • moins 30% pour les associations départementales pour la musique et la danse
  • moins 50% sur les politiques culturelles à l’international
  • disparition à terme des aides aux festivals
  • forte diminution sur les principaux établissements culturels de la Région,
  • scènes Nationales, compagnies théâtrales...

Au total, ce sont plusieurs centaines de milliers d’euros de financements culturels dans notre région qui disparaissent.

Aucun des secteurs de la vie culturelle n’est aujourd’hui en situation de continuer à supporter une baisse de l’investissement de l’Etat. Patrimoine, industries culturelles, spectacle vivant... des inquiétudes se confirment petit à petit pour l’emploi culturel et la pérennité d’une offre artistique diversifiée et de qualité aux publics.

Ce contexte budgétaire n’est pas conjoncturel mais l’affirmation de la volonté du gouvernement de se désengager des politiques culturelles pour les faire assumer par les collectivités locales ou les livrer au secteur marchand.

Etranglées par de nouvelles charges non compensées par l’Etat dans de nombreux secteurs de la vie publique, les collectivités ne pourront pas combler les abandons de l’Etat.

Face au désengagement de l’Etat, les collectivités locales dirigées par la gauche résistent autant que possible à l’effritement d’une ambition républicaine pour la culture. Elles revendiquent une vision de la culture au cœur de leur projet de territoire.

Cependant, refusant de laisser s’étouffer la vie culturelle et de jouer l’opposition et la mise en concurrence entre acteurs culturels, les collectivités locales de gauche, Région des Pays de la Loire, Département de Loire-Atlantique, Villes de Nantes, Angers, Le Mans, La Roche-sur-Yon, choisissent ici d’œuvrer ensemble pour maintenir une dynamique et offrir desperspectives possibles aux acteurs et aux citoyens.

Elles affirment leur volonté de construire ensemble une société de la culture et de la connaissance fondée sur l’idéal démocratique d’un citoyen instruit, éduqué, cultivé et donc armé d’un esprit critique et appellent à la mobilisation de toutes les collectivités qui partagent cette démarche dans la région.

C’est pour cette raison que l’Education et l’Ecole, les Arts, les Sciences et la Culture occupent une place centrale dans les projets électoraux, comme leviers d’émancipation et de développement tant pour les individus que pour la collectivité.

A contre-pied de l’Etat, elles revendiquent :
  • une attention particulière aux pratiques amateurs et à l’accompagnement des publics
  • un engagement au service de l’émergence artistique et de la diversité culturelle

Même si la diversité des contextes territoriaux impose le respect de la diversité des politiques culturelles pour lesquelles chaque collectivité assume en toute indépendance ses responsabilités, les collectivités s’engagent pour œuvrer ensemble à des politiques culturelles harmonisées.

Afin de fortifier l’action politique qu’ils entreprennent pour la culture, les élus de Villes, Intercommunalités, Département et Région issus de la gauche en Pays de la Loire s’engagent à :

  • assurer une coordination régulière entre collectivités dans un rôle de veille, de critique et de propositions face aux choix du gouvernement pour la culture
  • renforcer la concertation entre collectivités dans les décisions à prendre pour le développement des initiatives culturelles
  • rencontrer régulièrement professionnels et acteurs culturels
  • associer à ces rencontres territoriales une Conférence permanente de la culture à l’initiative du Conseil Régional des Pays de la Loire
  • soutenir les dynamiques de mise en réseau des différents secteurs de la culture.

Fortes de cet appel, les collectivités souhaitent démontrer qu’elles assument pleinement leurs compétences et responsabilités et qu’elles agiront en confiance avec les acteurs de la culture.

24 février 2008 Les acteurs artistiques et culturels de la Seine-Saint-Denis lancent un appel à soutien


Que vous soyez de Seine-Saint-Denis ou non,
si vous souhaitez rejoindre notre action,
merci d’envoyer votre soutien ici.



L’Etat abandonne l’art et la culture

Et vous ?



L'Etat se désengage du financement de l'art et de la culture. Les Laboratoires d'Aubervilliers sont directement concernés, une baisse de 11% affecte leurs activités en 2008. Les acteurs artistiques et culturels de la Seine-Saint-Denis lancent un appel à soutien que vous trouverez ci-dessous.
Nous sommes acteurs artistiques et culturels du département de la Seine-Saint-Denis, dans la diversité de nos statuts : centres dramatiques nationaux, scène nationale, scènes conventionnées, théâtres de ville, nouveaux territoires de l’art, espaces d’art visuel, cinémas plublics, équipements de musiques actuelles, festivals, compagnies et artistes indépendants. Nous subissons tous des réductions importantes (pour certains jusqu’à - 80% !) des crédits jusque-là affectés à nos structures par le ministère de la Culture.
Cette réduction concerne particulièrement – ce qui constitue un beau paradoxe en ces temps de « plan pour la banlieue » – tout le domaine habituellement nommé « démocratisation culturelle ». Il s’agit de toutes les actions que nous menons en direction des populations pour rendre possible la rencontre avec l’art dans nos cités.

Il est évident que plus l’oppression sociale est grande, plus les difficultés quotidiennes auxquelles se confrontent les familles limitent l’horizon de vie, plus la possibilité de s’intéresser à l’art, aux œuvres, est improbable. L’exclusion et les discriminations s’en trouvent ainsi renforcées. D’autant plus que certains considèrent que la culture n’est de toute façon pas une priorité, face aux problèmes de logement, de survie économique.

Plutôt que parler d’art, on prône alors une culture au rabais, instrumentalisée dans le meilleur des cas pour la paix sociale, l’occupationnel. Et l’on finit par ne même plus parler de culture, et par répondre à l’immense souffrance qui s’exprime dans nos quartiers par un déploiement de la force sans cesse plus massif.

Pourtant, l’un des principes fondateurs de l’émancipation humaine ne réside-t-il pas justement dans l’effort pris en charge par la société tout entière pour que chacun puisse avoir accès au savoir, aux œuvres des auteurs ? Il s’agit bien sûr de définir ainsi un horizon de responsabilité publique, sans jugement de valeur sur tel ou tel comportement individuel. Mais à une époque de plus en plus écrasée par l’uniformisation des esprits créée par les industries culturelles, les démarches singulières vers la fréquentation de tel ou tel auteur ne vont pas de soi pour le plus grand nombre.

Il faut en créer les conditions. C’est ce que nous nous acharnons tous à faire, dans la diversité de nos disciplines, de nos approches.

Tous, nous recherchons le contact et le partenariat avec les établissements scolaires, les associations, les centres sociaux, de multiples organismes pour que la population dans sa multiplicité puisse être mise en contact avec le théâtre, la danse, les arts plastiques, la musique et les images non marchandes, la littérature.

Tous, nous savons que sans une politique publique forte, des territoires entiers seront désertés par l’art et la culture, justement ceux où les personnes qui y vivent en sont le plus éloignées.

Ce sont les crédits qui nous permettent de mener ces actions qui se trouvent le plus gravement amputés. Nous ne pouvons pas l’accepter, au nom de l’équité sociale, au nom du développement harmonieux de notre société. Dans ce domaine également, se met en place une mécanique profondément inégalitaire : santé, enseignement, emploi, logement, culture, la logique libérale à l’œuvre va se traduire par des centaines de milliers, voire des millions de citoyens laissés sur le bas côté. Et donc par une société malade.

Pour ce qui nous concerne, nous appelons à un large rassemblement citoyen, à l’établissement de toutes les convergences avec les enseignants, les associations, les acteurs du secteur social, de la politique de la ville, tous les partenaires naturels de nos démarches. Pour la première fois dans l’histoire de la Vème République, non seulement l’Etat n’augmente pas les crédits de la culture, mais il les diminue. Cette baisse pourrait-être fatale à nos activités.



Nous demandons :
  • le rétablissement par le ministère de la Culture de tous les crédits amputés sur l’exercice en cours, aussi bien pour la création que pour les actions artistiques et culturelles
  • la programmation d’un effort significatif dans ces domaines pour les exercices à venir


Premiers signataires :
Patrick Cahuzac (Inventaire/Invention), Patrice Cahen (Cinéma Louis Daquin, Blanc-Mesnil), Yvane Chapuis (Les Laboratoires d’Aubervilliers), Cendre Chassanne (cie Barbès35, Montreuil), René Chéneaux (cie Kick Théâtre), Claude Coulbaut (direction de la Culture du Conseil général), Anna Defendini (CCAS EDF GDF), Forum de Blanc-Mesnil, Antonio Gallego (plasticien), Régis Hébette (L’Echangeur, Bagnolet), Emmanuelle Jouan (Théâtre Louis Aragon, Tremblay-en-France), Véronique Lescluse (Espace Michel Simon, Noisy-le-Grand), Olivier Marboeuf (Khiasma, Les Lilas), Gilles Sampieri (Le Colombier, Bagnolet), Michèle Soulignac (Périphérie, Montreuil), Denis Vemclefs (Espace 1789, Saint-Ouen)…..
Les Laboratoires d'Aubervilliers sont une association régie par la loi 1901, subventionnée par la Ville d'Aubervilliers, le Conseil général de la Seine-Saint-Denis, le Conseil régional d'Île-de-France, le Ministère de la Culture et de la Communication (Direction Régionale des Affaires Culturelles d’Île-de-France au titre de l'aide Associations conventionnées).
Les Laboratoires d'Aubervilliers sont membres du réseau Tram.






De plus, une journée de mobilisation nationale est prévue
le vendredi 29 février 2008
à 15h Place du Palais Royal


27 février 2008, Le Monde

Le Monde,
daté du 27/02/2008

Télévision publique, de l'audace !
par Christine Albanel
ministre de la culture



En décidant de supprimer la publicité sur les chaînes de l'audiovisuel public, le président de la République leur a tout simplement offert la liberté. Liberté d'imaginer, de créer, d'inventer, de surprendre, de prendre des risques, de se tromper peut-être. Liberté surtout de persévérer quand un bon programme ne rencontre pas, à ses débuts, le succès qu'il mérite.


Oui, il y a une différence évidente entre les chaînes publiques et les chaînes privées. Oui, la suppression de la publicité permet d'approfondir encore cette différence. C'est une occasion historique, et il est tout à fait normal et sain qu'elle suscite autant de débats, autant d'interrogations. La question de la compensation financière, sur laquelle l'Etat s'est déjà engagé à maintes reprises, ne doit pas éclipser la réflexion de fond qui sous-tend cette révolution du paysage audiovisuel : que souhaitons-nous voir sur nos écrans ? Quels principes peuvent nous guider dans la rédaction du nouveau contrat de service public audiovisuel ?

Le premier, c'est peut-être de s'adresser à tous, en même temps. Nous avons une vision éclatée de notre société, qui serait un ensemble de groupes, de communautés, de tribus, chacun représentant, en termes publicitaires, un segment, une cible. La logique commerciale, c'est de cliver, de répondre aux attentes supposées de ces publics ciblés. Tout autre devrait être la démarche du nouvel audiovisuel public, en se fixant pour objectif, au moins pour la tranche horaire qui va de l'avant-première partie de soirée (access prime time) à la fin de la deuxième partie de soirée, de rassembler, de fédérer. De trouver le fil rouge qui peut courir à travers films, émissions de variétés, fictions novatrices, documentaires, débats... En réalité, cette société éclatée est plus subie que voulue. Plus forte qu'on ne le croit est l'envie de partager, au-delà des différences sociétales, générationnelles.

"Fédérer" ne veut pas dire proposer de l'eau tiède. Cela veut dire, et c'est le défi, intéresser, étonner, traiter autrement les grands sujets de société, inventer des fictions qui nous parlent de ce que nous sommes aujourd'hui, avec un ton, un humour, un rythme qui seront la nouvelle "French touch". Nous avons tous les talents nécessaires, parmi nos producteurs, nos créateurs, dont la nouvelle génération est particulièrement brillante.

Une grille de télévision publique est un ensemble qui doit faire toute sa part au risque. Parce qu'il ne s'agit pas de donner aux téléspectateurs ce qu'ils attendent, ce que l'on croit qu'ils attendent - plus sûr moyen de se tromper -, mais de proposer, de bousculer. D'où l'importance d'un financement garanti, de ressources pérennes, car c'est le prix de la création, de la novation. C'est ainsi que nous réinventerons les mythes télévisuels, et que nous donnerons au Georges Perec de demain la matière des futurs Je me souviens. Bien évidemment, France 2 Cinéma, France 3 Cinéma doivent continuer à jouer leur rôle et à porter des choix exigeants de production.

Autre principe de bon sens : l'adaptation aux rythmes de vie. Une télévision publique débarrassée de la dictature de l'Audimat, même si elle doit rester attentive à son audience globale, c'est une télévision qui n'est pas réservée aux noctambules. On part souvent du principe qu'une émission dite "culturelle" est plébiscitée par tous, mais regardée en réalité par un très petit nombre.

Comment s'en étonner quand celles-ci sont programmées en troisième partie de soirée, voire en début de nuit ? Pour tous ceux qui travaillent, mais aussi pour les retraités, les personnes âgées, même le créneau horaire qui suit les dernières informations de France 3 est tardif. En revanche, un film qui commence à 20h30, puis une grande émission sur le cinéma, par exemple, ou un débat, un documentaire à 22 heures, 22h15, c'est la possibilité de profiter pleinement, dans toutes ses facettes, d'un programme de qualité. Nous avons tellement intériorisé la relégation quasi nocturne des émissions exigeantes qu'on n'imagine même plus pouvoir les regarder avec plaisir, parce que beaucoup plus tôt dans la soirée.

Enfin, et c'est bien sûr essentiel, cette télévision publique doit être indépendante, pluraliste, non partisane, intransigeante sur la liberté d'expression, et respectueuse de toutes les opinions. Il y a d'ailleurs peut-être des voies à explorer pour que ces opinions - je pense en particulier aux débats politiques - puissent être comprises, entendues, afin de permettre le jugement. Il n'est pas très sain qu'un politique, aujourd'hui, n'ait pour seuls choix que de "faire du spectacle", dans une émission de variétés ou un talk-show, ou de participer à un forum cacophonique qui nivelle toutes les paroles.

Donner un espace à une vraie confrontation d'idées, c'est un enjeu démocratique qui n'est pas nécessairement synonyme d'ennui. Bien entendu, cette télévision à développer, à construire, doit sécréter son propre antidote. Il y a tout un travail à mener, dans des émissions spécifiques, pour aiguiser les regards, forger l'esprit critique, notamment auprès des jeunes générations. L'audiovisuel public doit donner des clés pour se penser lui-même. C'est aussi un enjeu de citoyenneté et de démocratie culturelle.

Telle est la télévision de service public que je souhaite, que j'imagine : fédératrice, ouverte, innovante et audacieuse, diverse et libre, portant des valeurs d'écoute et de respect. C'est-à-dire les valeurs de notre pays, celles qui rendent la France exemplaire, désirable. Ne nous y trompons pas : la réforme de l'audiovisuel public est une réforme culturelle au sens le plus fort du terme. Ensemble, nous devons nous donner tous les moyens de la réussir.

Communiqué de presse région Rhône Alpes : Jean-Jack Queyranne défend un paysage cinématographique équilibré

Cliquez sur l'image pour la voir en grand



26 février 2008, La Croix

26/02/2008
La Croix


Les étranges silences
de la soirée des César


Éric Guirado a été empêché de lire une lettre qui avait été négociée pour évoquer la situation des cinémas de proximité et Mathieu Amalric s'estime « censuré »


De Panama, où il tourne le prochain James Bond, Mathieu Amalric n’a pas tardé à réagir. Le comédien, César du meilleur acteur pour le Scaphandre et le Papillon de Julian Schnabel, a été furieux d’apprendre que l’intervention qu’il avait préparée – au cas où il serait récompensé – n’avait pas été lue dans son intégralité, le soir du vendredi 22 février, par Antoine de Caunes, maître de cérémonie de la 33e Nuit des César.

Les téléspectateurs n’ont donc pas entendu le passage où l’acteur défendait les salles indépendantes, dans le conflit qui les oppose aux poids lourds du secteur.

« Insupportable trompe-l’œil des multiplexes, écrivait Mathieu Amalric. Les chiffres comme seule ligne d’horizon (…) Vous avez déjà parlé à quelqu’un dans un multiplexe ? Pas moi. D’ailleurs, c’est impossible, ce qui compte c’est le flux. (…) Alors que le travail souterrain, patient, divers, dédié au public, aux écoles, aux rencontres que font et ont envie de faire tellement d’exploitants de salles se voit de plus en plus nié aujourd’hui (…) Ce tissu de salles, que le monde entier nous envie, est notre cœur, notre poumon. »

Mathieu Amalric parle aujourd’hui de « censure ». Renaud Le Van Kim, producteur de la soirée, avance des raisons techniques qui auraient obligé à écourter le texte, en accord avec l’agent du comédien.



Plusieurs incidents au cours de la même soirée

Mais cet « incident » n’a pas été le seul. Éric Guirado, le réalisateur du Fils de l’épicier, devait prendre la parole sur scène, au nom du Collectif national de l’action culturelle cinématographique et audiovisuelle et de la Société française des réalisateurs (SRF).

Promesse aurait été donnée en ce sens par l’Académie des César, après de longues semaines de négociations. Cédric Klapisch, Pierre Salvadori et Christian Vincent, coprésidents de la SRF, auraient dû la lire mais se sont désistés pour des raisons qui leur appartiennent… Le nom d’Éric Guirado s’est alors imposé.

Voilà ce qu’il devait notamment lire sur scène : « Des dizaines de festivals, l’ensemble des réseaux de diffusion art et essai et de recherche, et de très nombreuses associations culturelles et d’éducation à l’image, plus de mille cinémas et villes concernés sont aujourd’hui fragilisés par des baisses de financement importantes (…) Qui défendra notre travail de création cinématographique si l’on détricote le travail de celles et ceux qui défendent le cinéma au plus près de nous tous ? »


Eric Guirado n’était pas autorisé à prendre la parole

Vendredi matin, à la demande d’Alain Terzian, président de l’Académie des César, une demande a été officiellement envoyée par le Collectif. Au milieu de l’après-midi, la SRF apprenait, par fax, qu’Éric Guirado n’était pas autorisé à prendre la parole.

« Cette cérémonie est intégralement, et exclusivement, dédiée à tous les artistes et techniciens qui vont être récompensés, ainsi qu’à ceux qui leur remettront leur trophée, répondait Alain Terzian. Ils disposent à ce titre d’une liberté de parole absolue, sur tous les sujets, et en particulier ceux qui concernent leurs métiers. »

Lundi 25 février, l’Académie des César affirmait qu’elle avait toujours défendu cette ligne et n’avait rien promis. Sauf que la lettre coupée de Mathieu Amalric, récompensé par un César, est une entorse flagrante à cette position de principe.


L'Académie paraît dans une tour d’ivoire

« Nous avons le sentiment que l’Académie est dans une tour d’ivoire et fait preuve d’un aveuglement inquiétant sur la situation réelle du cinéma français », fulmine Eugène Andréanszky, délégué général des Enfants de cinéma qui a suivi de près les négociations.

La cinéaste et actrice Agnès Jaoui, qui distribuait les tracts de la SRF aux invités de la cérémonie, déplore que l’on « réserve à des gens connus la prise de parole sur les menaces qui pèsent sur l’action culturelle dans le cinéma et sur le réseau de distribution. »

Vendredi soir, c’est finalement Jeanne Moreau qui a rappelé la part que prennent les cinémas de proximités pour la survie de la pluralité du septième art en France. Saluée par l’ensemble de la famille – déchirée – du cinéma français, cette intervention fut toutefois réduite à une phrase. Une seule, contre deux lettres...


Bruno Bouvet

Communiqué ACRIRA, GRAC et les Ecrans


Communiqué ACRIF : César 2008, glissement progressif vers la censure

Paris le 24 février 2008
Communiqué de presse de l'ACRIF
(Association des Cinémas de Recherche d'Ile-de-France)




César 2008 :
Glissement progressif de la censure


Vendredi 22 février a eu lieu la 33ème cérémonie des César.

Une soirée bien calme eu égard aux nombreux mouvements et inquiétudes secouant une partie de la profession cinématographique face au désengagement de l'Etat en matière d'action et de diffusion culturelles.

Mme Albanel a de la chance : rarement Ministre de la Culture n'aura passé une soirée des César aussi tranquille !

Seule Mlle Jeanne Moreau eu les mots justes pour rappeler que le cinéma "célébré" ce soir-là n'a de sens et d'existence que tant que des salles pourront le faire vivre auprès des publics.

Seule ?

Cela n'aurait pas dû être le cas.

Car Mathieu Amalric, ne pouvant être présent, avait préparé un texte qui devait être lu par le Monsieur Loyal d'un soir, Antoine de Caunes. De ce texte, on jugeât que les spectateurs présents au Châtelet ou devant leur télé n'auraient droit qu'à la version digest, expurgée de sa substance la plus politique. On décida donc d'effacer les réflexions de Mathieu Amalric exprimant son attachement aux salles de cinéma indépendantes : "la SALLE de cinéma" contre les multiplexes qui n'ont que "les chiffres comme seule ligne d'horizon". Et citant l'exemple du film la Question humaine de Nicolas Klotz, Mathieu Amalric estime qu'il "n'aurait jamais fait autant d'entrées sans le travail de curiosité des exploitants de province et de l'ACRIF (Association des Cinémas de Recherche d'Ile-de-France)".


Quelles que soient les véritables raisons de caviardage, il n'est pas téméraire d'en faire un symptôme du glissement progressif des mécanismes de la censure. Couramment utilisé dès lors qu'il s'agit de pointer la démarche répressive d'un état ou d'une institution à l'égard de ses opposants, ce mot s'applique moins souvent lorsqu'il est la conséquence d'un rejet de tout ce qui remet en question et complexifie nos béates certitudes.


Que la partie la plus politique du texte de Mathieu Amalric soit précisément celle qui a été supprimée n'est pas fortuit : elle résulte d'un choix, qui, pour avoir été fait soit disant dans l'urgence, voire même en toute innocence, n'en dédouane pas pour autant ses responsables : le choix de privilégier la gaudriole plan-plan (vannes, applaudissements, ennui insondable...) et de museler l'inquiétude légitime de certains professionnels du cinéma met à jour une certaine tendance de la société française : une subordination générale, diffuse, paresseuse et arbitraire à l'idéologie dominante. Tout ce qui se ne relève plus du spectacle est alors vécu soit comme une intrusion (perturbation de l'auto-célébration de la “grande” famille du cinéma français), soit comme le comble de la ringardise (car ringarde est toute tentative de partager un raisonnement politique).


Etait-il donc si gênant de rappeler que ce sont également ces cinémas indépendants qui font que, dans toutes les régions de France, des spectateurs peuvent découvrir les œuvres les plus novatrices, les expressions les plus singulières d'auteurs qui œuvrent pour que leur travail soit regardé, écouté, partagé, confronté, en salles ?

Etait-il donc si inconvenant de rappeler que ces lieux où se vit le cinéma sont aujourd'hui fragilisés, plongés dans les tourbillons du marché que l'Etat par ses choix laisse comme seul maître du jeu ?

Est-il donc si malaisant de rappeler l'existence d'hommes et de femmes qui travaillent au sein de salles de cinéma et qui font montre de leur attachement à une mission de service public en matière de diffusion et d'action culturelle ?


Est-il déplacé de rappeler que ce sont ces salles qui les premières ont aimé et défendu les deux premiers longs-métrages d’Abdellatif Kechiche La Faute à Voltaire et L'Esquive, et non les multiplexes ?

Est-il si incongru de penser que si ces salles disparaissent c'est l'ensemble du cinéma français qui se casse la gueule ? Enlevez l'échelle et il ne restera plus que le pinceau pour s'accrocher au plafond...


L’ACRIF est une association qui regroupe une cinquantaine de salles de cinema de banlieue parisienne.



Association des Cinémas de Recherche d’Ile-de-France
57, rue de Châteaudun - 75009 Paris
Tél : 01 48 78 14 18 - Fax : 01 48 78 25 35
contact@acrif.org
www.acrif.org

25 février 2008, La bande à Ruquier.com

La bande a Ruquier.com
Lundi 25 février 2008 par Rémy



César 2008 :
le discours censuré de Mathieu Amalric


Vendredi soir se tenait la trente-troisième édition de la cérémonie des César, où trois principaux films ont été primés : la Graine et le mulet, la Môme et le Scaphandre et le papillon. Durant la cérémonie, le discours de Mathieu Amalric, acteur de ce dernier film, aurait été censuré.



Le vainqueur du César du meilleur acteur, Mathieu Amalric, provoque la polémique depuis dimanche. Absent lors de la cérémonie des César, l’acteur avait envoyé un e-mail contenant son discours, à lire au cas où il gagnait le prix.

Vendredi soir, le maître de cérémonie Antoine de Caunes s’est donc acquitté de cette tâche, lisant le discours de Mathieu Amalric. Enfin, la première partie de son discours, c’est là le centre de la polémique... Une deuxième partie, moins consensuelle, aurait été censurée par Antoine de Caunes ou l’organisation de la soirée.

Le site des Cahiers du Cinéma publie l’intégralité du discours qui aurait dû être prononcé. Voici la partie non lue à l’antenne, sur Canal + :

Oui, la SALLE de cinéma, elle, doit pouvoir continuer à s’inventer.
"A lire à la lumière. Et à diriger sur notre nuit" Notre musique.
Insupportable "trompe l’œil" des multiplexes. Les chiffres comme seule ligne d’horizon. Aveuglement, brouillage, gavage, lavage. Et quelle solitude. Vous avez déjà parlé à quelqu’un dans un multiplexe ? Pas moi. D’ailleurs c’est impossible, ce qui compte c’est le flux. "Circulez s’il vous plaît, y’a rien à voir" . Au suivant ! bande de Brel.
Alors que le travail souterrain, patient, divers, dédié au public, aux écoles, aux rencontres que font et on envie de faire tellement d’exploitants de salle se voit de plus en plus nié aujourd’hui.
La Question humaine n’aurait par exemple jamais fait autant d’entrées sans le travail de curiosité des exploitants de province et de l’ACRIF.
Ce tissu de salles, que le monde entier nous envie, est notre cœur, nos poumons.
Sinon...
Sinon on va tous finir devant nos "home cinéma" à se tripoter la nouille...
Bons baisers de Panama...
Mathieu


De son côté, l’Union des Journalistes de Cinéma (UJC) a dénoncé dimanche "la censure" dont affirme avoir été victime l’acteur Mathieu Amalric. "Il est inadmissible que les membres de la profession et les spectateurs aient été privés des réflexions de celui qui a reçu le César du meilleur acteur, relatives aux menaces qui pèsent en France actuellement sur l’action culturelle cinématographique et les salles de cinéma indépendantes", estime l’UJC dans un communiqué.


25 février, site Dontmiss people

Site Dontmiss people,
lundi 25 Février 2008
Cinéma





Mathieu Amalric a décroché vendredi soir son deuxième César de meilleur acteur. Absent pour cause de tournage - il est à Panama -, il avait fait parvenir un long texte au cas où.
On se souvient qu'Antoine de Caunes en a lu une partie.

Mais l'acteur est furax, et il vient de le faire savoir hier soir en envoyant un communiqué à l'AFP : toute sa deuxième partie de son texte, dans laquelle il dénonce le pouvoir des multiplexes n'a pas été lu. Censuré ?




Son texte (AFP) : "De Panama je t’envoie le texte que j’avais envoyé au dernier moment aux Césars au cas où. Et comme le cas où est arrivé, il a été lu, paraît-il très bien, par De Caunes mais…. pas jusqu’au bout. Je n’en reviens pas. Je ne savais pas que c’était si simple que ça, la censure. »




Le texte qui n'a pas été lu
"Mais la salle de cinéma. Oui, la SALLE de cinéma, elle, doit pouvoir continuer à s’inventer.


"A lire à la lumière. Et à diriger sur notre nuit" Notre musique.

Insupportable "trompe l’œil" des multiplexes. Les chiffres comme seule ligne d’horizon. Aveuglement, brouillage, gavage, lavage. Et quelle solitude. Vous avez déjà parlé à quelqu’un dans un multiplexe ? Pas moi. D’ailleurs c’est impossible, ce qui compte c’est le flux. "Circulez s’il vous plaît, y’a rien à voir" . Au suivant ! bande de Brel.

Alors que le travail souterrain, patient, divers, dédié au public, aux écoles, aux rencontres que font et on envie de faire tellement d’exploitants de salle se voit de plus en plus nié aujourd’hui.

La Question humaine n’aurait par exemple jamais fait autant d’entrées sans le travail de curiosité des exploitants de province et de l’ACRIF.

Ce tissu de salles, que le monde entier nous envie, est notre cœur, nos poumons.

Sinon…

Sinon on va tous finir devant nos "home cinéma" à se tripoter la nouille…

Bons baisers de Panama…"

Mathieu.

Actualisation :
Voici la réponse de Renaud Le Van Kim, producteur de la cérémonie des César. C'était ce matin sur Europe 1 :

"Je tiens à préciser que nous avons reçu le texte de Mathieu Amalric aux alentours de 23h00. Nous sommes tout à fait désolés qu'il ait pu imaginer une censure quelconque. Il n'a sans doute pas évalué dans quelle précipitation nous avons dû gérer ce texte imprévu dans le conducteur d'une émission en direct de cette ampleur", écrit le producteur. Pour des raisons de timing (...), nous avons demandé à son agent, représentant officiel de l'artiste, qui nous a donné son accord sans l'ombre d'une hésitation, d'écourter son texte. Contrairement ce qu'affirme Mathieu Amalric, nous ne l'avons évidemment pas fait pour des raisons éditoriales."

Dont Acte !

24 février 2008, Site des Cahiers du cinéma




Avsent de Paris pour cause de tournage du prochain James Bond, Mathieu Amalric avait adressé à Antoine De caunes un petit texte à lire au cas où il recevrait le César. Ce qui advint, sauf que le-dit texte a été censuré de toute sa dernière partie. Le revoici, dans son intégralité, précédé du message électronique par lequel il nous l’a fait parvenir.




Message électronique de Mathieu Amalric :

De Panama je t’envoie le texte que j’avais envoyé au dernier moment aux Césars au cas où. Et comme le cas où est arrivé, il a été lu, paraît-il très bien, par De Caunes mais.... pas jusqu’au bout.

Je n’en reviens pas. Je ne savais pas que c’était si simple que ça, la censure.

— -


Antoine, tu le lis avec hésitation et bafouillements

Oui bon ben... euh... alors là on frôle le n’importe quoi :

Lindon ; trois fois nommé, zéro compression
Darroussin ; deux fois... nada
Michel ; quatre fois comme acteur... résultat blanc

Et le pompon, Jean Pierre Marielle. Sept fois nommé !!! Et jamais la fève, même pas pour les Galettes.

Chapeau ! ... De Panama, d’où je vous fait un vrai faux-Bon...D.

L’autre vilain de Lonsdale aussi il paraît.

Enfin, mouais, mais... non ce qui fait plaisir, c’est que le Scaphandre, c’est bien la preuve qu’un acteur n’existe qu’à travers, qu’en regard de ses partenaires. Parce que qui voit-on à l’image, qui fait prendre vie au Jean-Do de fiction ?

C’est Chesnais, c’est Ecoffey, Arestrup, Watkins. Ce sont Marie-José, Olatz, Consigny penchées vers lui, vers moi, vers vous, tendres, drôles et attentives. C’est Marina en Vierge Marie, c’est Emmanuelle Seigner qui joue pas la Sainte et qui du coup donne corps, chair et souffrance à Bauby. Ta fille aussi, Emma qui carrément provoque le miracle. Et c’était Jean-Pierre Cassel, doublement.

Le Papillon c’est la preuve que, quand il y a un réalisateur, les techniciens sont des roseaux pensants. Que tout se mélange, que sur un plateau tout est dans tout, qu’on peut être, (ce joli mot), une équipe PAS technique... parce que franchement qui c’est l’Acteur quand c’est Berto, le caméraman qui fait, qui EST le regard. C’est LUI qui, par les mouvements de sa caméra crée les mouvements de la pensée de Jean-Do.

Oui, quand il y a un réalisateur... Julian.

Je pense fort à une autre équipe. Celle, médicale, de l’Hôpital Maritime de Berck-sur-Mer où on a tourné et où Bauby a passé un an et demi. Le vrai et le faux, la réalité et la fiction... on ne savait plus. D’ailleurs c’est drôle, je me souviens. Le décor de la chambre, pour avoir plus d’espace, était reconstituée dans une grande salle au rez de chaussée de l’Hôpital, la salle des fêtes. Avec au dessus de la porte, une enseigne en grosses lettres rouges : CINEMA.

Ça ne s’invente pas.




ET LÀ DE CAUNES S’ARRÊTE



Mais la salle de cinéma. Oui, la SALLE de cinéma, elle, doit pouvoir continuer à s’inventer.

"A lire à la lumière. Et à diriger sur notre nuit" Notre musique.

Insupportable "trompe l’œil" des multiplexes. Les chiffres comme seule ligne d’horizon. Aveuglement, brouillage, gavage, lavage. Et quelle solitude. Vous avez déjà parlé à quelqu’un dans un multiplexe ? Pas moi. D’ailleurs c’est impossible, ce qui compte c’est le flux. "Circulez s’il vous plaît, y’a rien à voir." Au suivant ! bande de Brel.

Alors que le travail souterrain, patient, divers, dédié au public, aux écoles, aux rencontres que font et on envie de faire tellement d’exploitants de salle se voit de plus en plus nié aujourd’hui.

La Question humaine n’aurait par exemple jamais fait autant d’entrées sans le travail de curiosité des exploitants de province et de l’ACRIF.

Ce tissu de salles, que le monde entier nous envie, est notre cœur, nos poumons.

Sinon...

Sinon on va tous finir devant nos "home cinéma" à se tripoter la nouille...



Bons baisers de Panama...

Mathieu


24 février, Mediapart

24/02/2008
Mediapart
par Ludovic Lamant


Lettre de Mathieu Amalric aux César :
Canal Plus se défend
de toute « censure »



Mathieu Amalric a reçu, vendredi 22 février, le César du meilleur acteur pour son interprétation dans le Scaphandre et le papillon, de Julian Schnabel. Retenu à Panama sur le tournage du prochain James Bond, l’acteur, déjà récompensé trois ans plus tôt pour son rôle dans Rois et Reine d’Arnaud Desplechin, avait fait parvenir un texte de remerciement, dans l’éventualité d’une nouvelle victoire. Il avait également demandé à l’animateur de la cérémonie, Antoine de Caunes, de le lire lui-même, ce qui fut fait. Problème : la lecture a été tronquée.

L’intégralité du texte, mise en ligne dimanche sur le site des Cahiers du Cinéma, montre que les deux paragraphes passés à la trappe sont également les plus politiques. Amalric y vante notamment le travail des salles de cinéma indépendantes, ce « travail souterrain, patient, divers, dédié au public, aux écoles, aux rencontres que font et ont envie de faire tellement d'exploitants de salles (et qui) se voit de plus en plus nié aujourd'hui ». Allusion directe à l’actuel climat d’hostilité de certains grands groupes à l’égard des exploitants indépendants, mais aussi à la grogne de beaucoup de professionnels face à la menace d’une forte réduction des subventions allouées, en région, aux festivals de cinéma. « Mathieu m’a appelé, il était très en colère. Il voulait faire passer des idées qui ne sont pas simples à faire passer dans une telle soirée. Les idées les plus chères à ses yeux ont été coupées. Nécessairement, il se pose la question de la censure… », raconte le réalisateur Nicolas Klotz, qui a fait tourner Amalric dans la Question humaine (2007).


A Canal Plus, la chaîne productrice de la soirée, on nie toute volonté de censure. « Les coupes qui ont été décidées n’ont rien à voir avec le contenu politique des dernières lignes du texte », affirme Michel Denisot, directeur artistique de la cérémonie, à Mediapart. Renaud Le Van Kim, producteur exécutif, confirme : « Mathieu Amalric nous a appelés dans l’après-midi pour faire savoir qu’il enverrait un texte. L’assistante de son agent, Jean-François Gabard, n’a réceptionné son mail que vers 22 heures 30. Le texte est arrivé entre mes mains alors que le prix allait être décerné dans six minutes. Il a fallu retaper l’ensemble pour qu’Antoine de Caunes puisse le lire confortablement, en gros caractères. Et il a fallu couper, avec Laurent Chalumeau, parce que c’était très long. L’ensemble a été fait en accord avec son agent. Je pensais au contraire que Mathieu Amalric nous remercierait de nous être adaptés de la sorte en cours de soirée… ». Dimanche en fin d’après-midi, l’agent de l’acteur réalisateur n’avait pu être joint pour confirmer cette version.

L’incompréhension prévalait dimanche, au sein du bureau de l’Académie des César, présidée par Alain Terzian, qui n’a semble-t-il pas été prévenu de la décision de raccourcir le texte d’Amalric. Une réunion extraordinaire du bureau a été convoquée lundi pour prendre position sur l’affaire, selon une source proche du dossier.

Ponctuée de quelques piques à l’encontre de Nicolas Sarkozy (notamment le mot de la fin de de Caunes promettant à l’ensemble des nommés « le Fouquet’s, des plats chauds et un grand concert à la Concorde avec Faudel et Mireille Mathieu »), la 33e édition des César n’a finalement offert qu’un très petit espace d’expression aux mobilisations en cours. Rien d’équivalent à l’ample tribune de Pascale Ferran, l’an dernier, qui s’était inquiétée du fossé grandissant entre l’économie des films d’auteur et de ceux à gros budgets. Pourtant, chose rare, quelque 200 salles indépendantes ont gardé portes closes en France vendredi soir, en signe de protestation contre la volonté du ministère de la culture de réduire les subventions régionales au cinéma. Un texte s’alarmant de la situation, signé par bon nombre d’associations de professionnels, devait être lu au cours de la cérémonie. Mais l’intervention a été annulée in extremis, faute d’accord entre l’Académie et la Société des réalisateurs français (SRF). La polémique autour du texte tronqué de Mathieu Amalric aura peut-être ce mérite-là : faire parler d’une mobilisation qui peine pour le moment à être entendue.

24 février 2008, Leprogres.fr

Le Zola à Villeurbanne (69)

Le Zola inquiet
pour les salles indépendantes



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24 février 2008 , le Progrès

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24 février, Site du Monde

LEMONDE.FR | 24.02.08 | 13h24
Mis à jour le 24.02.08 | 13h27


Mathieu Amalric se plaint d'avoir été censuré
pendant la cérémonie des César


Mathieu Amalric, qui a reçu vendredi 22 février le César du meilleur acteur pour son interprétation dans Le scaphandre et le papillon, se plaint d'avoir vu son discours censuré. Absent le soir de la cérémonie - il tourne actuellement le prochain James Bond à Panama -, il avait fait parvenir un discours à Antoine De Caunes, l'animateur de la cérémonie, à lire s'il remportait la prestigieuse récompense dans sa catégorie.

Mais vendredi, Antoine De Caunes n'a lu qu'une partie du discours, celle des bons mots - "Chapeau ! ... De Panama, d'où je vous fait un vrai faux-Bon...D" - et des remerciements. La deuxième partie du texte, la plus engagée, est tout simplement passée à la trappe. S'en apercevant, Mathieu Amalric a renvoyé l'intégralité du texte aux Cahiers du Cinéma qui le publient sur leur site, dimanche.

Ce que n'auront pas entendu les spectateurs et téléspectateurs de la cérémonie, c'est le plaidoyer pour la défense de "la SALLE de cinéma" contre les multiplexes qui n'ont que "les chiffres comme seule ligne d'horizon". Citant l'exemple du film La question humaine - dont il est le principal interprète -, Mathieu Amalric estime qu'il "n'aurait jamais fait autant d'entrées sans le travail de curiosité des exploitants de province et de l'ACRIF (Association des cinémas de recherche d'Ile-de-France)".


Louant "le travail souterrain, patient, divers, dédié au public, aux écoles, aux rencontres de tellement d'exploitants de salle", l'acteur écrit dans son texte que "ce tissu de salles, que le monde entier nous envie, est notre cœur, nos poumons". S'il devait disparaître, "on va tous finir devant nos "home cinéma" à se tripoter la nouille...", conclut Mathieu Amalric.

23 février, L'Internaute actualité

L'Internaute Actualité
samedi 23 février 2008, 13h11

Avec la Graine et le mulet,
l'exception culturelle française récompensée



(extraits)

La victoire surprise du film la Graine et le mulet, César du meilleur film français et du meilleur réalisateur pour Abdellatif Kechiche, symbolise l'exception culturelle française défendue avec conviction vendredi soir par la comédienne Jeanne Moreau.

[…]

"Je n'aimerais pas qu'on touche à l'exception culturelle française", a déclaré Jeanne Moreau, à qui était remis un César d'honneur pour ses 60 ans de carrière, après avoir exprimé son inquiétude à l'égard "de mesures gouvernementales qui risquent d'affaiblir" le cinéma français. Elle faisait référence notamment à la baisse des subventions publiques redoutée par les cinémas indépendants.

Plus de 200 salles d'art et d'essai ont protesté vendredi soir contre cette menace "soit en fermant des écrans, soit en décalant les horaires pour animer des débats avec le public, soit en distribuant des tracts", a indiqué samedi à l'AFP Antoine Leclerc, délégué général de l'association Carrefour des festivals.

[…]

La directrice générale du Centre National de la Cinématrographie (CNC) Véronique Cayla a salué dans un communiqué la diversité d'un palmarès qui célèbre "la spécificité de la création cinématographique française, sa grande pluralité qui en fait tout l'éclat, et qui s'est imposée comme une référence, sur notre territoire mais aussi en rayonnant bien au-delà de nos frontières".

"Sans les mesures d'accompagnement pour monter le premier long-métrage d'Abdellatif Kechiche la Faute à Voltaire et des gens pour le diffuser au début, le réalisateur ne serait pas là où il est aujourd'hui", a souligné Antoine Leclerc.

Les réalisateurs de films regroupés au sein de la SRF, co-présidée par Cédric Klapisch, Pierre Salvadori et Christian Vincent, ont appelé vendredi l'Etat à "revitaliser un système à bout de souffle" tout en protégeant l'exception culturelle française.

[…]

23 février, dépêche AFP

Jeanne Moreau :
un "Super" César d'honneur
et des revendications



L'actrice Jeanne Moreau, qui a reçu vendredi soir un "Super" César d'honneur pour ses 60 ans de carrière, a profité de la scène du théâtre du Châtelet pour affirmer son inquiétude à l'égard "de mesures gouvernementales qui risquent d'affaiblir" le cinéma français.

"Je voudrais profiter de cet instant pour vous dire ce qui m'inquiète beaucoup, c'est que certaines mesures gouvernementales risquent de nous affaiblir", a dit celle qui fut l'égérie de François Truffaut et Louis Malle.

Jeanne Moreau s'est inquiétée de "subventions qui diminuent de plus en plus pour des festivals, pour des cinémas indépendants, des cinémas de proximité dont certains sont attaqués par des groupes puissants comme provoquant une concurrence déloyale".

Quelque 200 salles de cinéma indépendantes ont baissé le rideau vendredi soir pour protester contre la perspective d'une baisse de crédits alloués à l'action culturelle cinématographique.

UGC, troisième exploitant de cinémas en France et MK2, qui possède 11 salles dans la capitale, ont chacun lancé l'été dernier un recours juridique contre le projet d'extension, d'un cinéma de Montreuil (Seine-Saint-Denis), le Méliès.

UGC est par ailleurs en conflit avec deux autres municipalités, celles d'Epinal (Vosges) et de Noisy-le-Grand (Seine-Saint-Denis), qui subventionnent chacune un cinéma, ainsi qu'avec une salle privée de Lyon, le Comoedia.

"Je n'aimerais pas qu'on touche à l'exception culturelle française", a ajouté la comédienne, en rappelant que la "créativité" du cinéma français "a nourri tous les cinémas du monde".

Jeanne Moreau a enfin décidé de donner son César à une jeune réalisatrice, Céline Sciamma, auteur de Naissance des Pieuvres, repartie bredouille après avoir été nommée pour le César du premier film, remporté par Persépolis.

© 2008 AFP

22 février 2008, cérémonie des César : quelques échos dans les heures suivantes

"Mademoiselle Moreau a aussi rappelé les misères qui soucient le cinéma français en ce moment, la baisse des subventions, le conflit entre les grands circuits et les salles municipales. Heureusement qu’elle est là."
Thomas Sotinel - LeMonde.fr


"Sinon quel ennui ! Et malgré la distribution générale d’allumettes pour empêcher que les paupières ne se referment, on piquait du nez dès 21h30, on le relevait vaguement pour le meilleur espoir féminin (Hafsia Herzi dans la Graine et le Mulet), on était obligé d’entendre le très sonore et rituel numéro de Roberto Begnini (César d’honneur), et on n’attendait plus rien pour l’hommage à «mademoiselle» Jeanne Moreau, qui pourtant fut bien la seule à évoquer en présence de la ministre Christine Albanel quelque 200 salles de cinéma indépendants menacées par le monopole des grands groupes."
Gérard Lefort - Libération.fr



"Jeanne Moreau, 80 ans dont 60 de carrière, a quant à elle reçu un "Super" César d'honneur. Elle en a profité pour affirmer son inquiétude à l'égard "de mesures gouvernementales qui risquent d'affaiblir" le cinéma français."
LCI.fr



"Et un "super César d’honneur", selon les termes employés par Antoine de Caunes, a été remis à Jeanne Moreau, qui fête cette année ses 80 ans, dont 60 ans de carrière. La comédienne s’est inquiétée des "subventions qui diminuent de plus en plus pour des festivals, pour des cinémas indépendants, des cinémas de proximité dont certains sont attaqués par des groupes puissants comme provoquant une concurrence déloyale".
FranceInfo.fr


22 février 2008, Le Monde

LE MONDE | 22.02.08 | 16h08


Avant les César,
la grogne du cinéma


Au moment où Jean Rochefort et Antoine de Caunes donneront le coup d'envoi sur Canal+ de la soirée des César, vendredi 22 février, qui vise à récompenser les meilleurs films de l'année 2007, les cinémas indépendants entendent dire leur mécontentement. Redoutant une chute des crédits de l'Etat, près de deux cents salles devraient suspendre leur séance de 21 heures et organiser des débats avec le public. Ces exploitants de salles sont rejoints dans leur combat par des producteurs, acteurs, réalisateurs, responsables de festivals ou de ciné-clubs dans un collectif national de l'action culturelle cinématographique et audiovisuelle.

Redoutant une chute des crédits de l'Etat, près de deux cents salles devraient suspendre leur séance de 21 heures et organiser des débats avec le public.

D.R.

Redoutant une chute des crédits de l'Etat, près de deux cents salles devraient suspendre leur séance de 21 heures et organiser des débats avec le public.

Le 11 janvier, malgré les promesses du gouvernement de rétablir les aides supprimées, ils s'étaient émus des menaces qui pèsent sur la diffusion du patrimoine cinématographique, l'accès à la diversité de la production, la formation des publics et l'aménagement culturel en zone rurale.


"C'est au ministère de la culture de redonner un sens à la part non rentable de l'art et de la culture", rappelle ce collectif qui s'inquiète aussi des regains de tension entre grands groupes et les cinémas municipaux ou indépendants.


Les associations de cinéma de recherche en Rhône-Alpes raillent. "Les nommés sont, pour le César d'honneur : le business ; pour le César du meilleur désespoir : les cinémas indépendants."


La Société des réalisateurs de films (SRF) redoute aussi un "coup de tempête", avec la suppression de la publicité sur le service public et la "privatisation" du Centre national de la cinématographie. La SRF a beau jeu de rappeler que 75 % des entrées s'effectuent sur 17 % des films et de stigmatiser "les aides qui servent désormais à enrichir les plus riches".


Par ailleurs, elle déplore la disparition des films à budget moyen et l'apparition des cinéastes "Kleenex" qui sortent des films échafaudés économiquement, au mépris de la création. "Tout ce qui a fait avancer l'histoire du cinéma est venu de la marge. S'il n'y a plus de place pour la marge, c'est le cinéma tout entier qui disparaît", résume la SRF.


Nicole Vulser
Article paru dans l'édition du 23.02.08.

22/02/2008 FNCC

Fédération nationale des collectivités territoriales pour la culture
déclaration du 22/02/2008




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22 février 2008, Avis de tempête, par la SRF

Société des réalisateurs de films
14 rue de Parodi - 75010 Paris
tél : 01 44 89 99 48 - contact@la-sfr.fr




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22 février 2008, Libération

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L'Humanité, 22 février 2008

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22 février 2008, Site de Libération


En écho à la censure du texte de Mathieu Amalric sur scène, voici l'un des textes que n'ont pas publié les quotidiens le jour de la cérémonie. Seul "Libération" l'a publié sur son site Internet, avec renvoi réellement lisible dans les pages du journal.
Message convergent : on ne critique ni les multiplexes, ni les grands circuits.

Stéphane Goudet,
le 25 février 2008





A l'heure des César…
par Stéphane Goudet,
maître de conférences en cinéma à l’université Paris 1
et directeur du cinéma Georges Méliès de Montreuil (93)



En 2007, les grands circuits d’exploitation (UGC en tête) ont attaqué en justice trois projets emblématiques de renaissance ou d’extension de salles art et essai. La première est une salle entièrement privée, située à Lyon, la ville des frères Lumière : le Comoedia avait été fermé en 2003 par UGC. La deuxième est une salle en société d’économie mixte, donc relevant du droit privé, implantée dans la cité dont le nom même célèbre l’image populaire : Epinal. La troisième est une salle publique, dans la ville d’Emile Reynaud et Georges Méliès hier, de Dominik Moll, Dominique Cabrera et Robert Guédiguian aujourd’hui : Montreuil, en Seine-Saint-Denis, désertée il y a 22 ans par UGC. Trois rapports à l’histoire du cinéma et au territoire : une des plus grandes capitales régionales françaises, une petite ville de province, une métropole de banlieue parisienne, et un reproche commun émanant des circuits: les aides municipales et nationales promises ou obtenues par ces équipements publics et privés fausseraient la concurrence. Oubliés les combats (victorieux) pour la défense de l’exception culturelle auprès de l’OMC et de l’Unesco : pour le directeur d’UGC, Alain Süssfeld, " le cinéma est un commerce comme un autre " et toutes les salles font le même travail. Pourquoi en aide-t-on certaines pour leurs efforts de formation du jeune public, s'interroge en écho le PDG d’UGC, Guy Verrecchia dans les colonnes du Film français, alors que "tous les cinémas projettent des films pour les enfants " ?

A Lyon, le deuxième réseau français d’exploitation s’efforce de réécrire l’histoire en ajoutant au recours déposé par le syndicat des circuits, Uniciné, un procès contre l’exploitant indépendant qui a rouvert le Comoedia pour lui interdire de conserver ce nom… que porte la salle depuis 1924 ! A Epinal, le groupe d’exploitation s’en prend à l’aménagement culturel du territoire, ses salles les plus proches se trouvant… à 50 kilomètres. A Montreuil, UGC accuse le Méliès d’ " abus de position dominante", sans doute pour dissimuler derrière un écran de fumée l’alliance nouvelle scellée avec MK2 sur la carte illimitée, qui permet aux deux circuits de détenir à eux seuls 44% des écrans dans la capitale… et de réunir 55% des spectateurs parisiens. MK2 engage donc à son tour un recours contre le projet d’extension du cinéma montreuillois.

Plus de six mois après l’ouverture de ces conflits, deux explications principales s’imposent, qui n’ont guère été évoquées dans les multiples articles consacrés à "l’affaire du Méliès". Car nombre de journalistes (jusque dans les colonnes du Monde vendredi 8 février 2008) ont décrit ces trois salles comme des structures municipales, quand une seule des trois l’est véritablement. On ne saurait donc réduire ces recours à une simple opposition classique entre établissements publics et privés dans le champ de la culture. Rappelons qu’aucune salle privée n’a fermé ces dernières années pour cause d’implantation ou d’extension d’une salle municipale, précisément parce que celles-ci sont installées là où les circuits ne veulent pas ou plus aller. De plus, les salles publiques ne représentent qu’1,9% des recettes nationales des cinémas. Les vrais enjeux de ces conflits sont donc ailleurs : ces recours permettent d’abord clairement à certains circuits de lutter contre les salles Art et essai publiques et privées, qui ont l’audace de désigner par contraste leurs propres faiblesses : le prix bien trop élevé des places (10 euros), qui nuit à la démocratisation culturelle et contribue de fait au vieillissement du spectateur moyen, l’absence de travail de formation du jeune public, la quasi inexistence des animations, le refus d’une réelle diversité dans la programmation des salles de périphérie… L’UGC Ciné-Cité de Rosny-sous-Bois, soi-disant concurrent du Méliès, a diffusé 93% de films français et américain en 2007, et a programmé en sortie nationale 73 des 75 plus gros succès de l’année écoulée, contre 17 au Méliès, dont 9 films art et essai. Chez les uns, on programme sur le seul critère de la réussite commerciale, chez les autres, on voit les films avant de les réserver et on ne les diffuse que lorsqu’on les a aimés : en banlieue, parfois, le réel frôle le manichéisme. A Rosny, aucun débat en 2007, dans les 3 salles de Montreuil la même année, 68 rencontres avec un réalisateur, 75 avec une association ou un universitaire. Bilan : les séances du Méliès consacrées à des films projetés simultanément dans l’une des 15 salles de Rosny-sous-Bois ne représentent que 4% des séances annuelles du troisième multiplexe de France. La complémentarité ne pourrait guère être plus grande...

On pourrait mentionner ainsi d’autres faiblesses des circuits, comme la déplorable rupture de solidarité avec toute la filière cinématographique, représentée à la fois par le paiement, obligatoire pour les distributeurs, des bandes-annonces et des supports d’affichage dans les multiplexes (une dépense de 54 millions d’euros en 2006 !), mais aussi par la menace, émise en février 2006 par UGC puis MK2, de baisser de 15% la rétribution des producteurs, distributeurs, réalisateurs et scénaristes sur toutes les entrées réalisées grâce aux cartes illimitées. Pour autant, il ne faudrait pas passer à côté de l’enjeu le plus crucial de cette bataille : les circuits cherchent de toute évidence à faire pression sur le législateur et à fragiliser l’ensemble des aides publiques à l’exploitation, municipales comme nationales, à l’heure de la révolution numérique. Europalaces, UGC, MK2, CGR ou Kinépolis ont et auront les moyens d’équiper leurs cabines en serveurs et projecteurs numériques. Les salles municipales, plus lentement, les trouveront sans doute aussi. Ce sont donc les salles privées et associatives peu soutenues, qui prendront sans doute du retard. Seuls les pouvoirs publics seront alors en mesure, s’ils en ont le courage, d’éviter une fracture technologique, certes favorable aux finances des circuits, mais déplorable pour la diversité cinématographique. Dans un premier temps, les circuits pourront en effet mettre en valeur leur capacité exclusive à diffuser des films en relief, déjà pourvoyeurs de nouveaux spectateurs aux Etats-Unis. Dans un second temps, les distributeurs diminueront nécessairement, en raison de leur coût, le nombre de copies 35 mm à disposition des salles, renforçant par le numérique le pouvoir des plus puissants. Rappelons que depuis 2 ans, les multiplexes réalisent déjà plus de la moitié des entrées françaises.

Vendredi 22 février, plusieurs salles de cinéma indépendantes organiseront des débats dans toute la France en différant une de leurs projections à l’heure de la remise des César. Ils interrogeront notamment l’annonce récente d’une baisse de subventions des Directions régionales des affaires culturelles, baisse qui affectera à la fois les festivals et les associations œuvrant dans le champ de la formation du jeune public et de "l’éducation à l’image", secteurs précédemment promus priorités présidentielles. L’heure est donc venue de savoir qui décide de la politique cinématographique : les grands circuits d’exploitation ? Le Ministère de la culture ? Ou le Ministère de l’Industrie, auxquels certains ont récemment demandé que les salles de cinéma soient rattachées ?


21 février 2008, Site de Télérama

Sur le site de Télérama.fr
21 février 2008


Qui va perturber la soirée des César
cette année ?


Traditionnellement la soirée de remise des César, qui regroupe dans une même pièce, sagement assis et à peu près captif, l'essentiel du gratin du cinéma français, représente pour les mécontents du système une belle occasion de se manifester. On se souvient de tonitruantes (et légitimes) interventions d'intermittents du spectacle, du discours coléreux de Jean-Pierre Bacri ou de celui, mesuré mais non moins alarmiste (et lui aussi légitime), de Pascale Ferran l'année dernière.

Pour l'édition 2008, qui se tiendra vendredi 22 février à 21h (retransmise en direct sur Canal+), le Collectif national de l’action culturelle cinématographique et audiovisuelle appelle à une mobilisation pour alerter pouvoirs publics et spectateurs sur les remises en cause des aides pubiques à l'action culturelle cinématographique.

Leur sanctuaire : l'exception culturelle, et la préservation de manifestations (festivals...) en régions. Leur mot d'ordre : que les cinémas suspendent leur séance de vendredi 21heures et qu'ils passent la journée sans répondre au téléphone ni à leurs mails (une sorte de RTT à but politique), mais qu'ils organisent ce jour-là animations et débats pour informer le public des menaces qui pèsent sur la diversité culturelle.

Le soir venu, qui montera sur scène pour perturber la cérémonie orchestrée par Antoine De Caunes ? Mystère. Jean-Pierre Brard, maire de Montreuil, avait laissé entendre il y a quelques mois qu'il entreprendrait une action plus ou moins spectaculaire pour critiquer publiquement l'action des grands circuits UGC et MK2 contre le cinéma municipal de sa ville.

Car c'est bien là que les protestations se verront : dans les fauteuils en velours, producteurs, distributeurs, journalistes, ministre et autres institutionnels ne pourront faire autrement qu'écouter poliment, et les cinéphiles seront vraisemblablement devant leur télé au moins autant que dans les salles, même si des débats passionnants s'y déroulent.

Juliette Bénabent

22 février 2008, SNES Actualité







Réaffirmer la place

du cinéma et de l’audiovisuel
dans le champ de l’art et de la culture



S’inscrivant dans le cadre des graves menaces de régressions pesant sur la culture de qualité, affectant tout autant le cinéma de qualité indépendant, l’accès à cette qualité sur tout le territoire que le spectacle vivant, dont nous avons éclairé la dimension globale, nous publions ci-dessous le texte de l’appel du Collectif national de l’action culturelle cinématographique et audiovisuelle pour ce vendredi 22 février. Il fait suite au rassemblement du 11 janvier à Paris, évoqué dans notre contribution du 21/2/2008. L’intégralité de cet appel, des témoignages et les détails de cette mobilisation des professionnels du cinéma et de l’audiovisuel sont accessibles sur www.cinema-diversite-culturelle.blogspot.com.
Philippe Laville





Appel du collectif national de l’action culturelle cinématographique et audiovisuelle à une mobilisation nationale des professionnels vendredi 22 février 2008 à 21h00 au moment de la cérémonie des César.

Afin d’alerter à la fois les pouvoirs publics, les élus locaux, la presse, le public et l’ensemble de la profession du cinéma et de l’audiovisuel sur la nécessité de préserver les aides à l’action culturelle cinématographique et audiovisuelle tout en défendant les principes d’une politique volontariste pour le cinéma fondée sur l’exception culturelle et l’aménagement du territoire, (…[voir intégralité de l’appel])

Nous qui créons, fabriquons, produisons, diffusons, accompagnons des films partout en France, qui amenons le cinéma dans les villages, les quartiers, les écoles, dans des salles et aussi dans la rue, dans les hôpitaux ou dans les prisons, qui organisons des festivals, des ateliers, des rencontres entre les professionnels et le grand public,
nous qui soutenons un cinéma de qualité, d’indépendance et de création, dans le cadre d’une politique nationale concertée et durable fondée sur l’intérêt général,dans le cadre de la reconnaissance par l’OMC du principe de l’exception culturelle et pour la diversité culturelle soutenue par l’UNESCO, appelons solennellement l’État à réaffirmer la place du cinéma et de l’audiovisuel dans le champ de l’art et de la culture.





Les faits et les principes


Mobilisation des professionnels du cinéma et de l’audiovisuel face au désengagement brutal de l’Etat concernant l’action et la diffusion culturelles.Toute forme de désengagement a des conséquences sur les politiques locales.


Vendredi 11 janvier 2008, au cinéma Saint-André des Arts à Paris, près de 300 structures professionnelles, associations, réalisateurs, acteurs enseignants... étaient mobilisées pour demander aux pouvoirs publics le maintien des crédits des DRAC destinés à l’action culturelle cinématographique (associations régionales de salles de cinéma, dispositifs d’éducation au cinéma, aide au court-métrage, aux festivals...). Mme Christine Albanel, ministre de la Culture, a assuré ces structures du maintien de l’enveloppe de 5 millions d’euros correspondant aux crédits “cinéma” déconcentrés en DRAC. Mais l’ensemble des actions suscitées est financé également par d’autres lignes administratives (transmission des savoirs, pratique artistique, patrimoine...) qui sont soumises à de fortes baisses annoncées. L’arbitrage dans chacune des DRAC est actuellement en cours.




Attaques juridiques, médiatiques et pressions commerciales contre les cinémas indépendants Art et Essai


Depuis quelques mois, plusieurs opérateurs de l’exploitation mènent une campagne juridique et médiatique à l’encontre de projets de cinéma à dominante culturelle portée par des cinémas municipaux (comme le Méliès à Montreuil) ou privés (comme le Comœdia à Lyon). Le motif de ces attaques est celui de la concurrence déloyale. Ce discours discriminatoire à l’encontre d’une grande partie de l’exploitation est aujourd’hui abondamment relayée par la presse professionnelle ainsi que par la Fédération nationale des cinémas français. On soulignera la quasi-absence de prise de position publique des élus locaux et nationaux (à l’exception du maire de Montreuil et de l’adjoint à la culture de la Ville de Paris). Qu’il y ait des problèmes de rentabilité et d’amortissement dans l’exploitation est une chose. Que dans un contexte de transformation des loisirs (internet, téléphone portable...) et de vieillissement des publics, on veuille désigner les plus fragiles comme boucs émissaires en est une autre.




Un cinéma à 2 vitesses ?


Des pressions de plus en plus fortes sont exercées sur les distributeurs de films indépendants pour priver les exploitants situés en périphérie ou bien dans les zones rurales de l’accès rapide aux films porteurs art et essai. Selon le médiateur du cinéma (rapport 2007) : « le risque d’un cinéma à plusieurs vitesses est devenu une réalité,une réalité qui pourrait si l’on y prenait garde, remettre en cause la tradition de diversité et le principe de solidarité qui fondent notre vie culturelle ». Constitution d’une commission chargée d’étudier les règles de la concurrence dans l’exploitation : en septembre dernier, la ministre de la Culture a créé la commission Leclerc-Perrot chargée d’étudier les règles de concurrence dans l’exploitation cinématographique. Nous attendons ses conclusions.




Numérique : une mutation risquant de pénaliser la petite exploitation


La mise en place de la diffusion numérique est imminente. Certaines modèles économiques proposés pénalisent la petite exploitation. Dans ce contexte de mutation, la solidarité entre tous les acteurs est indispensable.




Considéré comme un exemple par nos voisins européens, le modèle du cinéma français risque d’être remis en cause par un désengagement de l’Etat et par les tenants de la libre concurrence


Avec une production annuelle de 200 films, un parc de cinémas de plus de 2.000 établissements répartis sur tout le territoire, et une fréquentation annuelle supérieure à 170 millions d’entrées, le cinéma français est perçu, à juste titre, comme un modèle par nos voisins européens. Ce modèle repose sur quatre principes essentiels. Le principe de l’exception culturelle qui légitime l’intervention des pouvoirs publics à tous les niveaux de la chaîne du cinéma, de la production à la diffusion. Le principe de la solidarité entre tous les acteurs du secteur, à travers le système du fond de soutien à l’industrie cinématographique. Le principe de la défense du cinéma comme outil culturel d’aménagement du territoire et de cohésion sociale, illustrée notamment par l’action de l’Agence pour le développement régional du cinéma (l’ADRC) et qui légitime l’action des collectivités territoriales. Enfin le principe de l’éducation au cinéma, de la recherche de nouveaux talents, qui légitime l’action culturelle de terrain et permet de former le goût des spectateurs. Aujourd’hui, on remet en cause l’accès aux films de certains cinémas aidés. A quand la suppression, au nom d’une concurrence « loyale », des aides sélectives aux distributeurs ou même de l’avance sur recette ? En résumé, nous craignons qu’une politique volontariste qui défend l’intérêt général du public et des œuvres soit remplacée par une politique qui privilégie certains opérateurs et, de ce fait, certains territoires.





Extraits du Manifeste d’intérêt général pour une Education artistique durable et concertée - juillet 2006


« Face aux assauts quotidiens de la marchandisation, nous voulons que nos enfants apprennent à distinguer une œuvre d’un produit. Dans une société du divertissement et de la médiatisation, nous voulons que nos enfants aient toujours le choix des arts et de la culture. Dans une société fragmentée, nous voulons que la diversité des esthétiques et des pratiques soit une chance et une arme contre les déterminismes. Face à une vision réductrice et normalisatrice de la réussite scolaire, nous voulons que l’éducation de nos enfants réconcilie et valorise toutes les formes d’intelligence. » (FPEA – Forum permanent de l’éducation artistique)

21 février 2008, SNES Actualité






Cinéma et culture de qualité en danger ?

état des lieux en ce début d’année 2008



Avec cet article, complémentairement à ce que nous avons déjà écrit dans l’US-Magazine, nous débutons un tour d’horizon des nombreuses et graves dégradations annoncées ou prévisibles dans le domaine de la culture, qui ne sont pas seulement la conséquence d’un budget 2008 en réduction (accrue par l’intégration de dépenses relevant antérieurement d’autres ministères, en particulier dans le domaine du patrimoine), mais d’une orientation assignée par la "lettre de mission" du président de la République à la ministre de la Culture et de la Communication, Christine Albanel le 1/8/2007. Non sans contradiction entre grandes déclarations et faits (incitation à s’appuyer sur "l’éducation culturelle et artistique à l’école" au moment même où se planifiaient la suppression de 11.000 postes et la réduction des heures de cours !), ce texte d’orientation qui a pu faire illusion un temps chez certains, résonne surtout d’une volonté d’aligner la politique culturelle sur la gestion d’entreprise en privilégiant un utilitarisme étroit, une culture du "résultat", la ministre devant "veiller à ce que les aides publiques à la création favorisent les offres répondant aux attentes du public". Formulation précisée : "Vous exigerez de chaque structure subventionnée qu’elle rende compte de son action et de la popularité de ses interventions, vous leur fixerez des obligations de résultats et vous empêcherez la reconduction automatique des aides et subventions"…

On sait où peut mener la généralisation de la course aux records d’audimat ! à l’encontre de la diversité et de la démocratisation culturelle, tant vantées par ailleurs, et bien sûr de toute audace créatrice…

Les mobilisations des professionnels de divers secteurs culturels se développent et nous en feront écho (ainsi, voir le texte que nous publions par ailleurs sur l’action nationale de ce vendredi 22 février au moment de la cérémonie des César à l’initiative du Collectif national de l’action culturelle cinématographique et audiovisuelle). Est également annoncée une journée de mobilisation nationale contre le désengagement de l’Etat dans la culture, à l’initiative de l’Union fédérale d’intervention des structures culturelles (représentant plus de 1.500 structures et associations artistiques et culturelles, quelques fédérations comme celle des arts de la rue...), vendredi 29 février avec des initiatives dans de nombreuses villes (à Paris, à partir de 15h00, place du Palais Royal).

Nous sommes concernés tout autant comme éducateurs, qu’en tant que citoyens et syndicalistes, car toute régression culturelle est profondément dommageable au système éducatif, chacun de nos lecteurs sachant bien par ailleurs comment la qualité de notre service public d’éducation nationale est elle-même profondément affectée par la politique gouvernementale actuelle.

Philippe Laville




Avenir du cinéma, du court-métrage et des festivals le Festival du court métrage à Clermont-Ferrand fêtait cette année ses trente ans d’existence. Il a connu du 1er au 9 février la même affluence, le même grand succès auprès du public et des professionnels. Les salles étaient combles à chaque séance, les amphithéâtres bondés. Une heure avant l’ouverture des portes, la file d’attente s’étirait déjà dans l’escalier qui conduit à l’amphithéâtre Gergovia pour la première séance de dix heures. Le même public assidu, curieux, passionné, attiré par les différentes programmations proposées : la nationale, l’internationale, le Labo, l’Asie du Sud-Est, les chiens, Alzeimer…

Depuis sa création en 1978, ce festival né d’un ciné-club et de la cinéphilie passionnée de quelques uns, aura vu passer onze ministres de la Culture et totalisé 1.922.595 entrées. Pour la session 2008, les organisateurs auront visionné 4.538 films venus de 103 pays et 1.378 films français, on a dépassé les 130.000 entrées et le vingt troisième marché du film court aura ouvert ses portes à 2.800 professionnels accrédités.

On pourrait se satisfaire de tant de signes de bonne santé d’un Festival du Court qui bat le record la longévité et a donné la preuve que le film court existe comme une œuvre à part entière définitivement débarrassé de sa seule image de banc d’essai.

Pourtant les menaces qui pèsent sur la Culture, même si elles épargnent pour l’instant les manifestations prestigieuses, pourraient très bien, par ricochet, les atteindre un jour.

Or, si l’on pouvait apprécier la présence dans le hall de la Maison de le Culture d’un stand RESF (Réseau éducation sans frontières, qui a tant à faire actuellement pour faire obstacle aux expulsions massives, brisant familles et jeunes scolarisés), on pouvait regretter qu’il n’y ait eu, ni au cours de la séance d’ouverture, ni avant les séances, la moindre prise de parole à propos de l’avenir du court métrage et des dangers qui menacent le cinéma, de la situation prochainement catastrophique des intermittents du spectacle ou de la culture en questions. Il aura fallu attendre la séance de clôture pour que la question soit abordée.

Il est vrai que Clermont-Ferrand compte parmi les rares festivals qui continueront à être soutenus par le CNC et par là même échapperont à la politique d’élimination que prépare le gouvernement Sarkozy…

En janvier 2006 les orientations fixées par le rapport Rocca laissaient espérer un avenir pour le Court métrage même si les textes annoncés comportaient déjà des raisons d’être inquiets. Suite à un travail de concertation, le CNC débloquait 1,8 M € supplémentaire pour le film court. Ce premier geste en faveur de l’emploi dans ce secteur ne devait être qu’un premier pas dans la reconnaissance du court métrage. 600.000 € complémentaires étaient annoncés pour l’année suivante assortis d’une revalorisation en direction des films d’animation, expérimentaux et documentaires de création. Mais les aides publiques n’ont pas augmenté et surtout aucun groupe de travail n’a été reconduit. Où en sont les projets d’exonération des charges sociales ou la prise en compte du mécénat ? Restés en rade, abandonnés. Un ministre plus tard, il n’en est plus question faute de volonté politique et d’interlocuteur…

La menace d’un mouvement de grève lancé par la Fédération des industries du cinéma, de l’audiovisuel et des multimédias, la Ficam semblait avoir alerté les pouvoirs publics. Pourtant, pour son trentième anniversaire, une visite au Festival de Clermont-Ferrand ne semblait pas figurer sur l’agenda de la ministre de la Culture. Véronique Cayla (directrice générale du CNC depuis juin 2005) s’est annoncée pour le 4 février alors que le marché du film avec l’arrivée des professionnels ne débutait que le 5…

Le rassemblement des organisations du Court, dont le SPI (Syndicat des producteurs indépendants) assure la co-présidence avec la SRF (Société des réalisateurs de films), avait un projet avec France Télévision. Un accord interprofessionnel qui consistait à aligner le court métrage sur le long, pour lequel une décision avait été prise en décembre 2007 et qui devait comporter un volet financier et un volet distribution. Mais l’annonce de la suppression de la publicité, sans qu’ait été étudié et garanti un autre financement complémentaire du service public, risque fort de faire passer à la trappe ces projets qui ne font que grossir le flot des effets d’annonce...


L’inquiétude est grande dans la profession.
Le vendredi 11 janvier 2008 avait lieu au Cinéma Saint-André des Arts le rassemblement de plus de 300 représentants du cinéma indépendant français venus protester haut et fort contre le désengagement de l’Etat vis-à-vis de l’action culturelle cinématographique. Les cinq millions d’Euros alloués par les DRAC pour soutenir les festivals, les associations régionales de salles, les circuits itinérants et les structures liées à l’éducation à l’image menacent d’être fortement réduits en 2008. On parle d’une diminution de 20% qui mettrait en péril les actions engagées par nombre de festivals et d’associations.

Juste avant ce rassemblement, le 7 janvier, le Ministère de la Culture, sans doute dans le but de désamorcer un mouvement qui risquait de faire du bruit, annonçait que l’enveloppe de 34,8 millions d’euros destinée au seul spectacle vivant était en fait à partager avec le cinéma.

Dans le même temps, le Ministère annonçait qu’ « un certain nombre de festivals de cinéma jusque là soutenus par les DRAC mais ayant acquis une dimension nationale, voire internationale seront subventionnés par le Centre national de la cinématographie ». La Rochelle, Annecy, Les trois continents à Nantes, Les rencontres du moyen métrage de Brive et Clermont-Ferrand comptent parmi ceux-là. Ils sont une trentaine au total…

On pourrait se satisfaire de voir ces festivals épargnés mais la décision ne s’assortit d’aucune garantie pour l’avenir. Et que vont devenir les autres manifestations qui restent sous tutelle des DRAC (Directions régionales des affaires culturelles aux moyens considérablement réduits) ?

De plus, ces changements interviennent alors que l’année 2008 est commencée et que sont passées depuis longtemps les dates limites de dépôts de dossiers de demande de financement auprès des collectivités territoriales permettant de compenser le désengagement de l’Etat… Or, un directeur de Festival a une responsabilité administrative et qu’adviendrait-il de lui s’il ne pouvait faire face à ses engagements vis à vis d’une équipe et d’un budget de fonctionnement déjà engagé ?

Quel avenir par exemple pour certains festivals comme Paris Tout Court dont le Délégué Général a appris le 7 janvier que la DRAC Ile-de-France supprimait sa subvention et cela alors que le festival qui débute début mars a pris des engagements. Car rien ne laissait présager ce déficit puisque la même DRAC paraissait satisfaite des dossiers d’évaluation des années précédentes.

Ce festival qui à mis en place, parallèlement aux manifestations traditionnelles, un important dispositif Education à l’image avec une forte affluence de scolaires aux séances prévues à leur intention et la mise en place d’ateliers d’initiation à une technique d’animation, d’analyse de l’image, ou de programmation, va-t-il devoir réduire ses activités et annuler ses projets de rencontres et d’activités intergénérationnelles.

Une solution d’urgence reste à trouver mais laquelle ?


Que deviennent les intermittents ?
Il est question de nouvelles mesures qui prendraient effet en avril 2008 et qui, en mettant en place l’attribution d’un code par création de spectacle, sous prétexte de lutter contre les abus dans le domaine, conduiraient à la mort des compagnies et à la disparition de nombreux intermittents parmi les plus précaires…

En matière d’abus, la Cour des comptes vient d’en débusquer. Mais ces abus ne sont pas le fait d’intermittents gourmands ou malhonnêtes. Ils mettraient en cause la gestion de la caisse des Congés spectacles qui est un organisme dont la gestion est confiée à des employeurs. Il est question de cotisations jamais versées, de retraites amputées par le fait de cotisations sociales sous-estimées, d’entente entre des organisations patronales et certains syndicats.

Il s’agirait d’un secret de polichinelle car il semblerait que depuis de nombreuses années, les agissements obscurs de cette caisse patronale – où se trouvent encore inscrits des artistes disparus depuis des décennies comme Arletty ou Bourvil- aient été à maintes fois dénoncés sans qu’il y ait eu de suite. Ce qui est à redouter, c’est que pour étouffer une affaire douteuse, le Ministère du travail ne mette fin à la caisse de congés et que le déroulement de ce service se fasse directement, ce qui reviendrait à diminuer sensiblement les cachets.

On peut craindre également qu’un rapport négatif de plus dans le domaine de l’intermittence, au lieu de prendre en compte les véritables problèmes et propositions exprimées par la majorité des travailleurs concernés (voir ces propositions ici) et un grand nombre de parlementaires au cours de la législature précédente, ne soit qu’un prétexte supplémentaire pour le gouvernement et le Medef de prendre de nouvelles mesures à l’encontre des intermittents du spectacle et de la création de qualité dans notre pays.

Francis Dubois

21 février 08, Les multiplexes sont-ils un danger pour les cinémas indépendants ? la Tribune de Lyon



Jeudi 21 février 2008, dépêche AFP

Dépêche AFP
Jeudi 21 février, 12H57


200 cinémas indépendants
baisseront le rideau vendredi, soir des César


Quelque 200 cinémas indépendants suspendront leur séance du soir vendredi, au moment de la remise des César, pour manifester leur inquiétude et réclamer le "maintien d'une politique publique de soutien à l'ensemble des cinémas et à l'ensemble de la filière", ont-ils annoncé jeudi.

Dans un communiqué un "collectif national de l'action culturelle cinématographique et audiovisuelle" appelle à une "mobilisation nationale des professionnels" vendredi à 21H00, au moment où seront décernées les principales récompenses du cinéma français, les César.

A cette occasion, quelque 200 cinémas indépendants devraient suspendre leur séance ou organiser des débats avec le public.

Ces exploitants - rejoints par des producteurs, réalisateurs, acteurs, enseignants, responsables de festivals, de ciné-clubs et d'associations d'éducation artistique - craignent une baisse des crédits alloués par les DRAC (directions régionales des affaires culturelles) à l'action culturelle cinématographique et audiovisuelle.

Celle-ci remettrait en cause "un indispensable travail de diffusion et d'éducation au cinéma portés par d'innombrables structures fragiles, associations de salles, festivals, relais d'éducation à l'image", estiment-ils.

Selon le ministère de la Culture, les subventions de l'Etat, d'un montant de 5 millions d'euros, versées chaque année par les DRAC seront maintenues grâce au déblocage en décembre d'une "nouvelle enveloppe budgétaire" de 34,8 M EUR.

"Le ministère assure que tout est réglé mais des informations très inquiétantes remontent du terrain, des petits festivals en zone rurale perdent leur soutien", a affirmé jeudi à l'AFP Antoine Leclerc, délégué général de l'association Carrefour des festivals.

Les membres du collectif s'inquiètent en outre d'un regain de tensions dans le champ de l'exploitation cinématographique, où "quelques opérateurs multiplient les attaques juridiques, médiatiques" et "les pressions commerciales à l'encontre de cinémas indépendants art et essai", disent-ils.

Après le développement des multiplexes et l'apparition de la carte illimitée, l'arrivée imminente du numérique pourrait à nouveau bouleverser le champ de l'exploitation, s'inquiètent-ils, pointant le risque de voir apparaître un "cinéma à plusieurs vitesses", évoqué par le Médiateur du cinéma dans son rapport 2006/2007, remis l'été dernier.

Vendredi 29 février à Paris : journée de mobilisation nationale

Appel à mobilisation de l'UFISC
Union fédérale d'intervention des structures culturelles
Avant et après le 29 février 2008
retrouvez toutes les infos sur cette mobilisation,
à Paris comme dans les autres régions,
sur www.29fevrier.over-blog.com
29fevrier@gmail.com



Journée de mobilisation nationale
contre le desengagement
de l'Etat dans la culture



diversité artistique et culturelle en danger !


vendredi 29 février à Paris
place du Palais Royal à 15H00


L'Etat a décidé de réduire le budget qu'il consacre à la culture. Les acteurs culturels commencent l'année 2008 dans la plus complète incertitude concernant leurs financements. Les plus touchées par ce désengagement de l'Etat sont les associations artistiques et culturelles, compagnies, salles de spectacles, lieux d'accompagnement des pratiques amateurs qui constituent le vivier de la création et de l'innovation, et sont par leur proximité les premières interlocutrices des populations.


Les baisses annoncées touchent au financement de la création et de la diffusion. Mais plus encore, à l'heure où l'éducation artistique et le droit à la culture pour tous sont affirmés comme prioritaires par le Président de la République, ce sont les aides aux actions culturelles en zone rurale, dans les quartiers, les écoles, les hôpitaux, les prisons qui sont largement diminuées, voire annulées.

L'Etat, en se désengageant, démantèle le maillage artistique et culturel français, renforce les inégalités territoriales, lamine l'action de proximité et confine les populations à l'offre unique et globale des industries du divertissement.

L'Etat refuse de voir l'importance économique, sociale et symbolique des milliers d'équipes qui font la dynamique artistique et culturelle de notre pays. En faisant reposer les baisses de crédits sur des structures qui sont parmi les plus fragiles du champ culturel, et en centralisant ses moyens sur ses propres institutions, l'Etat met en danger la diversité artistique et culturelle en France.

Il n'y a pas de diversité artistique et culturelle sans diversité des initiatives sociales et économiques et sans reconnaissance réelle du droit culturel de tous les citoyens français.



Par cet appel, l'UFISC – Union fédérale d'intervention des structures culturelles demande

    • l'arrêt immédiat des baisses annoncées par l'Etat,
    • la concrétisation d'une politique ambitieuse, innovante et démocratique, prenant en compte l'ensemble des acteurs,
    • la mise en place d'espaces de concertation en régions.

Et nous appelons les publics, l'ensemble des compagnies, lieux, associations d'éducation populaire, artistes amateurs et professionnels, bénévoles, élus locaux, directeurs des affaires culturelles, médias, et tous ceux qui pensent que la culture de proximité et la diversité artistique ne doivent pas disparaître, à se rassembler dans toutes les régions de France vendredi 29 février.



A Paris, rendez-vous est donné
Place du Palais Royal
à partir de 15H


pour un CULTURETHON géant !!!





L'UFISC (Union Fédérale d'Intervention des Structures Culturelles) regroupe :

  • LA FEDERATION - Association professionnelle des arts de la rue FEDUROK - Fédération des lieux de musiques amplifiées/actuelles
  • SYNAVI - Syndicat national des arts vivants- SCC - Syndicat du Cirque de Création
  • FSJ - Fédération des Scènes de Jazz et de musiques improvisées
  • CITI - Centre International pour le Théâtre Itinérant
  • RESEAU CHAINON - Fédération des Nouveaux Territoires de l'Art
  • ACTES IF - Réseau solidaire de lieux culturels franciliens
  • RIF - Confédération des réseaux départementaux de lieux de musiques actuelles/amplifiées en Ile-de-France
  • SMA - Syndicat national des petites et moyennes structures non lucratives de Musiques Actuelles
  • ZONE FRANCHE - Fédération des musiques du monde.


UFISC
Périphérie - 87 bis, rue de Paris - 93100 Montreuil
Tél. 01 41 50 01 93 - Fax. 01 48 31 95 45www.peripherie.asso.fr

22 février 2008, Lyon

Les associations ACRIRA, Ecrans et GRAC ont envoyé un courrier commun à leurs députés et élus. Démarche couronnée de succès : concernant la mobilisation du 22 février 2008, Jean-Jack Queyranne, président de la Région Rhône-Alpes a organisé in extremis, en collaboration avec les trois associations régionales, une conférence de presse jeudi 21 février à 17H30 au Comœdia à Lyon.

Voyez les détails des différentes étapes de ces démarches là.

Bien sûr avec leur plein accord, et même leurs encouragements, vous pouvez telécharger, pour modèle, le courrier envoyé en janvier dernier aux députés ici.





cliquez sur le document pour le voir en grand





21 février 2008, site "Rue 89"

Site Rue 89
21 février 2008




Albanel face à la révolte du cinéma :

un ministre vers la sortie

par Antoine de Baecque (historien)


Y a-t-il encore un(e) ministre à la Culture? En tous les cas, il (elle) ne répond guère. Interpellée de plus en plus bruyamment par les acteurs culturels, de tous les bords et de tous les domaines, Christine Albanel se fait la plus discrète possible tout en restant placée sous haute surveillance depuis l’Elysée, où règne un "conseiller du Président pour la culture et l’audiovisuel", l’ex-trublion médiadique mitterrandolâtre Georges-Marc Benhamou.

Ce dernier n’a pas davantage de projet pour la culture, encore moins d’ambition de relance de la politique culturelle, mais du moins peut-il souffler à Sarkozy quelques effets d’annonce, claironnés sur la place publique en guise d’alibi culturel, sans même que la ministre en charge ne soit préalablement mise au courant.


Le cabinet du ministre de la Culture est aussi désorganisé que désemparé, effaré souvent par l’impréparation, l’amateurisme, pour tout dire l’absence de projet culturel, et craint de plus en plus ouvertement le confinement et l’isolement auxquels est soumise Christine Albanel, qui gère à peine les affaires courantes. Comme si elle était, depuis ses premiers pas et la lettre de mission qui lui fut adressée par la présidence de la République dès le 1er août dernier, encadrant significativement toutes ses actions, en état de sursis permanent.


Là voilà cependant au pied du mur. Car, à l’occasion de la cérémonie des César, vendredi 22 février, la profession se mobilise de façon sans précédent, notamment les métiers du cinéma et de l’audiovisuel, en première ligne dans les suppressions de crédits et le désengagement massif des politiques publiques. Un appel circule, "Vers le démantèlement de la diversité culturelle en France?", dénonçant "la forte baisse des crédits disponibles en Drac (Directions régionales des affaires culturelles) pour les festivals, les associations de salles, les circuits itinérants et, plus généralement, l’ensemble des acteurs de l’action culturelle cinématographique du territoire français".


Vendredi, à 21 heures, au moment même où débutera la cérémonie des César, il y aura grève des cinémas en France: tout le réseau art et essai et de recherche, celui qui soutient prioritairement le cinéma français récompensé au César depuis quelques années, suspendra sa séance et fermera les salles, en signe de protestation. Et l’ambiance promet d’être chaude et agitée dans la salle des César elle-même, cérémonie qui pourrait être l’ultime sortie d’une ministre qui n’en peut mais, une "versaillaise" chahutée par la Commune des cinéastes en colère.


Ensuite? Au profit d’un remaniement ministériel post-électoral, qu’on annonce aussi inéluctable que renversant, verra-t-on, comme la rumeur le colporte, le retour de Jack Lang en sauveur de la rue de Valois et de la politique culturelle à la française? On ne peut souhaiter pire destin à l’ancien patron du ministère… Mais cette succession déjà ouverte a le mérite de poser des questions non négligeables: qu’est-ce qu’un bon ministre de la Culture? Historiquement, il y a trois modèles. Malraux, Lang, et Tartempion. Mais le problème demeure: tous ont connu l’échec…



La taille Malraux


Malraux était fou. Ses discours avaient tout du delirium, ses postures pouvaient faire peur, et ses visions, ses tremblements, ses obsessions fétichistes, son narcissisme exacerbé, sa perpétuelle grandiloquence, proposaient le cas clinique d’une névrose profonde. Mais cette folie le protégeait. Elle confortait son personnage, celui que De Gaulle nommait "l’ami génial":


"A ma droite, j’ai et j’aurai toujours André Malraux. La présence à mes côtés de cet ami génial, fervent des hautes destinées, me donne l’impression que, par là, je suis couvert du terre à terre. L’idée que se fait de moi cet incomparable témoin contribue à m’affermir. Je sais que dans le débat, quand le sujet est grave, son fulgurant jugement m’aidera à dissiper les ombres."


Et comme l’indispensable dissipateur d’ombres ignorait le terre à terre, il fallait lui confier des tâches stratosphériques et surtout bien l’entourer. Ce fut la faculté de Malraux : tracer une voie à travers la nuée en des mots suffisamment épiques et visionnaires pour qu’ils supportent un projet, suffisamment obscurs, ésotériques et généraux pour qu’ils soient laissés à l’interprétation de ceux qui allaient les mettre en œuvre.


Sa grande force: un entourage d’administrateurs, d’hommes d’idées et d’actions, d’aventuriers de la culture, d’explorateurs en missions spéciales (un certain nombre venaient d’ailleurs de l’administration coloniale, tout juste démobilisés en 1959). Malraux était alors irrécusable.


Sa folie l’a déplacé hors du champ des polémiques, de même que son histoire: c’était un homme de gauche, intrinsèquement, compagnon de route des communistes. C’était un gaulliste d’obédience directe, sans autre médiation que l’amitié et l’écoute du Général, auréolé de Résistance (le commandement de la brigade Alsace-Lorraine en 1944) et de philosophie de l’art (du Musée imaginaire, en 1947, aux Voix du silence en 1951), même si la première était tardive et la seconde fumeuse.


Mais tout cela avait le goût de l’excès et surtout de la grandeur, et l’on sait que le bouillon de culture, en France, se déguste à cette sauce-là. Malraux fut le saucier le plus illustre de la gloire culturelle française, puisqu’il parvint toujours à rendre notre génie plus ou moins étriqué aussi large et envoûtant que l’univers de l’art dans son entier. C’est pourquoi l’action du ministère a été moins lyrique que le verbe du ministre. Il faut la relativiser: la culture ne vit pas alors un âge d’or, d’ailleurs elle demeure assez peu fortunée, entre 0,38% et 0,42% du budget total de l’Etat, et sera toujours en proie aux tracasseries des ministres des Finances et du budget.


S’il ne doit rester qu’une chose du ministère Malraux, qui vit encore mythiquement sur sa réputation, ce sont les Maisons de la culture. C’est dans ce cas, et dans ce cas seulement -puisqu’ici les murs s’appuient sur des fondations esthétiques cohérentes-, qu’on peut comprendre le sens de l’une des phrases les plus célèbres de l’homme des Antimémoires :


"La culture sera à notre époque ce que l’instruction publique fut à celle de Jules Ferry."


Cette prophétie, ce sont les Maisons de la culture qui ont voulu la réaliser au mieux, symbole et orgueil du nouveau régime. C’est une ressource, mais également un miroir aux alouettes : cette apologétique veut convertir le peuple à la culture par l’éclat des images, grâce au choc de la confrontation aux œuvres, dans un grand halo de scintillements et avec d’importants concours de foule, ce qui n’est pas sans rapport avec la culture de masse, mais souvent sans s’en donner les moyens.


Lang ou la séduction exagérée


Avec Jack Lang, tout fut culturel. Les arts, les lettres, le rock, la bande dessinée, la "culture" urbaine, un coup franc de Michel Platini, chaque idée du Président. Jack Lang pensait même que le gouvernement était composé de quarante-quatre ministres de la Culture. L’idiome culturel déborde les digues du langage, et envahit tout au cours des années 80, celles de Lang et de son efflorescence verbale, festive, créative. La Culture n’était plus seulement un ministère sectoriel, mais un centre de gravité autour duquel tout devait s’ordonner.


Si la France a été la première nation du monde démocratique à se doter d’un ministère des Affaires culturelles dès 1959, trente ans plus tard son budget s’est non seulement multiplié, mais sa dénomination même semblait s’être enflée à la mesure de ses certitudes et de sa puissance symbolique, pourvue de toutes les capitales désirées: ministère de la Culture, de la Communication, des Grands Travaux et du Bicentenaire…

Ce verbe lyrique nous paraît certes, avec le recul et l’ironie de l’histoire, quelque peu forcé et plutôt ridicule. Mais il faut songer à tout le mal qu’il a fait, quand ce vitalisme culturel s’est métamorphosé au cours des années 80 en une langue de bois parlée le plus naturellement du monde par les milieux de la culture officielle. Cette volonté de faire savoir et de faire voir s’est déversée en slogans de surexcitation culturelle, d’hypertrophie logomaniaque et de séduction exagérée. On a inventé la Fête de la musique, la Fureur de lire, la Ruée vers l’art, l’idée explosive de dynamiser les arts plastiques, le ministère du Bonheur, bientôt de l’Intelligence, et tout se devait d’être énorme sous la dictature du jamais vu et de la surenchère: Grand Louvre, Grande Arche, Grands Travaux, Très Grande Bibliothèque… Etat culturel et Etat séducteur marchaient ici main dans la main vers la lumière qui se levait à l’horizon.


Ces mots de passe du jargon ministériel sont devenus des clichés et des lieux communs qui ont doublé les réalisations effectives de la politique culturelle, qui pouvaient même s’en passer. Que la culture soit devenue un enjeu majeur dans l’art de gouverner, c’est un fait que et Malraux et Lang, chacun à leur manière, ont réussi à imposer.


Mais quid de la démocratisation de la culture? La croissance budgétaire de la politique culturelle, qui est indéniable, et est indéniablement le principal héritage des années Lang, a-t-elle contribué à étendre la culture de chacun ? Là, il faut se rendre à l’évidence amère d’un constat d’échec : ironie d’une histoire qui passe par la baisse de la fréquentation dans tous les lieux de culture, concerts, cinémas, théâtres, bibliothèques, musées nationaux ou municipaux, alors même que les occasions de culture (le nombre de festivals, de livres, d’espaces d’expositions, de salles de concert, de films et de multiplexes cinématographiques, de Scènes nationales) ont significativement augmenté.


L’écartement des ciseaux semble inéluctable : un Français sur trois ne lit pas même un livre par an ; les deux-tiers ne sont jamais allés au théâtre ; enfin 85% de la population ne fréquente jamais un musée ni une exposition. Chaque étude du ministère de la Culture conclut à l’échec de la démocratisation, rien n’y fait. Ce qui explique sûrement le mouvement de fond en matière de culture au cours des années Lang : l’abandon progressif de la démocratisation culturelle (la culture pour tous) au profit de la démocratie culturelle (la culture de tous et par tous). Plutôt qu’aller vers la culture des autres, on cultive son propre jardin culturel. Syndrome ikea de la culture en kits: on est tous cultivé parce que toutes les cultures sont possibles, surtout la sienne. 100% de réussite promise, tous devant la télé…


Le triplement du budget de la culture n’a-t-il servi à rien? Désespérante question. C’est là l’effet pervers de la langue de Lang et de ses communicants : au bout de quelques années, ne reste que le dérisoire du verbe. Le ministre de la Culture en costume rétréci. Sans Malraux, ni Lang, l’appellation fondatrice de ministère des affaires culturelles fluctue, soulignant que personne ne sait plus exactement ce qu’est une politique culturelle dans les hautes sphères de l’Etat.



Le défilé des locataires courte durée


L’hésitation est renforcée par la valse des ministres. On a tout essayé, grand commis de l’Etat, dandy cultivé, administrateur besogneux, femme journaliste en vogue, écrivain réactionnaire, homme politique de base, rien n’y a fait: le costume ministériel semblait toujours taillé trop grand pour le malheureux désigné ou volontaire puisque le patron avait été confectionné aux dimensions de Malraux. La rue de Valois voit ainsi défiler, depuis le départ de Malraux en mars 1969 : Edmond Michelet, André Bettencourt, Jacques Duhamel, Maurice Druon, Alain Peyrefitte, Michel Guy, Françoise Giroud, Michel d’Ornano et Jean-Philippe Lecat. Neuf locataires en douze années, le bail est de courte durée et personne n’en a rien retenu.


Ensuite, dès la fin des années Lang, la politique culturelle se replace hors de l’espace public. La culture était certes partout. Pas de plateforme politique, locale, régionale, nationale, sans son chapitre culturel. Mais ce n’était pas là où se gagnaient ni se perdaient les élections. Dans la France de la fin du XXe siècle et des débuts du XXIe siècle, la culture est partout, tout le monde en veut, tout le monde la revendique, mais son paradoxal triomphe marque surtout sa sortie de la controverse politique et son exclusion du choc des idées. Elle est surtout la marque d’un faire joli qui agrémente les programmes, s’étale sur des projets de papier glacé, un gibier de sujets consciencieux ou folkloriques pour journaux télévisés, la contre-partie artificielle aux offensives marketing de grande ampleur.


La culture échappera-t-elle désormais à ce destin de poule de luxe, supplément d’âme et vernis visuel pour événements médiatiques préfabriqués? Le 21 avril 2002 -quand Le Pen arrive au second tour de l’élection présidentielle-, installe durablement un temps de crise sur la culture française, celui du malaise larvé, du désarroi morose, de la fin de la croyance en l’efficacité des politiques culturelles, de la chute de prestige d’un ministère rétrogradé symptomatiquement en bas de liste dans le gouvernement Raffarin de 2002, avec l’expert Jean-Jacques Aillagon.


Cet arbitrage gouvernemental a dévoilé le médiocre intérêt porté à l’art et aux artistes, à la culture et à ses enjeux, par un pouvoir qui a certes promis beaucoup mais sans conséquence. D’ailleurs, ce même ministère n’était plus qu’une question de “casting”, et recommence une instabilité de la fonction dont la rue de Valois avait perdu l’habitude depuis la décennie 1970 : en une douzaine d’années, se succèdent Toubon, Douste-Blazy, Trautmann, Tasca, Aillagon, Donnedieu de Vabres, Albanel, qui ont chacun bien de la peine à définir ce que peut être une politique culturelle possible, sinon cohérente et efficace, et tout autant de difficulté à bien s’entourer et à échapper à la malédiction des coupes budgétaires.


Ces années du tournant du millénaire sont celles de la mise en sommeil des discours politiques sur la culture, ou plutôt de leur gadgétisation, tandis que bien des objectifs de développement culturel et d’insertion de l’art dans l’espace social passent au compte des pertes et profits (des pertes surtout). La politique culturelle à la française, inventée sous Malraux, régénérée par Lang, s’est dissoute dans ce processus.


L’intervention de l’Etat dans la culture va-t-elle se limiter à un soutien public à l’économie de la vie artistique et culturelle ? Ce désengagement ne serait pas illogique dans un temps d’humeur libérale et de désenchantement de la politique, où les enjeux économiques propres aux industries culturelles de masse semblent largement primer sur la réalité en berne d’une démocratisation culturelle dont tous les voyants sont au rouge en signe d’échecs répétés.


20 février 2008, Cahiers du cinéma


Les Cahiers du cinéma accompagnent la mobilisation pour vendredi, et ses suites, en mettant en ligne les informations que vous nous transmettrez sur le site à la rubrique "Réagir".




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20 février 2008, l'Humanité

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20 février 2008, Politis

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20 février, Charlie Hebdo

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18 février 2008, mission confiée à Alain Auclaire sur les actions d'éducation à l'image et de diffusion culturelle

Site du Ministère de la Culture
Actualités



Christine Albanel confie à Alain Auclaire
une mission sur

les actions d’éducation à l’image et de diffusion culturelle


Christine Albanel, ministre de la Culture et de la Communication, confie à Alain Auclaire, (ancien président de la Femis, membre du Comité de la diffusion cinématographique au Centre national de la cinématographie) une mission sur les actions d’éducation à l’image et de diffusion culturelle soutenues par le ministère de la Culture et de la Communication dans le domaine du cinéma.

Alain Auclaire devra notamment dresser un état des lieux des programmes d’aides actuellement mis en œuvre par le ministère de la Culture et de la Communication, et le Centre national de la cinématographie (CNC) et formuler des propositions afin de permettre leur développement à l’horizon 2009.

Le ministère de la Culture et de la Communication a fait de l’éducation à l’image un enjeu fondamental et l’une des priorités inscrites dans le plan de développement de l’éducation artistique et culturelle présenté récemment en Conseil des ministres par Christine Albanel et Xavier Darcos.

Jusqu’à présent, dans le domaine du cinéma comme de l’audiovisuel et du multimédia, l’éducation à l’image est portée par une grande diversité de dispositifs, que ce soit dans ou hors du temps scolaire.

Le milieu associatif y est très impliqué, à l’échelon local ou national. Ces dispositifs sont souvent liés à des actions plus larges menées en direction de différents publics comme les festivals, les animations cinématographiques de terrain, le soutien à la diffusion de l’art et essai que l’on a l’habitude de regrouper sous le vocable d’action culturelle cinématographique et qui font l’objet d’un soutien de l’Etat et des collectivités territoriales.

L’organisation de ce soutien, pour ce qui concerne l’Etat, manque toutefois de lisibilité et n’est pas appréhendée de manière globale. Certaines de ces actions relèvent des crédits consacrés à la « transmission des savoirs », tandis que d’autres sont soutenues au titre du programme « création ».

Certaines actions sont financées par le Centre national de la cinématographie, tandis que d’autres sont subventionnées à l’échelon déconcentré du ministère de la Culture et de la Communication.

C’est pourquoi il paraît indispensable de dresser un état des lieux des actions conduites en faveur de la diffusion culturelle cinématographique, audiovisuelle et multimédia et de permettre une meilleure complémentarité et une vraie cohérence des aides de l’Etat, afin de soutenir plus efficacement, dès 2009, les actions qui contribuent à la sensibilisation des publics, notamment du jeune public, et au renouvellement de la cinéphilie.

Un premier point d’étape devra être remis à la fin du mois de mai.

16 février 2008, la Croix

Les salles de cinéma
cherchent un nouveau public

À l'occasion de la Nuit des César, vendredi 22 février, les cinémas indépendants expriment leur inquiétude après les offensives récentes menées par les grands groupes.


Le film pourrait s’intituler Opération écran noir. Générique vendredi 22 février à 21 heures, au moment où Antoine de Caunes et Jean Rochefort donneront le coup d’envoi de la cérémonie des Césars, retransmise sur Canal +. À cette heure, les cinémas indépendants, partout sur le territoire, sont invités à suspendre symboliquement leur séance durant la remise des récompenses. Si l’on ignore l’ampleur de la mobilisation – à l’appel du Collectif national de l’action culturelle cinématographique et audiovisuelle –, ce mouvement inédit manifeste la volonté de résistance de ceux que l’on appelle les « petits cinémas » par opposition aux grands groupes et leur armada de multiplexes, comme Europalace (réunissant Pathé et Gaumont), UGC ou même MK2 à Paris.

Depuis quelques mois, les mastodontes du septième art ont lancé une offensive contre certaines salles municipales : ces structures, en général non affiliées à un réseau, bénéficient de subventions des collectivités locales en appui du rôle social et culturel qu’elles jouent dans l’animation de zones non rentables pour le privé. À Montreuil (Seine-Saint-Denis), c’est l’expansion du Méliès, dont le nombre de salles doit passer de trois à six, qui a provoqué l’action en justice d’UGC, imité par MK2, les deux groupes étant désormais associés dans la carte d’abonnement illimité qu’ils proposent aux cinéphiles.

D’autres villes de France ont été le théâtre de cette guérilla judiciaire. « Nous agissons seulement lorsque l’extension de salles remet en cause l’équilibre de la concurrence dans des zones où notre présence ne fait pas défaut », justifie Alain Sussfeld, directeur général du groupe UGC. Il réclame une « règle du jeu claire, pour l’ensemble du secteur afin de connaître quelles subventions se justifient vraiment ». Dans ce contexte, le rapport de la commission Leclerc-Perraud sur les conditions de la concurrence, prévu pour la fin du mois, est très attendu. Les grands opérateurs de cinéma remettent en cause la part des subventions accordées par les collectivités locales, mais ils ne contestent pas le principe du fonds de soutien, financé par le Centre national de la cinématographie (CNC). Et pour cause, ils en bénéficient, eux aussi, au titre de la rénovation des salles.




"Il faut remettre à plat le système des subventions"


Dès lors, le débat se complique, puisqu’il ne peut se résumer à une bataille entre « grandes » salles privées, fonctionnant uniquement sur leurs propres ressources, et « petites » salles subventionnées. L’exemple du réseau Utopia, considéré comme une référence en matière culturelle, montre à quel point les salles obscures échappent à une classification trop rapide. Dans le Sud-Ouest, le réseau, connu pour sa programmation exigeante, conteste l’aide publique apportée aux cinémas Jean-Vigo de Bordeaux et Jean-Eustache de Pessac (Gironde). « Nous faisons l’effort de refuser les subventions locales et nous sommes assommés de taxes : on nous réclame 266 000 € pour le parking sous nos salles de Bordeaux.

Il faut remettre à plat le système des subventions et les attribuer en fonction d’un cahier des charges précis », plaide Anne-Marie Faucon, fondatrice du réseau Utopia. Elle reproche à ses concurrents « municipaux » de proposer une programmation qui « fait le grand écart entre Astérix et l’art et essai » et de recueillir, par conséquent, des aides injustifiées. Contre toute attente, le réseau Utopia fait figure d’allié objectif des grands groupes, qui ne seraient pas mécontents que les films à fort potentiel commercial n’aient plus droit de cité dans les cinémas dits indépendants.

Autre enjeu majeur : les films d’art et essai dits « porteurs » (Woody Allen, les frères Coen, Pedro Almodovar, etc.), qui trouvent les faveurs d’un public plus âgé, dont la part croît sensiblement. Directrice du Grand Action à Paris, dans le très cinéphile Quartier latin, Isabelle Gibbal-Hardy le confirme : « La montée en puissance des salles municipales effraie les grands groupes qui s’intéressent du coup à l’art et essai “porteur”. Mon problème, c’est d’acquérir les copies de ces films.

En général, pour le Quartier latin, il y en a quatre. Deux sont automatiquement attribuées à l’UGC et au MK2 situés au carrefour de l’Odéon. Après on peut discuter. J’exige le film le jour de la sortie nationale, car il n’est pas question de me contenter des miettes. Mais, pour convaincre les distributeurs, je suis obligée de prendre des engagements commerciaux, de maintenir les films à l’affiche un certain temps. Et lorsqu’on me refuse un film, je brandis la menace du médiateur du cinéma (1)… »




"Les comportements culturels ont radicalement changé"


Pour François Aymé, dont le cinéma Jean-Eustache à Pessac est passé de 26.000 spectateurs en 1989 à 180.000 aujourd’hui, cette concurrence acharnée autour des films d’art et essai cache un changement de stratégie des grands opérateurs. « Ils ont cru qu’il suffisait de construire des salles pour attirer le public. Et la cible des multiplexes, apparus depuis dix ans, c’était les jeunes. Or, les comportements culturels ont radicalement changé, avec le développement d’Internet et de la téléphonie mobile. En 1980, les spectateurs de moins de 35 ans représentaient 80 % des entrées. Ils sont 43 % aujourd’hui… »

Un chiffre à mettre en relation, selon François Aymé, avec une autre donnée qui expliquerait le durcissement des positions : les salles, de tout type, affichent un taux moyen de remplissage de 15 %. « Or, les films continuent à sortir sur les écrans au rythme d’une quinzaine par semaine et les distributeurs privilégient les exploitants qui proposent un maximum de séances. »

Une vision purement commerciale qui néglige le travail d’animation et d’éducation des « petites » salles pour défendre une certaine vision de la cinéphilie. « Si la loi de la concurrence s’appliquait telle quelle, c’est 25 à 30 % des salles de cinéma françaises qui risqueraient de fermer, surtout en banlieue », redoute Rafael Maestro, directeur de l’association Ciné-Passion en Périgord. Avec une conséquence très concrète pour le public, « la nécessité de prendre sa voiture pour voir un film d’auteur en version originale ».

Chez les défenseurs de la pluralité du septième art, reposant sur un réseau de salles réparties sur l’ensemble de l’Hexagone, l’inquiétude actuelle se double d’une autre crainte : le passage au numérique. Une modification technique qui oblige les cinémas à s’équiper, dans la mesure où les distributeurs n’utiliseront bientôt que ce moyen de diffusion. « Il nous faudra passer par un “tiers opérateur” qui met à disposition, en le louant, le matériel nécessaire pour passer les films en numérique. Le groupe CGR a déjà trouvé le sien, annonçant qu’il aurait équipé ses 400 salles d’ici à la fin de l’année. Les autres attendent. Pour les petits cinémas, le seul moyen de résister sera de trouver un opérateur commun. » La bataille du septième art s’est déjà trouvé d’autres terrains de combat.
Bruno Bouvet et Sophie Conrard


(1) Le rôle principal de Roch Olivier Maistre, conseiller à la Cour des comptes, est d’arbitrer les conflits entre exploitants et distributeurs, en ce qui concerne l’attribution des films aux salles.



Pathé se renforce à Lyon,
les indépendants s'inquiètent


Les cinémas d'art et d'essai craignent de faire les frais de la lutte entre Pathé et UGC dans l'agglomération.
Le Pathé Vaise est né sous d’heureux auspices. Jules César, alias Alain Delon, est venu en personne présider le 22 janvier l’inauguration du multiplexe conquis au pied de la colline de la Duchère. Avec Astérix aux Jeux olympiques, une production maison, le nouveau cinéma ne pouvait rêver plus belle affiche pour dévoiler ses 14 salles, dont huit dotées de projecteurs numériques. « De quoi faire passer le Pathé Bellecour pour une grande salle de quartier », s’amuse Joël Luraine, directeur du nouveau vaisseau amiral de Pathé à Lyon.

Après le rachat en 2006 d’un cinéma indépendant dans le centre-ville, rebaptisé Pathé Cordeliers, la maison au coq comble son retard, avec 31 écrans contre 33 pour UGC. L’offensive ne fait que débuter. En arbitre de la lutte acharnée entre les deux exploitants, la communauté urbaine de Lyon a accepté que chacun se renforce, en les intégrant aux deux gros chantiers urbanistiques en cours dans le Grand Lyon. Un autre Pathé sera livré début 2009 à Vaulx-en-Velin, et un UGC prendra ses quartiers à la pointe de la presqu’île d’ici à 2010. Avec six multiplexes, l’agglomération passera en quelques années de 59 à 43 habitants par fauteuil de cinéma.

« C’est un de trop, alors qu’une étude recommandait de se doter de deux, voire trois multiplexes de taille raisonnable », répète à qui veut l’entendre Colette Périnet, présidente du Grac, association réunissant une cinquantaine de cinémas municipaux ou associatifs subsistant dans la périphérie de la ville des frères Lumière. « Le cinéma est un marché de l’offre, se défend Joël Luraine. Les Lyonnais vont en moyenne 4,5 fois au cinéma par an. Nous pouvons aisément porter ce chiffre à 6, pour peu que les lieux soient judicieusement choisis. »



"Les multiplexes ont redonné le goût du cinéma aux Français"

Un optimisme partagé par un acteur du cinéma d’art et d’essai lyonnais estimant que « les multiplexes ont redonné le goût du cinéma aux Français. Ils ont contribué à ce que le nombre d’entrées en France passe de 130 millions à 180 millions en une décennie. » Mais la fréquentation, depuis, marque le pas, et les grands exploitants ne se contentent plus de divertissement.

Lors de sa première semaine d’exploitation, le Pathé Vaise a mis à l’affiche quatre films en version originale. « En programmant des films d’auteurs porteurs qui nous permettent de défendre des réalisateurs plus difficiles, au moment où ces derniers ont du mal à trouver leur public, UGC et Pathé nous déséquilibrent économiquement », s’inquiète Marc Bonny, directeur des six salles du Comœdia, le principal cinéma d’art et d’essai lyonnais.

Déjà en butte à l’hostilité d’UGC qui conteste l’aide versée pour la rénovation de ce cinéma presque centenaire, Marc Bonny estime que « c’est aux pouvoirs publics de veiller à la diversité. Il existe un contrepoids au niveau national, le médiateur du cinéma, mais les distributeurs sont dans une position extrêmement défavorable vis-à-vis des grands groupes. »

« Tout le monde réclame des copies en version originale, il faudra bien les refuser à quelqu’un », résume brutalement Marc Artigau, directeur programmateur du réseau Cinéma national populaire (CNP). Désabusé, il ne croit pas en l’efficacité des protocoles signés par le Grand Lyon avec Pathé pour garantir une cohabitation harmonieuse avec les salles indépendantes. Certains font déjà les frais de cette guerre commerciale, comme Colette Périnet, par ailleurs directrice du cinéma Les Alizés, à Bron : « Malgré mes demandes répétées, je n’ai pas obtenu Un secret, de Claude Miller, un cinéaste que nous suivons depuis toujours, ni le dernier Sean Penn en VO. Notre public est fidèle, mais pas héroïque… »

Bénévant Tosseri




Quelques chiffres...

5.364 salles de cinéma en France

Une fréquentation en hausse, et un taux de pénétration du cinéma stable

En 2006, les cinémas français ont enregistré 188,7 millions d’entrées, soit 29,3 millions de spectateurs (ils peuvent revenir plusieurs fois).

En 1990, on comptait 121,9 millions d’entrées (17,7 millions de spectateurs).

Pour 70 % des personnes interrogées, le grand écran demeure le premier moyen de découvrir un film, devant Internet (15,1 %) et la télévision (10,7 %).



Des salles de cinéma nombreuses et variées

La France compte 5 364 salles de cinéma (contre 4 662 en 1997), réparties dans 2 135 établissements, tenus par 900 exploitants. 1 696 communes sont équipées d’au moins une salle en activité. Parmi elles, Paris dispose d’un patrimoine exceptionnel, avec 379 écrans en activité en 2006.

Chaque salle française compte en moyenne 201 fauteuils, soit un fauteuil pour 54 habitants.

La moitié des cinémas sont classés art et essai. Ces derniers ont réalisé l’an passé 55 millions d’entrées. On compte un fauteuil art et essai pour 146 habitants.



Partage des recettes entre les établissements Les 150 multiplexes enregistrent plus de 50 % des entrées et 55 % des recettes.

Les 1 340 cinémas de proximité indépendants ou municipaux (1 à 4 écrans) réalisent 27 % des recettes.

Tous types d’établissements confondus, le taux de remplissage des salles n’est que de 15 %. Les principaux exploitants sont les suivants : Europalaces (Pathé et Gaumont) est en tête avec 605 écrans. Suivent UGC avec 371 écrans, CGR avec 365 écrans, et Davoine Ciné-Alpes avec 159 écrans. Uniquement implanté en région parisienne, MK2 compte 64 écrans.

(Chiffres : Centre national de la cinématographie.)







Benoît Danard :

« Le vieillissement du public est indéniable »

Benoît Danard, Responsable du service des études, des statistiques et de la prospective au Centre national de la cinématographie (CNC)

« Le vieillissement du public des cinémas est indéniable. La part des 50 ans et plus dans les salles a été multipliée par quatre depuis vingt-cinq ans : 31,7 % des entrées en 2006, contre 7,3 % en 1980. Face à cela, la part des 15-24 ans est passée de 55,9 % des entrées en 1980 à 27,1 % en 2006. Ce vieillissement du public tient essentiellement au vieillissement de la population. La désaffection des jeunes, argument souvent avancé par les exploitants, serait principalement liée à des évolutions démographiques. La jeune génération continue d’aller très régulièrement au cinéma. Certes, elle a un rythme de vie soutenu et est davantage sollicitée : télévision, DVD, ordinateur, Internet… Dans ce contexte, nous devons être vigilants. La piraterie devient une menace. C’est pourquoi le CNC va étudier de près le comportement du jeune public (11-25 ans) afin de savoir si nous sommes face à un changement structurel. Les seniors, eux, ont le temps et les moyens financiers d’aller au cinéma. Non seulement ils sont nombreux, mais ils y vont souvent. Ils ont commencé à y aller jeunes – le cinéma était alors le média dominant – et continuent. C’est un effet générationnel.

La salle de cinéma a toujours un bel avenir devant elle et conserve un rôle social important. On y va souvent en groupe, avec des amis… Même si on peut dire que le public des multiplexes est légèrement plus jeune que celui des petites salles, les deux types de publics ne sont pas répartis dans deux types de cinéma différents. Ils choisissent une salle en fonction de sa proximité, et surtout du film qu’ils veulent voir. »

Recueilli par Sophie Conrard

Appel : AG du 18/02/08 de la Fédération nationale des acteurs multimedia

La Fédération nationale invite les acteurs "culture multimédia" qui se reconnaissent dans sa démarche et dans les valeurs posées par l'association à se joindre à son Assemblée générale

le 18 février 2008 à Paris


Vous pouvez signer l'appel à mobilisation de la Fédération ici. Consultez le site de la fédération là.

Cet appel à mobilisation pour le réexamen de la politique de l'Etat français en matière de culture multimédia s’inscrit dans un débat plus large lié au désengagement de l’Etat en matière d’actions culturelles et plus spécifiquement dans la nécessité de persistance et préservation des actions portées avec les artistes, les chercheurs… et auprès des publics par l’ensemble des acteurs «culture multimédia».



Communiqué

de la Fédération nationale
des acteurs "culture multimédia"



Nous, structures et acteurs "culture multimédia", menons depuis 10 ans des projets de création, de recherche et de diffusion artistique, des actions culturelles, pédagogiques et de médiation, avec des publics, en réseau sur des territoires. Nous participons ainsi à fonder des repères dans notre société de l’information et de la connaissance par l’accueil et l’accompagnement d’usages et de pratiques du multimédia relevant de l’intérêt général.


Le ministère de la Culture, sans concertation ni délai, sans fournir un quelconque argumentaire, a fait le choix de son désengagement de la culture multimédia remettant en cause son soutien à plus de 115 lieux en France, aux festivals d'arts numériques et à la création multimédia. Cet acte met devant le fait accompli autant les acteurs que les collectivités, qui elles aussi se sont engagées dans ces politiques.


C’est pourtant ce même ministère de la Culture, qui depuis 1998 avait initié une politique volontariste de soutien à la démocratisation culturelle multimédia et à la création artistique, en privilégiant une professionnalisation des acteurs et une innovation des modes de productions avec les artistes et les publics. Cette politique a été unanimement plébiscitée par tous les gouvernements successifs, pour ses missions décrétées et reconnues par tous d'utilité publique, et réaffirmée par le président de la République dans la lettre de mission à madame la ministre de la Culture.


Cet acte est ainsi en contradiction complète avec les choix stratégiques de ce gouvernement autour de la société de l'information.

Même si, jusqu'alors, les aides individuelles accordées aux lieux peuvent paraître dérisoires entre 5 000 et 30 000 euros par an, ces faits ont des retombées considérables pour les acteurs de la culture multimédia, dont les conséquences immédiates et concrètes sont :
  • précarisation extrême de l'économie des structures ;
  • suppression de postes ;
  • remise en cause de l'accueil d'artistes et de la diffusion des œuvres ;
  • remise en cause des actions culturelles et éducatives en direction du grand public, de l'accueil des scolaires ;
  • fermeture de lieux de médiation et de création sur les territoires et à destination des populations ;
  • mise en péril d’une réalité de l'aménagement culturel du territoire et de la circulation des compétences dans les réseaux.

Le rapport de force que fait naître le ministère de la Culture nous convainc de réaffirmer l'enjeu des actions que nous portons avec les artistes et auprès des publics, et de nous doter des outils qui nous permettent d'assurer la défense de ce secteur, de ses structures et de ses emplois, notamment par la formalisation de la création d'une fédération nationale des acteurs de la culture multimédia.


Forts de cette structuration et au regard des enjeux, nous sollicitons un réexamen de la politique de l'Etat et demandons :

  • une mise en cohérence entre les déclarations du président de la République, les préconisations stratégiques et la mise en oeuvre concrète par la ministre de la Culture ;
  • le maintien et le renforcement des politiques publiques menées jusqu'ici en matière de culture multimédia ;
  • une concertation avec l'ensemble des acteurs de ce secteur pour construire collectivement les politiques culturelles multimédia, publiques et privées.

Appel d'Heure exquise !

Pour signer la pétition,
www.heure-exquise-en-colere.org





Créée en 1975, Heure Exquise ! est une association spécialisée dans la promotion de l'art vidéo et du documentaire de création. Elle a a progressivement mis en place ses activités de distribution, de diffusion, de préservation, de documentation et d'aide à la création. Son catalogue, bilingue (français/anglais) rassemble plus de 3.000 oeuvres et aide 700 artistes français et étrangers à diffuser leurs créations.

Heure Exquise !, Centre international pour les Arts Vidéo, c'est une équipe de 7 salariés qui accueille et conseille au quotidien programmateurs, artistes, enseignants, étudiants... programme et organise des projections publiques.

Nous sommes, comme des CENTAINES D'AUTRES ASSOCIATIONS et organismes culturels, victime de la BAISSE BRUTALE ET NON CONCERTEE DES SUBVENTIONS PUBLIQUES. A ce jour, nous ne savons toujours pas quels seront les crédits attribués en 2008… et il y a clairement menace d'une absence totale de budget. Aujourd'hui, une de nos activités apparaît comme condamnée, la Station d'Heure Exquise !, Espace Culture Multimédia. Cette situation est bien entendu dramatique et menace clairement le fonctionnement de notre travail quotidien et de nos actions.

Cette situation pourrait avoir des conséquences sur le soutien que nous apportent nos partenaires : Le Conseil Régional Nord/Pas-de-Calais, le Conseil Général du Nord, La ville de Mons-en-Baroeul. Quant à la Direction Régionale des Affaires Culturelles (DRAC), elle est prise en otage entre la réalité de terrain et les réductions budgétaires imposées par le Ministère.

Cette situation menace bien entendu l'emploi de plusieurs salariés et aurait des conséquences sur nos activités de diffusions et de distribution de l'art vidéo et du documentaire. Le vendredi 22 février 2008, Heure Exquise ! fera grève et ne répondra pas aux demandes quotidiennes de ses usagers. Les salariés, avec le soutien des administrateurs bénévoles, seront présents sur leur lieu de travail et proposeront la diffusion de vidéos d'art et de documentaires de création issus du catalogue de distribution, avec la complicité solidaire de nombreux artistes.

Nous rejoignons dans notre action la mobilisation nationale des professionnels de l'audiovisuel, du cinéma, les distributeurs, les producteurs indépendants, les enseignants, les artistes et les associations culturelles... ainsi que les professionnels du multimédia qui ont découvert fin janvier 2008 la suppression pure et simple des crédits attribués par le Ministère de la Culture. Nous sommes, comme des centaines d'autres associations et organismes culturels, victime de la baisse brutale et non concertée des subventions publiques. A ce jour, nous ne savons toujours pas quels seront les crédits attribués en 2008… et il y a clairement menace d'une absence totale de budget. Cette situation menace bien entendu l'emploi de plusieurs salariés et aurait des conséquences sur nos activités de diffusions et de distribution de l'art vidéo et du documentaire.

  • Parce que la brutalité avec laquelle nous apprenons ces attaques est inadmissible et ressemble très clairement à du mépris. Mépris de la différence et de la diversité culturelle.
  • Parce que nous menons un travail d'intérêt général et que nous sommes des acteurs économiques essentiels dans le paysage culturel. Nous payons des impôts, de la TVA, des charges sociales, des taxes sur les salaires…
  • Parce que nous n'avons pas honte de recevoir de l'argent public pour faire notre travail, parce que nous avons la charge de préserver un patrimoine audiovisuel unique et d'aider plus de 700 artistes à diffuser leurs créations.
  • Parce que nous n'avons pas, dans nos associations, de "patrons voyous" qui empochent les subventions publiques pour délocaliser à l'étranger et exploiter toujours plus…
  • Parce que le gouvernement annonce publiquement une hausse de 3,2 % du budget de la culture en 2008 et demande en même temps aux plus modestes d'entre nous de "faire des économies"…nous trouvons l'argument grossier et fallacieux.
  • Parce que nous ne voulons pas d'une société où l'argent, la consommation abrutissante, la vulgarité et la bêtise sont les valeurs dominantes.

Le Méliès à Montreuil : un projet de cinéma

Cinéma Georges Méliès,
Montreuil-sous-Bois


Un projet de cinéma
par Stéphane Goudet


Que peut bien faire une salle de cinéma Art et Essai, en plus de s’efforcer de montrer, dans des conditions optimales, les meilleurs films qui sortent au gré des semaines ? Prendre une part active à des festivals, créer des week-ends spéciaux autour de grands auteurs, faciliter l’accès aux créateurs en mettant au point très régulièrement de vrais échanges publics d’une heure et plus avec les réalisateurs. De nombreuses salles Art et Essai, dans le réseau extraordinaire que possède encore la France, réalisent ce travail.

Quelle est alors la spécificité du cinéma Georges Méliès de Montreuil-sous-Bois, en Seine- Saint-Denis, que j’ai le privilège de diriger et de programmer, avec Serge Fendrikoff, et qui, ces derniers mois, est, avec le Comoedia de Lyon, au centre des débats sur l’avenir des salles indépendantes ?

Le Méliès s’est d’abord fait une spécialité de recevoir de grands cinéastes internationaux d’ordinaire réservés aux seules institutions. Régulièrement, un maître du cinéma contemporain est accueilli par un grand cinéaste français, qui lui rend un hommage public et dialogue – autant que faire se peut – avec lui : ainsi d’Oliver Stone avec Arnaud Desplechin, d’Abel Ferrara avec Bertrand Bonello, de Monte Hellman avec Jean-François Stévenin, de Michael Cimino avec Claude Miller, et en juin dernier, deTsaï Ming-liang avec Claire Denis.

Pour nous, l’événementiel est décisif pour conférer une identité à une salle indépendante. Mais le travail fondamental s’opère peut-être davantage par la mise en place de cycles réguliers, qui donnent le mieux à lire la politique de programmation et d’animation d’un établissement. Au Méliès, à raison d’une projection toutes les 6 semaines en moyenne, pas moins de cinq cycles ont été instaurés, qui renvoient à cinq approches complémentaires du cinéma comme art et comme lieu. La dimension festive est jugée par l’équipe indispensable, incarnée à la fois par les nuits de cinéma, les Ciné-concerts et les Ciné-goûters (pour enfants), mais aussi par les Ciné-karaokés. Ou comment faire chanter une salle entière (équipée des paroles et parfois déguisée) sur des films musicaux projetés en demi-jour le temps des choeurs (de tout Demy à Podium, en passant par West Side Story, l’Etrange Noël de Monsieur Jack, Jeanne et le garçon formidable ou Téléphone public).

Aux antipodes apparents de cette conception interactive et distractive de la salle de cinéma, ont été mises en place de véritables conférences (de trois quart d’heure environ), à l’issue de certaines projections, pour réaffirmer l’importance de l’écoute et assumer le désir d’une pédagogie vivante, incarnée et si possible assez joyeuse. En partenariat avec la Maison populaire de Montreuil, sont ainsi nés trois cycles : les Ecrans psychanalytiques, les Ecrans sociaux (carte blanche à l’association Le peuple qui manque) et les Ecrans philosophiques, pour répondre à ce désir de sens, qu’amplifie la vacuité médiatique. Pour ce dernier cycle, les directeurs de programme du collège international de philosophie, structure située dans le 5ème arrondissement de Paris, partenaire depuis 4 ans de cette initiative, proposent une lecture philosophique d’un film de leur choix, avant d’échanger librement avec la salle. L’intervention de Jean-Luc Nancy sur l’Intrus de Claire Denis, inspiré de son propre essai, fut par exemple mémorable.

Le troisième cycle, militant, est une tradition dans cette ville très fortement ancrée à gauche : il vise à percevoir le cinéma à partir du champ social et politique et implique un lien sans cesse réactivé avec les associations locales et nationales, comme Attac, les Amis de la Terre, la Maison des femmes, le Réseau éducation sans frontières, la Ligue des droits de l’homme... Deux modalités de collaboration sont possibles, le plus souvent en rapport avec l’actualité du cinéma : dotées de leurs propres supports de communication, ces associations, fortes de leurs réseaux, peuvent, bien sûr, être d’excellents relais d’informations. Mais elles sont également à l’origine de programmations thématiques, de mini festivals (type semaine du développement durable) ou de soirées exceptionnelles, avec invités spécialisés, au risque (maîtrisable) de l’instrumentalisation des œuvres.

Parallèlement à ce cycle socio-politique, un projet a été initié par la salle en février 2006, soit quelques mois après ce que les télévisions nommaient “les émeutes de banlieues”. L’appel inaugural fut publié successivement par Indymédia, Le Monde, Les Cahiers du cinéma et Images documentaires. Face à la crise que connaissent les grands médias (menaces sur Libération, Politis, L’Humanité, arrêt de 90 minutes du Vrai Journal sur Canal +, d’Arrêts sur image sur France 5, mais aussi du Cinéma l’après-midi sur France Culture et de La Bande à Bonnaud sur France Inter...), il paraissait urgent d’inventer de nouvelles manières de traiter l’information, avec un réel esprit critique, un désir d’analyse, une subjectivité assumée qui mettrait en lumière, par contraste, la fausse objectivité des télévisions nationales et manifesterait un souci de la forme qui contournerait le formatage que nous subissons chaque jour davantage. Il s’agissait d’essayer de traiter de l’actualité “en” cinéma, en développant des expériences apparentées à la pratique des blogs ou aux pages réservées aux lecteurs dans les grands quotidiens, en affirmant une exigence et en refusant toute forme de démagogie. L’idée était également de replacer la salle de cinéma au centre de la vie publique (culturelle, mais aussi sociale et politique), avant de montrer ces films sur Internet pour leur assurer une circulation optimale. Avec des bonheurs inégaux, au sein des trois ateliers de production mis en place à Montreuil, Saint-Denis et La Courneuve, de petits films d’actualité ont donc été réalisés toute l’année par des non professionnels, décidés à partager, en vidéo légère, leurs points de vue singuliers sur l’actualité locale, nationale ou internationale, avant d’être diffusés sur grand écran.

Quatrième rendez-vous régulier du Méliès, quatrième point de vue sur le cinéma, qu’on pourrait qualifier d’esthétique ou de cinéphilique : les ciné-conférences, avec études de séquences plan par plan, consacrées à des films du répertoire et animées par un(e) universitaire (le plus souvent Fabienne Duszynski et Nachiketas Wignesan), qui anéantit le lieu commun démagogique selon lequel l’analyse assècherait ou dévitaliserait l’œuvre.

Un dernier cycle est apparu tout récemment. Intitulé “Parlons cinéma”, il est consacré à des films portés aux nues par la critique et qui nous laissent, quant à nous, perplexes (comme Honor de Cavalleria), voire agacés. Plutôt que de refuser totalement de montrer telle ou telle œuvre dont la presse a loué les mérites, nous en proposons quelques séances dont l’une est accompagnée d’un dialogue contradictoire entre un laudateur et un détracteur, contraints d’échanger sur le terrain de ce qu’ils appellent (sans parler toujours de la même entité) : “le cinéma”. Dans une société où l’on pratique plus volontiers l’anathème que la réelle confrontation des points de vue, la salle de cinéma peut se révéler comme un lieu privilégié d’exercice de la démocratie pour interroger idées et doxa, et penser à la fois la création contemporaine et sa perception critique.

Ce panorama des principales actions du cinéma Méliès n’a nulle vocation à être exhaustif. En sont ici exclues toutes les opérations qui sont menées spécifiquement en direction du jeune public et le nouveau cycle sur l’animation mis en place au Méliès par le Forum des images et l’Association française du cinéma d’animation. Il établit cependant qu’il ne faut jamais négliger d’inventer de nouvelles manières de faire découvrir et aimer le septième art. Sans doute le renouvellement du public cinéphile qui est notre objectif, mais aussi le maintien d’un enthousiasme dans l’exercice potentiellement routinier de la programmation, sont-ils à ce prix ? Cette typologie, dans sa diversité même, aura peut-être eu aussi le mérite de souligner la cohérence d’un projet de cinéma, et de justifier pour partie les ambitions nouvelles affichées par la ville de Montreuil, propriétaire du Méliès.

Notes :

  • Le Méliès de Montreuil participe au festival Paris cinéma, aux rencontres de la Seine-Saint-Denis coordonnées par Cinémas 93 et co-organise avec Périphérie les Rencontres du cinéma documentaire, qui en ce mois d’octobre 2007, porte sur « le comique documentaire » avec 3 invités d’honneur, Claudio Pazienza, Serguei Dvortsevoi et Luc Moullet, mais également Alain Cavalier, Radovan Tadic, Nicolas Philibert, Claudine Bories, Patrice Chagnard (sous réserves)...
  • Le réalisateur Fabien Pichler a consacré en 2006 un documentaire de 52 minutes au travail du Méliès, intitulé Ciné Qua Non.


9 février 2008, Dépêche AFP

CLERMONT-FERRAND, 9 fév 2008 (AFP) - 18h52
30e festival international du court-métrage de Clermont-Ferrand : le palmarès


Le film germano-suisse Auf der Strecke de Reto Caffi a remporté samedi le Grand Prix de la compétition internationale du 30e festival de Clermont-Ferrand, qui a accueilli en huit jours plus de 137.000 spectateurs. Le jury international était composé de l'acteur québécois Martin Dubreuil, du cinéaste sud-africain Teboho Mahlatsi, du cinéaste malais Amir Muhammad, du producteur espagnol Koldo Zuazua et de la réalisatrice tunisienne Moufida Tlatli. A l'occasion de ce trentième anniversaire, 3.500 professionnels du cinéma s'étaient fait accréditer pour participer au festival, né en 1979 au sein d'un ciné-club étudiant, ainsi qu'au Marché du Film court, ont précisé les organisateurs. Dans la compétition Labo, c'est le film japonais Pika Pika, Lightning Doodle Project du duo Takeshi Nagata-Kazue Monno qui a remporté le Grand Prix. Enfin, le Grand Prix de la compétition nationale, dont le jury était composé de la cinéaste Danielle Arbid, du musicien Mathieu Boogaerts, de la cinéaste Souad El Bouhati, du graphiste Martin Jarrie et du cinéaste Jacques Mitsch, est allé au film Como todo el mundo de Franco Lolli. Lors de la cérémonie de clôture du festival samedi, des membres du jury se sont déclarés "inquiets de la baisse des subventions attribuées cette année aux festivals de cinéma", qui "remettent en cause l'existence de nombreux festivals et, plus généralement, l'action culturelle cinématographique". "Si les films ne sont plus montrés, notre travail n'a plus de raison d'être", ont affirmé Danielle Arbid, Souad El Bouhati et Jacques Mitsch.

© 2008 AFP.

08 février 2008, Le Monde


Propos de Guy Verrechia, PDG d'UGC,
recueillis par Nicole Vulser
LE MONDE daté du 08 février 2008



« Beaucoup de salles bénéficient
de plus de subventions que de recettes »



Guy Verrecchia, PDG d'un des trois plus grands circuits français de distribution de films, UGC, multiplie les offensives juridiques contre les salles municipales qui, à ses yeux, lui font une concurrence déloyale. Il explique au Monde sa position dans ce conflit.



L'arrivée du tout-numérique en salles va-t-elle créer en France un cinéma à deux vitesses ?

Le tout-numérique pose plus de problèmes qu'il n'offre d'avantages. Dans les salles, le son est déjà entièrement numérique et l'image ne sera pas meilleure que le 35 mm. Il n'existe pas non plus de modèle économique satisfaisant. Les majors américaines cherchent à éviter de tirer des milliers de copies en demandant aux exploitants de s'équiper, précisément pour qu'elles fassent des économies.

Il y a beaucoup de gens qui ne manquent pas d'enthousiasme pour se lancer dans le tout-numérique. Pour nous, c'est un sujet un peu marginal, comme si on demandait au restaurateur de s'équiper du dernier modèle de four à micro-ondes, sans se demander si la cuisine est bonne. Chez UGC, nous serons les derniers à nous équiper, ce qui nous donnera une meilleure vue sur les technologies existantes. Votre question présuppose que les grands circuits s'équipent avant les autres. Ce n'est pas le cas pour UGC. Nous avons des idées pour investir : faciliter l'accès aux salles, réserver par Internet, améliorer les espaces d'accueil et de convivialité...


En multipliant les contentieux avec les salles municipales, à Noisy-le-Grand, Epinal, le Comoedia à Lyon ou le Méliès, à Montreuil, que vous attaquez pour concurrence déloyale et abus de position dominante, vous avez conforté une image de méchant vis-à-vis des cinémas d'art et essai municipaux...

Sur la forme, il s'agit d'un recours administratif, s'agissant du fond, nous ne considérons pas qu'il s'agit d'un abus de position dominante, mais bien de concurrence déloyale. S'il y a un cinéma à deux vitesses, c'est bien dans ce domaine. Les uns n'ont que des droits, les autres que des devoirs. Certains cinémas sont archi-subventionnés et d'autres ne touchent rien. Beaucoup de salles bénéficient de plus de subventions que de recettes de spectateurs. Que dirait-on si les municipalités se mettaient à ouvrir des librairies, des boulangeries ou des restaurants ? On est dans une économie bâtarde. Les municipalités qui ont une salle en veulent trois, celles qui en ont trois en veulent six... Les instances de régulation considèrent qu'il est vertueux, pour une municipalité, de se lancer dans le cinéma. Montreuil n'est qu'une illustration de ce problème non résolu. Ce point de vue est partagé par de nombreux exploitants de taille et de nature différentes. La Fédération nationale des exploitants et le Syndicat français des théâtres cinématographiques ont pris la décision d'exercer un recours sur Noisy-le-Grand, considéré comme l'exemple le plus aberrant.

Les contraintes économiques ne peuvent être ignorées : pour construire un multiplexe, l'unité de compte varie entre 10 et 30 millions d'euros. Je ne critique pas les aides sélectives dédiées aux programmes d'art et essai, même si je souhaite un contrôle a posteriori. Il existe en revanche des subventions dont on perçoit mal la finalité, comme les aides à la création de salles dans les villes où l'on limite les initiatives privées par crainte d'un suréquipement. UGC ne touche pas de subventions, et l'existence même du fonds de soutien coûte à UGC 2,5 % de son chiffre d'affaires. Si la fréquentation baisse dans une salle municipale, il est plus productif pour l'exploitant d'aller solliciter son maire que d'essayer de séduire des clients. Le système s'emballe.



La ministre de la culture a pris la défense du Méliès...

Son point de vue ne me semble pas être la conclusion d'une analyse approfondie du sujet. Je l'ai vue, elle m'a écouté.


Vous êtes aussi très critiqué pour avoir essayé de baisser la rémunération des ayants droit sur les cartes illimitées...

UGC réalise 25 % des entrées grâce aux cartes illimitées. Avec cette politique, le public a augmenté, tout comme l'accès à une plus grande variété de films. Notre rémunération (5,03 euros) est supérieure au prix moyen de nombreuses salles. Je rappelle que 54 millions de places ont été vendues en 2006 en France à moins de 5,03 euros. C'est un débat poujadiste, corporatiste.


Après des problèmes à la sortie de Saw 3, vous avez décidé de ne plus programmer de films interdits aux moins de 18 ans en banlieue. Allez-vous continuer ?

Quand ces films risquent de poser des problèmes avec une clientèle un peu abrasive, on les évite. D'autant que nous avons déjà eu des incidents dans certaines salles.



Le recours à la version originale vous permet-il de choisir votre clientèle ?

Je ne le dirais pas comme cela. La VO est en soi qualitative, que ce soit en centre-ville ou en périphérie. Par capillarité, il faut emmener les spectateurs là où ils ne seraient pas allés spontanément.



Que répondez-vous aux rumeurs de cession d'UGC, détenu à 95 % par un holding familial ?

Nous sommes indépendants de toute puissance financière et politique, et je n'ai pas l'intention de vendre.



Après avoir cédé vos salles en Grande-Bretagne, vous restez en Belgique, en Italie et en Espagne. Quel pays est moteur ?

Nous avons ouvert avec succès un cinéma à Rome en décembre, c'est un marché difficile, mais qui semble mieux se développer qu'ailleurs.



Combien de films produisez-vous chaque année ?

Entre dix et douze, dont la moitié en interne et l'autre moitié avec des partenaires. Nous produisons aussi bien André Téchiné que Philippe Claudel, Barbet Schröder, Bruno Podalydès avec Why Not Production ou Lucky Luke.

Février 2008, Cahiers du cinéma

Cahiers du cinéma
Février 2008

Trou noir et Blacc is beautiful
par Jean-Michel Frodon


Le Rendez-vous du Saint-André
par Ludovic Lamant



Cliquez pour voir les images en grand



04 février 2008, communiqué de presse de la Ville de Montreuil, en réponse au Film français

Communiqué de presse de la Ville de Montreuil
en réponse à l’éditorial du Film français,
daté du 1er février 2008.



Un petit bleu sur le bras, et pour souffrance « un picotement », atteste réellement le certificat médical du directeur adjoint du MK2 Bibliothèque, soi-disant « agressé » par le Député-maire de Montreuil (93), lors d’une manifestation devant le multiplexe parisien le 26 janvier dernier. Un certificat établi (dans une urgence toute relative) 24 heures après la manifestation.

On évoque une morsure, non constatée sur le moment par l’huissier, non établie par le médecin, non mentionnée dans le communiqué de presse signé Marin Karmitz. Fragile ? Peu importe ! Le moment est venu de sonner l’alalie. Il n’en fallut donc pas plus pour que se mobilise, dans les 3 jours qui suivirent, le front artificiel des pro-circuits, décrivant la manifestation ludique du Méliès sur un air de grands bourgeois effarouchés : Uniciné (le syndicat d’UGC et MK2), la Fédération Nationale des Cinémas Français et... Le Film français.


L’éditorial de cet hebdomadaire relevait bien, comme son titre l’indiquait, du « mauvais film ». Un « mauvais happening », de la violence, un élu qui « s’en prend à un directeur de salles… Du sang peut-être, des victimes ? Or, un huissier était là, bien avant le rassemblement, pour constater… l’absence totale de dégâts et de rares bousculades. La police arrivée plus tard a, quant à elle, fermé l’établissement après le départ de la foule partie jeter un peu plus loin (pour de faux, c’est du théâtre) « deux requins à la mer » dans une procession mise en scène par le spécialiste de la Comoedia dell’Arte, Carlo Boso. La fermeture ayant sans doute pour objet de prouver, malheureusement à contretemps, la gêne occasionnée par ces voyous de manifestants dont l’unique banderole, particulièrement agressive et manichéenne, indiquait simplement : « La banlieue aussi a droit à l’excellence » ! Enfin, deux portes ont été ouvertes pour que soient glissés, de l’extérieur, quelques ballons gonflés à l’hélium dans le hall du cinéma. Quelle horreur ! D’autant que les seuls slogans portés (sur des pancartes) par la foule étaient des citations anciennes de Marin Karmitz… contre les cartes illimitées, pour le pluralisme, contre l’hégémonie des circuits… Scandale !

La fiction produite par MK2 de débordements violents (contredits par toutes les images filmées par les manifestants) a cependant eu un impact très fort sur l’imaginaire de la rédactrice en chef du Film français, qui n’avait pas cru bon d’envoyer de journalistes couvrir cet événement. Un imaginaire que n’avait guère stimulé précédemment ni le risque réel d’abus de position dominante créé par l’alliance estivale entre UGC et MK2 pour la carte illimitée, ni le million d’euros exigé par UGC à Marc Bonny, directeur du Comoedia de Lyon, salle privée attaquée par les circuits dans le cadre d’un conflit éludé dans la synthèse 2007 dudit hebdomadaire (puisqu’il fallait réduire artificiellement les débats en cours, comme le souhaitent désormais UGC et la FNCF, au seul conflit entre salles publiques et salles privées). Le plus fort est ensuite de faire cohabiter ce sensationnalisme vecteur d’idéologie et l’apologie du « bon sens »… Cela dit, on a tout de même pu apprécier dans l’article la courageuse défense des grands circuits, qui, « en proie à une campagne de dénigrement systématique depuis 6 mois » (!), en avaient bien besoin. A ne pas manquer non plus dans le texte le souci manifesté pour « l’âme » menacée du Méliès et la tentative grossière de l’isoler des autres salles Art et Essai et municipales en leur montrant le « risque » qu’elles prendraient de « ternir leur image » en posant, aux côtés du cinéma de Montreuil, des questions sur les remises en cause récentes des aides publiques (locales et nationales) dans les champs de l’exploitation et de l’action culturelle. Vive le débat d’idées. Vive l'investigation journalistique.

« Qui a intérêt à mettre dos à dos salles privées et salles municipales ? », écrit Sophie Dacbert. Mais oui, c’est ça. Qui ? Comme c’est dommage : l’éditorial ne livre pas de réponse… Ni sur les raisons réelles et multiples des recours engagés depuis un an par les circuits. Quant à savoir si Le Méliès, salle abandonnée par UGC en 1986, comble aujourd’hui ou comblera demain, agrandi, un « manque de propositions de cinéma » dans cette ville de 100.000 habitants qui jouxte le récent UGC Ciné Cité de Rosny-sous-Bois (ce qui légitimerait son combat, selon la rédactrice en chef), ne comptez pas sur Le Film français pour vous le dire…

Il faudrait, pour cela, qu’il révèle que le troisième cinéma de France diffuse dans ses 15 salles près de 93% de films franco-américains, donc ne promeut guère la diversité, le risque ou l’exigence. Il faudrait convenir que 73 des 75 plus gros succès de l’an 2007 ont été projetés à Rosny en sortie nationale (on n’ose plus dire " programmés "), quand Le Méliès lui, n’en a choisi simultanément que 17, dont 9 étaient des films art et essai. Il faudrait admettre que les dirigeants de l’UGC de Rosny ne peuvent compter dans les séances du Méliès que 4% de séances communes avec les leurs sur toute l’année ! 4 %... Que le Méliès, en 2007, a invité 68 réalisateurs et ledit UGC aucun, que la salle de Montreuil a fait 72 débats avec des associations, a réalisé toute l’année un travail de formation du jeune public (40.000 entrées spécifiques). Soit la définition même de la « complémentarité » des équipements vantée par Sophie Dacbert ! Mais dire tout cela, reviendrait sans doute à participer à la campagne de "dénigrement systématique des circuits"… Tout comme contredire Marin Karmitz quand il affirme, en dépit du bon sens, que Les Méliès actuel et futur sont à 5 minutes en voiture de ses salles parisiennes aux heures d’ouverture des cinémas. Ce qui n’a d’autre objet que de faire pression sur la mairie de Paris en les menaçant de fermeture des MK2 Nation et Gambetta (lequel n’est pas évoqué une seule fois par ses avocats dans le texte même de son recours !). Un dernier chiffre : sur les 356 films diffusés par le Méliès en 2007, 286 n'ont été projetés ni à l'UGC Ciné Cité de Rosny, ni au MK2 Nation ! Diversité, complémentarité...

Autant dire qu’à l’heure actuelle, nul ne sait si « l’image » du " Film français " sortira vraiment grandie de cette leçon sous influences, mais fort peu renseignée.

Photos
En haut : MK2 BibiothèqueParis © Willvision Photography
Au milieu : Le Méliès à Montreuil © DR
En bas : UGC Cité Ciné la Défense ©UGC

01 février 2008 : Lettre de Chantal le Sauze suite à l'édito du Film français, ce même jour



Bonjour,

Je suis très étonnée de la teneur de votre édito intitulé "Mauvais film". Je pense que vous connaissez très mal le secteur de l'Art et essai : votre édito n'est donc pas une analyse de la situation de l'exploitation cinématographique actuelle [en essayant de comprendre les positions des uns et des autres : n'oubliez pas que vos lecteurs et abonnés sont de toute origine et toute taille et on donc droit à la même considération de votre part : circuit comme petite exploitation, multiplexe ou "salle municipale" (mot que vous employez sans savoir ce que cela veut dire réellement)] - et je ne parle que de l'exploitation, il en va de même pour la distribution. Le Film français ne doit être inféodé à aucun groupe de pression.

Votre article, sans contenu, par manque de connaissance du terrain (rencontrez-vous les exploitants et notamment ceux qui sont en province ?) ne peut donc qu'adopter un ton "donneur" de leçon. C'est dommage, toute situation de crise, complexe par essence, demande des analyses fines et argumentées.

Comme vous dites "il y a l'art et la manière de mener un combat", il y a aussi l'art et la manière de faire du journalisme... Il se fait par la rencontre avec les différents professionnels sur le terrain. Chacun saura vous ouvrir sa porte et parler de son travail, des difficultés actuelles, du travail nécessaire pour faire venir les adultes et enfants dans les cinémas sur des films de qualité : le cinéma ce n'est pas seulement des films que l'on range chaque semaine dans des cases et de chiffres que l'on regarde sur un écran d'ordinateur.

Nous attendons donc une enquête et un traitement de l'information sérieux de la part du Film français (auquel mon cinéma est abonné).

Cordialement.
Chantal Le Sauze, programmatrice.


1er février 2008, Recherche(s), édito

Edito du 1er février 2008 - Recherche(s) n°128
par Jérôme Brodier, président du GNCR
Groupement national des cinémas de recherche



Le rhizome
plutôt que l’arborescence




Le rassemblement du 11 janvier dernier au Saint-André des Arts, et la mobilisation qu’il représente (cf. l’appel du collectif national de l’action culturelle cinématographique et audiovisuelle), a été un moment fort de ce début d’année. Nous nous réjouissons de cette solidarité collective, qui ne s’était encore jamais exprimée, à ce point, dans notre profession. Ce rassemblement de l’ensemble des partenaires qui œuvrent au quotidien dans l’action culturelle, l’enseignement artistique, la démocratisation ou la diversité culturelle, nous encourage à nous fédérer pour faire entendre notre voix.

A l’occasion de la cérémonie des César, le 22 février prochain, nous invitons chacun d’entre vous à se mobiliser, selon ses moyens et ses possibilités, afin de rappeler à nos spectateurs ce pourquoi nous nous battons. De la suspension de séance, à la lecture du texte du rassemblement, en passant par une table ronde ou un débat avec un cinéaste ou une personnalité du cinéma, chaque initiative dans vos salles sera l’occasion de lutter contre l’inertie générale, contre l’abêtissement médiatique, contre l’anéantissement de l’intérêt général.

Actuellement, tout concourt au démantèlement du tissu culturel au service du public !

Dernier coup asséné, le rapport Attali, qui préconise pour les salles de cinéma, comme pour les super-marchés – le rapprochement est déjà révélateur –, la libéralisation des prix et des implantations... Bref, si on écoutait ce “bon penseur”, on aurait tous droit à notre “cinécité-burgerquick” près de chez nous avec des super promos sur le dernier film “vu à la télé”!

La libéralisation économique c’est le dérèglement et c’est ce que nous subissons depuis septembre. Ainsi, UGC a tenté d’imposer en périphérie parisienne, via ciné-chiffre, une exploitation des films à deux vitesses! UGC et MK2 déposent des recours administratifs contre les salles indépendantes qui les “gênent” et osent accuser certaines d’entre elles “d’abus de position dominante”. Ces mêmes groupes se rapprochent pour éditer leurs cartes illimitées, menaçant ainsi la diversité des sites et gèrent leur système d’abonnement dans la plus grande opacité, au détriment des ayants-droits. Europalace et Pathé exercent quant à eux une pression pour le maintien et le renforcement de leurs positions de quasi monopole dans une profession où tout est mis en œuvre pour accentuer les déséquilibres au profit des circuits. La politique a, semble-t-il, déserté le terrain d'une régulation saine et salvatrice.

Dans le même temps, le ministère de la Culture annonce qu’il va baisser ses crédits déconcentrés de 20 à 40% pour les associations et pour les festivals qui œuvrent pour l’action culturelle cinématographique. Nous ne connaissons toujours pas exactement le montant de ces baisses, mais nous avons constaté que notre mobilisation collective qui a permis une prise de conscience, va peut-être permettre de limiter les dégâts.

La situation est grave, mais pas encore désespérée... Il faut donc que l’on reste mobilisés et vigilants, car il faut s’attendre à ce que cela continue :

  • des nouvelles attaques contre les salles municipales ou associatives mettant en péril l’idée d’un service public ;
  • le développement d’une exploitation à deux vitesses par le passage au numérique, une autre manière de déréglementer le maillage actuel des salles de cinéma en France et de gagner de nouvelles parts de marché !
  • la suppression du ministère de la Culture et d’une manière générale de la place du politique dans la culture au détriment des groupes industriels et financiers. Le renforcement des pouvoirs des grands groupes au sein du CNC via l’instauration d’un conseil d’administration.

N’oublions pas que 2008 sera l’occasion de se remémorer 1968 ! Gageons que le 11 janvier est une première étape. Le 22 février, une seconde... Je vous adresse tous mes vœux pour 1968 (heu, pardon...) pour 2008 !

31 janvier 2008, 20Minutes.fr

20Minutes.fr,
éditions du 30/01/2008 - 18h14





La guerre entre le Méliès
et MK2-UGC

Marin Karmitz, fondateur des cinémas MK2
MEIGNEUX / SIPA ¦ Marin Karmitz, fondateur des cinémas MK2
MK2 a déposé une plainte pour «injure publique» à propos d’une pub parue dans plusieurs journaux (20 Minutes, L'Humanité, et Montreuil Dépêche Hebdo) affirmant «UGC et MK2 attaquent le cinéma de Montreuil le Méliès» et rappelant l'affiche du film «Les dents de la mer», avec un requin — sous les traits de Karmitz — qui s'apprête à avaler un poisson rouge.

Entre grands réseaux de cinéma et petites salles, les hostilités étaient déjà déclarées. Entre le Méliès, le cinéma municipal de Montreuil (190.000 entrées en 2007), en banlieue de Paris, et MK2-UGC (qui détiennent à eux deux plus des deux tiers des salles parisiennes), la guerre n’en finit plus.

La cause de la rixe: la concurrence entre le Méliès et deux cinémas (MK2 Nation, 4 salles, et MK2 Gambetta, 6 salles) que Marin Karmitz, le fondateur de MK2, juge «déloyale». Celui-ci déplore que le Méliès, en tant que salle municipale d’art et d’essai, propose des tarifs moindres que ceux pratiqués par les MK2. Ce à quoi Stéphane Goudet, le directeur du Méliès interrogé par 20minutes.fr, répond: « Faire croire que Montreuil concurrence Paris, c’est appauvrir l’offre culturelle de la banlieue ! »

L’été dernier, le projet d’élargissement du Méliès (passage de trois à six salles et implantation dans de nouveaux locaux, toujours à Montreuil) a accentué l’ire de Martin Karmitz qui rappelle que les «travaux et le fonctionnement» de celui qu’il considère comme son concurrent seront «intégralement financés par des fonds publics.»



Combat de chiffres

Or, d’après Stéphane Goudet, « au total sur l'année, seules 16,58% des séances du MK2 Nation sont communes avec le Méliès.» Un pourcentage qui, selon MK2, serait bien supérieur: « plus de 30% de séances proposées au Méliès le sont également au MK2 Nation depuis janvier 2007 ».

Pourquoi cette différence de chiffres? Les deux camps ne font pas leurs calculs de la même façon. MK2 et UGC prennent les programmes de ciné et comptent les films communs à l’affiche chaque semaine avec le Méliès (cette semaine, trois avec le MK2 Gambetta ; deux avec le MK2 Nation). Quant au Méliès, il englobe dans ses comptes les séances des scolaires, que ne comptabilise pas MK2.


Rebond

Le conflit s’est encore envenimé cette semaine. Mardi, à la fin d’une conférence de presse organisée par MK2, les journalistes ont été invités par les organisateurs à sortir par l’arrière. La raison : éviter la rencontre avec Stéphane Goudet, posté à l’avant, désireux de distribuer les chiffres contradictoires sur son cinéma aux journalistes présents.

Samedi dernier, un autre événement a assuré le spectacle. Le collectif Renc'Art, qui soutient l'extension du cinéma de Montreuil, avait appelé à une manifestation près du MK2 Bibliothèque, dans le 13ème arrondissement, pour s’opposer au recours déposé par MK2 contre le projet du Méliès. Alors qu’une bousculade oppose contestataires et employés, Jean-Pierre Brard (le maire PCF de Montreuil qui milite aux côtés du Méliès) aurait mordu l'un des employés du MK2 qui s'interposait, s'indigne MK2, qui a porté plainte. Le maire de Montreuil, lui, a démenti tout usage de «violences physiques» et parle de «pures affabulations».

Alice Antheaume


Le cinéma Jean Mermoz à Muret en danger

Rejoignez le Comité de Soutien !
Le cinéma Jean Mermoz, à Muret (près de Toulouse)
qui poursuit depuis des lustres un précieux travail
est à son tour en grand danger...
Les municipales approchent, il faut se mobiliser vite !
Merci de faire circuler l'info le plus largement possible.
Nicolas Philibert



Pour un " Grand Mermoz" !


L'Association Vive le cinéma à Muret, qui gère depuis 20 ans les deux salles du cinéma de proximité Jean Mermoz, lance le projet d’un « Grand Mermoz », à proximité du centre ville de Muret : 4/5 salles confortables (gradins, écrans larges), hall spacieux et convivial, restaurant/salon de thé, parking. Nous avons à nos côtés un investisseur, la SAGEC et d’autres investisseurs institutionnels.

Ce projet s’appuie sur les résultats d'une étude de marché réalisée en 2007 par le Cabinet Hexacom : la zone sud ouest de l’agglomération toulousaine, qui inclut Muret et les 45.000 spectateurs du Mermoz, représente un marché de 250.000 à 300.000 entrées par an , soit un équipement de 4/5 salles.


Un multiplexe de 10 salles à Roques-sur-Garonne (5 kms du Mermoz) et un multiplexe Kinepolis de 11 salles à Muret (2 km du Mermoz) vont demander l'autorisation de s'installer lors d'une prochaine CDEC.

Leur installation aurait un effet dévastateur sur le réseau existant (bien au-delà de Muret), sans garantie de rentabilité, ce qui conduira à moyen terme à la disparition de toutes les salles de la zone concernée.

La conséquence pour le cinéma Mermoz : même subventionné, il disparaîtra car il n'aura plus accès aux films en sorties nationales, aux films porteurs et même d'auteurs !

Il faut donc convaincre Monsieur le Maire de Muret de l'adhésion de l'ensemble des professionnels, des élus, de la population du muretain à ce projet « Grand Mermoz », auquel il ne manque plus que le terrain !

Notre projet n'a pas pour vocation de diminuer la part de marché des établissements existants, mais de participer au mieux à l’aménagement culturel et commercial de notre zone de chalandise pour la meilleure satisfaction de la population.


Rejoignez le Comité de Soutien !

Oui, je soutiens le projet de création d'un " Grand Mermoz ", à proximité du centre ville, projet initié par l'association Vive le Cinéma à Muret ;

Je demande à la Ville de Muret de prendre en compte ce projet dans le cadre de l'aménagement de la commune.

J' accepte que mes coordonnées soit publiées dans le cadre d'un comité de soutien :

NOM :
PRENOM :
Profession / Titre ou Qualité :


Merci de diffuser cet appel pour renforcer ce comité de soutien

Télécharger le formulaire ici
A renvoyez à l'adresse mail : cine.mermoz@wanadoo.fr
Ou par courrier : Vive le Cinéma à Muret,
Bp70 3 boulevard Aristide Briand
31600 MURET


30 janvier 2008, en provenance des deux ministères : communication en Conseil des ministres sur l'éducation culturelle et artistique

Paris, le 30 janvier 2008

Communication en Conseil des ministres
sur l’éducation culturelle et artistique

Le ministre de l’Education nationale et la ministre de la Culture et de la Communication ont présenté ce jour en Conseil des ministres une communication conjointe relative à la généralisation de l’éducation artistique et culturelle. Ils ont exprimé l’enjeu que constitue l’éducation artistique et culturelle pour la politique de civilisation et affirmé la nécessité de renforcer leur partenariat avec les autres départements ministériels ainsi qu’avec l’ensemble des collectivités locales.


Un enseignement d’histoire des arts sera introduit dans les disciplines existantes, à l’école primaire, aussi bien que pour le collège et le lycée. Au collège, en particulier, l’histoire des arts représentera un quart du programme d’histoire et la moitié des programmes d’éducation musicale et d’arts plastiques et le brevet des collèges comprendra désormais une épreuve obligatoire d’histoire des arts. La pratique artistique sera également renforcée à l’école et hors de l’école. L’accompagnement éducatif après 16h sera étendu à tous les collèges et aux écoles primaires de l’éducation prioritaire dès la rentrée 2008. Un accompagnement en postes d’enseignants sera également proposé aux collectivités territoriales afin de multiplier par quatre le nombre de classes à horaires aménagés, qui passeront de 200 à 800 cursus en cinq ans. Elles seront élargies au théâtre et aux arts plastiques et développées en particulier dans les établissements de l’éducation prioritaire. Le partenariat avec les collectivités locales visera à l’augmentation des capacités d’accueil d’élèves, pour des cours et des ateliers, dans les écoles territoriales de musique, de danse, de théâtre et d’art.


Le contact avec les œuvres, les artistes et les institutions culturelles sera systématiquement recherché : le temps passé en milieu scolaire par les artistes en résidence sera augmenté, les visites culturelles seront développées avec l’objectif que tout élève puisse se familiariser avec les institutions locales et nationales. Les projets d’école et d’établissements devront tous intégrer, d’ici septembre 2009, un volet culturel élaboré en partenariat avec les institutions culturelles, faisant ainsi de l’établissement scolaire l’un des pivots essentiels de la politique culturelle conduite par le gouvernement.


Une offre nouvelle de formation et de ressources pédagogiques sera déployée. Le ministère de la Culture et de la Communication mobilisera le réseau des grands établissements culturels et des écoles d’art et d’architecture pour proposer sur tout le territoire des offres de formation, en relation avec les plans académiques de formation. Dès la rentrée 2008, la gratuité sera accordée aux professeurs pour l’entrée dans tous les musées et monuments nationaux dépendant de la Culture et de l’Enseignement supérieur. Un grand portail interministériel de l’éducation artistique et culturelle sera créé pour offrir à la communauté scolaire la ressource numérique produite par les institutions culturelles et par l’Education. Dans le premier semestre 2008, les chaînes publiques seront invitées, à travers la révision de leur cahier des charges, à développer et diversifier leur offre pour l’éducation artistique et culturelle, en particulier en matière de vidéo à la demande (VOD).


Contacts presse :
Ministère de la Culture et de la Communication
Paul Rechter: 01 40 15 38 88

Ministère de l’Education Nationale
Nicolas Baudot : 01 55 55 10 10

30 janvier 2008 : Communication du gouvernement, l'éducation artistique et culturelle

Extrait du communiqué diffusé
par le gouvernement
à l'issue du Conseil des ministres
du 30 janvier 2008

au chapitre "communications" (autres chapitres : "projets de loi" ; "ordonnance")
titre : L'éducation artistique et culturelle



Le ministre de l’éducation nationale et la ministre de la culture et de la communication ont présenté une communication relative à l’éducation artistique et culturelle.

Ils ont souligné l’enjeu que constitue l’éducation artistique et culturelle dans le cadre d’une politique de civilisation et affirmé la nécessité de renforcer leur partenariat avec les autres départements ministériels ainsi qu’avec l’ensemble des collectivités territoriales.

Un enseignement d’histoire des arts sera intégré aux programmes d’histoire, de lettres et de langue, dès la rentrée 2009 pour l’école primaire, et en 2009-2010 pour le collège et le lycée. Au collège, en particulier, l’histoire des arts représentera un quart du programme d’histoire et la moitié des programmes d’éducation musicale et d’arts plastiques ; le brevet des collèges comprendra désormais une épreuve obligatoire d’histoire des arts. Une adaptation des concours de recrutement et de la formation initiale et continue des enseignants accompagnera cette évolution des programmes, tandis que les certifications complémentaires en histoire des arts seront significativement développées.

La pratique artistique sera également renforcée à l’école et hors de l’école, notamment au sein des activités menées dans le cadre de l’accompagnement éducatif des élèves après 16 heures. Celui-ci sera étendu à tous les collèges et aux écoles primaires de l’éducation prioritaire dès la rentrée 2008. Un accompagnement en postes d’enseignants sera proposé aux collectivités territoriales responsables des écoles de musique et de danse afin de multiplier par quatre le nombre de classes à horaires aménagés, qui passeront de 200 à 800 cursus en cinq ans. Ces classes seront élargies au théâtre et aux arts plastiques et développées en particulier dans les établissements de l’éducation prioritaire. Le partenariat avec les collectivités locales visera à l’augmentation des capacités d’accueil d’élèves, pour des cours et des ateliers, dans les écoles territoriales de musique, de danse, de théâtre et d’art.

Le contact avec les œuvres, les artistes et les institutions culturelles sera systématiquement recherché. L’objectif sera en particulier que chaque élève ait pu se familiariser, au cours de sa scolarité, avec les grandes institutions culturelles nationales et locales. Les projets d’école et d’établissement devront tous intégrer, d’ici septembre 2009, un volet culturel concernant tous les élèves, élaboré en partenariat avec les institutions culturelles, faisant ainsi de l’établissement scolaire l’un des pivots essentiels de la politique culturelle conduite par le Gouvernement.

Une nouvelle offre de formation et de ressources pédagogiques sera déployée. Le ministère de la culture et de la communication mobilisera le réseau des grands établissements culturels et des écoles d’art et d’architecture pour proposer sur tout le territoire des offres de formation, en relation avec les plans académiques de formation. Dès la rentrée 2008, la gratuité sera accordée aux professeurs pour l’entrée dans tous les musées et monuments nationaux dépendant des ministères de la culture et de l’enseignement supérieur.

Un grand portail interministériel de l’éducation artistique et culturelle sera créé pour offrir à la communauté scolaire la ressource numérique produite par les institutions culturelles et par l’éducation nationale. Au cours du premier semestre 2008, les chaînes publiques seront invitées à développer et diversifier leur offre pour l’éducation artistique et culturelle, en particulier en matière de vidéo à la demande.

26 janvier 2008, rassemblement des défenseurs du Méliès devant MK2 Bibliothèque

Source : www.montreuil.fr
Signez la pétition de soutien au Méliès ici


L'excellence cinématographique
a droit de cité à Montreuil

Une nouvelle opération de soutien au cinéma municipal Georges-Méliès organisée par l'association Renc'art au Méliès a mobilisé plus de trois cents personnes, samedi 26 janvier devant le cinéma MK2 Bibliothèque. Cette manifestation à l’esprit bon enfant visait à sensibiliser le public aux menaces que font peser les groupes UGC et MK2, par leurs recours juridiques, sur le cinéma art et essai de Montreuil.



« La banlieue aussi a droit à l'excellence », tel était le message inscrit sur la grande banderole déployée sur le parvis du cinéma MK2 Bibliothèque. Car c’est bien l’offre d’un cinéma de qualité et la diversité du 7e art qui sont mises en danger par les accusations de concurrence déloyale formulées par les groupes UGC et MK2 à l’encontre du cinéma Georges-Méliès de Montreuil. Des accusations démenties par une récente analyse statistique des programmations comparées du Méliès, du MK2 Nation et de l'UGC de Rosny-sous-Bois rendue publique et qui confirme les très fortes différences entre ces cinémas en matière de programmation, de politique d'animation et de formation du jeune public.


C’est cette réalité là que les défenseurs du Méliès étaient venus porter ce samedi 26 janvier, une fois encore sans agressivité, bien au contraire. En musique, sur fond de théâtre de rue, de lâcher de ballons aux couleurs du Méliès et de distribution de pop corn, une pétition et des tracts ont été proposés aux passants qui ont été à l’écoute. Au cœur de l’animation, les comédiens et échassiers vêtus de rouge de l’Académie des arts du spectacle ont réinterprété le " drame " du Méliès façon Commedia dell’arte.




Près de 14 000 signataires de la pétition et des soutiens prestigieux


Ce rassemblement imaginatif a eu pour effet d’attirer la curiosité des passants et spectateurs du MK2 qui ont ainsi pu être informés des recours juridiques posés par UGC et MK2 contre le projet d’agrandissement du cinéma municipal montreuillois. La bonne humeur régnante n’a cependant pas été partagée par tous, le groupe MK2 ayant déclaré à la presse que des violences ont été commises lors de ce rassemblement et ayant mis en cause le député-maire de Montreuil. « C’est une polémique grotesque, une plainte absurde, une attitude mesquine, s’insurge Jean-Louis Le Gall, président de l’association Renc’Art au Méliès. La journée s’est déroulée de façon souriante, civique, citoyenne et culturelle. ».


Point de violence donc, mais une arme : l’humour. C’est donc par un clin d’œil que s’est achevée la manifestation, sur la passerelle Simone-de-Beauvoir. En référence à la campagne de presse menée début janvier dans laquelle MK2 et UGC étaient présentés en requins des Dents de la mer, deux requins en carton à l’effigie des deux groupes ont été jetés dans la Seine.


Ainsi donc grâce à la mobilisation de son public et de la population montreuilloise, le combat pour la défense du Méliès se poursuit. La pétition en faveur du cinéma municipal a obtenu près de 14.000 signatures et le soutien massif des professionnels du cinéma est plus que significatif . En effet, de nombreux distributeurs indépendants, 158 cinéastes français (Ozon, Desplechin, Tavernier, Breillat, Varda...) et internationaux dont 8 Palmes d'or (Lynch, Dardenne, Kiarostami, Rosi, Angelopoulos, Wenders...) s’associent à la cause du cinéma Méliès.

25 janvier, à Bron

Vendredi 25 janvier 2008
Cinéma les Alizés à Bron
Un moment fort en vue
des prochaines échéances électorales



Les élus ont entendu les directeurs des salles de cinéma de proximité




Lors de la table ronde « Quel avenir pour les cinémas de nos villes et pour la diversité culturelle ? » quatre réseaux régionaux de cinémas d’art et essai ont échangé de façon constructive avec leurs partenaires et les élus.

En présence d’un large public de 150 personnes, dont de nombreux élus locaux, des responsables des services culturels, mais également des animateurs de cinéma, des responsables de structures et d’associations impliquées dans l’éducation et la diffusion de l’image, les intervenants ont rappelé le rôle et l’importance des salles de cinéma de proximité pour la diffusion de l’œuvre cinématographique en France, mais ont aussi alerté sur la crise que traversent ces lieux essentiels à la diversité culturelle et à l’aménagement du territoire.

Mme la Conseillère déléguée à la Culture au Conseil régional Rhône-Alpes, Najat Vallaud Belkacem, tout comme, M. le Vice-président, chargé de la coordination du pôle finances et moyens au Grand-Lyon, Jacky Darne ont rappelé l’engagement des élus des collectivités territoriales sur ces dossiers et ont rappelé leur soutien.

Nous avons eu le plaisir d’entendre quelques voix de cinéastes comme Jean-Pierre Améris et Eric Guirado qui ont parlé de leur engagement, de leur amour pour la salle de cinéma et de la reconnaissance du travail de proximité et de convivialité effectué dans nos salles.

Colette Périnet (GRAC), Jean Nosenzo (ACRIRA), Frédérique Lemenand (Les Ecrans) et Alain Déléage (Plein Champ) au nom des associations régionales de salles souhaitent remercier les intervenants :

  • François Aymé, directeur du cinéma Jean Eustache à Pessac,
  • Grégory Faes, directeur de Rhône-Alpes Cinéma,
  • Jean-Michel Gevaudan, délégué Général de l’ADRC,
  • Eric Vicente, Programmateur chez Sophie Dulac distribution,
et bien sûr Jean-Jacques Bernard, journaliste et modérateur de la table ronde,
pour leur intervention qui a contribué à animer et étoffer le débat.

Première action concrète, une opération de sensibilisation du grand public :

Le vendredi 22 février 2008 l’écran restera noir, dans une grande partie des salles d’art et d’essai et de proximité, afin d’alerter le public sur les dangers qui guettent nos salles, en lieu et place de la séance de cinéma du soir, pendant la cérémonie des César.

A suivre !



GRAC - 24 rue Emile Decorps - 69100 VILLEURBANNE
Tel. 04 78 42 78 97 - Fax. 04 78 42 79 22 - www.grac.asso.fr - forum@grac.asso.fr

23 janvier 2008, Télérama

Y a-t-il encore un ministre à la Culture ?


Christine Albanel humiliée, une politique "notée" par un cabinet privé, un projet de réorganisation calqué sur le modèle de l'entreprise... La Rue de Valois survivra-t-elle au culte de la performance ?


Christine Albanel. Photo : Olivier Roller.



Le spectacle est désolant. Des rumeurs de départ de la ministre sans cesse relancées, et cela depuis sa nomination, des conseillers officiels ou officieux imbus de leur personne, distillant le poison sans le moindre sens du service de l'Etat ou de leur dignité, des prétendants à la succession faisant honteusement la roue ou le pied de grue sous les fenêtres du président, un président qui, un jour, adresse à sa ministre une lettre de mission quasiment humiliante et, le surlendemain, annonce en sa présence, et devant une presse médusée, la fin de la publicité sur les chaînes de la télévision publique ; il semble bien que la ministre en question n'ait été ni consultée ni informée. Et ce n'est rien dire de l'extravagant projet, rendu public il y a quelques jours à peine, de notation trimestrielle du ministère et de sa titulaire (1) sur la base de seize critères non moins extravagants, tels que l'évolution de la fréquentation des musées dont l'entrée est gratuite, la part de marché des films français sur le territoire national, le nombre de fichiers audio ou vidéo piratés...

Comme si Christine Albanel, en admettant qu'elle le veuille, y pouvait grand-chose, alors que dans le même temps, on s'ingénie, au sommet de l'Etat, à lui couper bras et jambes. Certes, à quelques mois des élections municipales et d'un remaniement ministériel donné comme très probable, la notation des ministres permettra - on l'imagine - d'élever les uns ou d'écarter les autres. Mais là n'est pas l'essentiel.





Christine Albanel ne s'honorerait-elle pas en remettant sereinement sa démission à un président qui, soit n'a pas besoin d'elle, soit ne lui fait pas confiance ?





Si ce tableau de bord avait été établi par le Parlement, précisément élu - faut-il le rappeler ? - pour contrôler l'action du gouvernement et des ministres, le mal eût été moindre et les apparences, sauves. Seulement, ce tableau de bord est assez largement l'oeuvre d'un cabinet de stratégie privé, Mars & Co, sollicité par les services du Premier ministre et opérant avec une méthodologie et une logique propres à l'univers de l'entreprise privée. Comme s'il n'y avait plus aujourd'hui la moindre différence de nature entre un Etat et une entreprise et que leurs finalités étaient devenues à peu près identiques. Les cabinets ministériels, nous dit-on pour nous rassurer, ont été associés à la définition de ces critères (2). Qu'en avons-nous à faire puisqu'ils n'existent que pour répondre aux injonctions du pouvoir politique ? On nous dit encore qu'il n'y a pas de raison pour que la dépense culturelle de l'Etat ne fasse pas l'objet d'une évaluation rigoureuse et régulière. C'est mille fois juste, mais qui en maîtrise les outils et la méthode ? Et à quel titre et pour quelle finalité ? On nous dit enfin qu'il n'y a pas lieu de craindre les chiffres ni les statistiques puisqu'ils ne font que traduire la réalité. Oui, mais alors quel est ce monde dans lequel nous devrions vivre avec un tableau de bord trimestriel en guise de boussole ? Et qui nous fera croire que l'activité publique peut être mesurée quasiment en temps réel sous les yeux émerveillés ou scandalisés du citoyen-télé-consommateur qui saurait enfin où va l'argent de ses impôts ? Tout s'embrouille et nous embrouille. Rien n'est vraiment à sa place dans cette affaire, le privé/le public, le politique/le comptable, le président/la ministre, le langage/la communication, l'art/les industries culturelles, le temps court/le temps long... Et d'ailleurs, qui est aujourd'hui ministre de la Culture et de la Communication ? Nul ne jurerait plus que c'est encore Christine Albanel, dont on en vient à se demander si elle ne s'honorerait pas en remettant sereinement et fermement sa démission à un président de la République qui, soit n'a pas besoin d'elle, soit ne lui fait pas confiance.

Peut-être en temps normal n'y aurait-il pas lieu de s'alarmer de ce désordre singulier dans la conduite des affaires publiques. Il se trouve que le ministère de la Culture et de la Communication est engagé, avec d'autres ministères, et à la demande du président de la République, dans le considérable chantier de la RGPP, c'est-à-dire la révision générale des politiques publiques.

Ce projet, formellement sans rapport avec l'évaluation mentionnée plus haut, est présenté comme l'un des enjeux majeurs du quinquennat. C'est le Premier ministre qui l'annonce le 10 juillet dernier. Piloté conjointement par l'Elysée et Matignon, le chantier a pour objets la remise à plat du fonctionnement de l'Etat, le retour à l'équilibre des finances publiques à l'horizon 2010-2012, l'amélioration de la performance de la dépense publique et une réduction conséquente du nombre des fonctionnaires (3). Il s'agit d'imposer au cœur de l'action publique la culture du résultat, largement inspirée une fois encore du modèle entrepreneurial. Concernant le ministère de la Culture, plusieurs grandes orientations sont d'ores et déjà retenues par le Conseil de la modernisation des politiques publiques, que préside Nicolas Sarkozy. Elles ont été officialisées le 12 décembre dernier. Il s'agit entre autres d'une réforme substantielle de l'administration centrale, devant passer de dix à quatre ou cinq directions, de la création d'une direction des industries culturelles et des technologies, d'une plus grande autonomie des grands opérateurs culturels, tels que musées ou grands lieux patrimoniaux, en échange d'un plan pluriannuel de performance... Une seconde étape de modernisation est annoncée pour le printemps prochain, le tout devant être mis en place d'ici à 2011. Pareille réforme, si du moins l'enjeu est bien la seule rénovation de la Rue de Valois et non son démantèlement progressif, exigerait au minimum une ou un ministre assuré de sa longévité, d'un poids politique certain et d'une grande liberté de décision et de négociation. Pour l'heure, nous en sommes loin et c'est ce qui nourrit le soupçon. Où veut-on en venir au juste ?

Outre qu'il est politiquement fragile, tout donne à penser que le ministère de la Culture et de la Communication ne maîtrise pas son devenir et qu'il n'est plus en capacité de faire prévaloir au plus haut niveau de l'Etat une manière d'exception culturelle lui permettant de préserver certaines de ses spécificités. Est-ce à dire qu'il est dispensé jusqu'à la fin des temps de rendre des comptes ? Evidemment non. D'ailleurs, même s'il le fait imparfaitement, il le fait infiniment plus qu'on ne le dit ; il n'existe pas d'établissement culturel de quelque importance qui ne doive d'une manière ou d'une autre justifier ses subventions et l'usage qu'il en fait. Seulement, tout comme l'Education ou la Santé, et peut-être même davantage qu'elles deux, ce ministère ne résistera pas longtemps au rouleau compresseur des chiffres, de la statistique, voire de la RGPP qui s'annonce. Ou alors, il sera devenu un haut commissariat aux industries culturelles.

Pourquoi cela ? Parce qu'il est par nature un ministère de l'offre et non de la demande. Au seul regard de la demande du public, il n'y a pas de légitimité ni vraiment de sens à ce que l'Etat soutienne d'une manière quelconque la littérature de création, le spectacle vivant, les librairies indépendantes, le cinéma d'auteur, la musique contemporaine, l'intervention d'artistes dans des lieux de réclusion ou n'importe quelle forme de création. Il y a même de l'inutilité à le faire ; c'est le périmètre de gratuité de l'intervention publique. Le veut-on ou ne le veut-on plus ? L'ennui dans cette histoire, c'est que la Rue de Valois tout comme la gauche culturelle ont longtemps méprisé toute espèce de réflexion autour de l'évaluation de leurs actions au seul motif que l'art et la culture n'ont pas de prix. Et quand il aurait fallu réinventer une politique culturelle et repenser un service public de la culture pour le troisième millénaire, tous ou presque ont attendu qu'on les leur impose. Nous y voilà. Peut-être voyons-nous apparaître les premiers signes de la rupture tant annoncée par Nicolas Sarkozy au fil de sa campagne électorale.

Daniel Conrod
(1) Ce nouveau mode d'évaluation concerne l'ensemble des ministères et des ministres.

(2) En novlangue administrative, on appelle cette pratique une « fertilisation croisée des compétences ».

(3) 350.000 fonctionnaires devraient partir à la retraite dans les quatre ou cinq prochaines années. S'agissant du ministère de la Culture, on parle d'un millier de départs sur la même période.

17 janvier 2008, l'Humanité

Rencontres


Inquiétudes transversales
par Jean Roy

Plus de trois cents professionnels du cinéma se sont retrouvés vendredi dernier au Saint-André-des-Arts.


C’était, vendredi, au Saint-André-des-Arts, à Paris, salle de cinéma emblématique de ce que la curiosité d’un homme, Roger Diamatis, a pu apporter sur les écrans de l’art et essai pendant des décennies. Plus de trois cents personnes étaient là, venues de toute la France, chacune représentative de cet esprit d’indépendance qui permet à tout le cinéma d’exister. Car, pour qu’il y ait des films, il faut des producteurs, des réalisateurs, des techniciens, des comédiens (ils étaient là), mais aussi des distributeurs, des exploitants, des festivals, des ciné-clubs, des critiques, des enseignants, des structures, des associations, conditions « ciné qua non » pour avoir à l’arrivée l’essentiel… des spectateurs.

Parmi les inquiétudes, la baisse importante des crédits d’État alloués à la diffusion culturelle cinématographique ; l’incertitude quasi totale pour les porteurs de projets quand aux apports respectifs du ministère de la Culture, via les crédits déconcentrés en DRAC, et du CNC, appelé à la rescousse dans une grande improvisation ; l’annonce d’une révision générale des politiques culturelles, dont on ne connaît ni les orientations ni les conséquences, quant à l’avenir des DRAC ; une véritable incertitude quant aux liens futurs entre le ministère et le CNC. Chacun, à son niveau, se sent menacé. Paranoïa ? Certainement pas. Preuve en a été fournie par un employé du ministère scandalisé par les consignes internes et les méthodes prescrites pour couper dans l’aide publique, qu’il a pris le risque de dévoiler. Trois heures n’ont pas été de trop pour que ceux qui le souhaitaient puissent s’exprimer. Formidable échange qui a permis - bien que tous soient peu ou prou d’accord sur le diagnostic dès le départ comme il est obligé dans ce genre de rencontres - de mesurer, dans leur complémentarité, la variété des situations comme le désir de riposter ensemble.

C’est ainsi qu’on a pu entendre, parmi d’autres, Philippe Germain, délégué général de l’Agence du court métrage ; Eugène Andréansky, délégué général des Enfants de cinéma ; Olivier Bruand, délégué général du Groupement national des cinémas de recherche ; Gilles Sacuto, producteur ; Éric Guirardo au nom de la Société des réalisateurs de films ; Geneviève Troussier, présidente de l’Association des cinémas de l’Ouest pour la recherche ; Séverine Rocaboy, présidente de l’Association des cinémas de recherche de l’Île-de-France ; Christian Odos, pour le Syndicat des distributeurs indépendants ; Dominique Bax, présidente de Carrefour des festivals ; Claude Michel pour la CGT spectacle ; Janine Bertand pour les ciné-clubs ; Claire Vapillon, vice-présidente de la FFMJC, etc, et noter la présence indéfectible du sénateur Jack Ralite.

Sur le champ ont été actées la création d’un collectif national de l’action culturelle cinématographique et la demande faite au ministère de rencontrer les professionnels des filières de l’action culturelle cinématographique. Un appel a été lancé à signature à partir d’un texte commun.

Pour en savoir davantage : http://cinema-diversite-culturelle.blogspot.com



***



Points de vue
Arnaud Meunier, metteur en scène

C’est la défense de nos imaginaires qui est à défendre collectivement. On nous martèle qu’il y aurait trop de compagnies, trop de spectacles, trop d’acteurs. C’est un argument politique puissant. Pour des raisons d’économie qui n’échappent à personne, les saisons théâtrales excluent les vacances scolaires ; les théâtres ouvrent et ferment de plus en plus tôt. Ajoutez la crise de l’intermittence, la remise en cause des conventions collectives ainsi que l’érosion mécanique des budgets, tous ces symptômes conduisent à l’asphyxie complète du système. Quand Paris se transforme en une espèce d’Avignon off permanent, quand jouer à Paris fait perdre de l’argent aux compagnies, il y a urgence à harmoniser les politiques publiques en faveur du spectacle vivant, urgence à créer des outils opérants qui accompagnent la création.



Robin Renucci, comédien

Manifeste d’intérêt général pour une politique d’éducation artistique durable et concertée (extraits) :

Nous dénonçons La discontinuité de l’action de l’État au gré des alternances démocratiques ; l’érosion actuelle des budgets de l’État consacrés aux arts et à la culture dans leur dimension éducative ; les écarts entre les paroles et les actes.

Nous voulons :

  • face à une vision réductrice et normalisatrice de la réussite scolaire, que l’éducation de nos enfants réconcilie et valorise toutes les formes d’intelligence ;
  • face aux assauts quotidiens de la marchandisation, que nos enfants apprennent à distinguer une oeuvre d’un produit ;
  • dans une société du divertissement et de la médiatisation, que nos enfants aient toujours le choix des arts et de la culture ;
  • dans une société fragmentée, que la diversité des esthétiques et des pratiques soit une chance et une arme contre les déterminismes.

Nous affirmons :
  • que le chantier de l’éducation artistique doit être une priorité nationale ;
  • que l’éducation artistique conjugue nécessairement un projet pédagogique, un projet artistique et un projet culturel dans un cadre éducatif partagé. Sa mise en oeuvre concerne tous les professionnels et tous les acteurs des métiers de l’éducation des arts et de la culture, comme tous les responsables et les élus des politiques publiques de l’État et des collectivités territoriales.

(…) Nous sommes convaincus que l’éducation artistique contribue à la construction et à l’épanouissement de chaque individu tout en créant du lien social et politique.

Texte prononcé le 11 janvier, au Saint-André-des-Arts.
L'Humanité
- 17 janvier 2008







15 janvier 2008, France Inter "Esprit critique" : en réponse toute personnelle…

En réponse, toute personnelle,
à certains principes énoncés comme étant « de droit »
lors du débat sur le cinéma
au sujet des salles de circuits et des salles art et essai

sur
France Inter, mardi 15 janvier 2008, de 9h10 à 9h35,
Esprit Critique
- journaliste Vincent Josse.
Invités : Alain Sussfeld, directeur général d'UGC
Xavier Blom, AFCAE, administrateur de l'Association française
des cinémas d'art et d'essai,programmateur
de plusieurs salles parisiennes et directeur du cinéma de Massy.

émission à réécouter ici


Karine Prévoteau



« Personne ne peut figer un mouvement, ni détenir, seul, l’exactitude et le monopole, du passé, du présent et de l’avenir de ce mouvement, un mouvement en faveur de la diffusion et de la transmission d’œuvres cinématographiques singulières, innovantes, autres »



I. L’art et essai ne se réduit pas à un Kbis.

Statut privé ? Statut public ?
Une salle de cinéma de proximité, dans un quartier de grande ville, dans les petites villes et les villes moyennes, dans les zones rurales, ne se réduit pas à un statut juridique, à un récépissé scellé par une chambre de commerce, une préfecture, un centre des impôts.

« L’art et essai » n’est pas plus un statut juridique, un récépissé d’inscription en bonne et due forme auprès d’une chambre de commerce, d’une préfecture, d’un centre des impôts, régissant une activité.

Les salles de cinéma indépendantes en France s’identifient pour leur plus petit dénominateur commun par leur « non appartenance » à un circuit, et pour un autre dénominateur encore largement commun – même si il y a différentes pratiques professionnelles – par « une salle de cinéma indépendante = une programmation indépendante » et non pas la réception hebdomadaire d’une feuille de route en terme de programmation en provenance d’une seule direction, sur un mode vertical et intégré.


Alors oui, une salle de cinéma indépendante en France, peut être une société, une association, une régie municipale, une activité adossée à une scène nationale (certes bénéficiant des « murs » de la scène nationale et ayant accès à un bureau, une photocopieuse, un fax, un programme, et c’est déjà beaucoup, mais activité n’étant en aucun cas financée pour le moindre centime d’euro par les crédits dédiés au spectacle vivant via la ligne budgétaire de crédit culture « scène nationale »). Une salle de cinéma peut être aussi une délégation de service public sur appel d’offre émanant de collectivités locales par la mise en concurrence de candidatures émanant de sociétés, d’associations.


« L’art et essai », dans sa diversité, sa richesse, son aspect recherche, son aspect découverte, est depuis plus de cinq décennies une manière de découvrir les films, une manière de les montrer, une manière de tisser des liens avec les publics, une manière de permettre à des auteurs de construire leur cinématographie dans le temps.

Ni Pedro Almodovar, ni Ken Loach, ni Nicolas Philibert, ni Arnaud Desplechin, ni David Lynch, ni Abbas Kiarostami, pour n’en citer quelques uns n’ont construit leur œuvre en un jour, une année, une décennie…

Le temps de maturation d’une œuvre peut être celui du temps de maturation d’un mouvement, comme celui de l’art et essai, en France, et en aucun cas le temps d’un « statut juridique » d’un groupe de salles type multiplexes qui vient à peine de passer sa dizaine d’années et combien même ce serait douze ou treize…


Et il y a une décennie, voir un peu plus, mais pas beaucoup plus, l’ère des salles de cinéma « au statut juridique » couvrant le champ des multiplexes, était encore une ère très jeune, balbutiante, dans le paysage de la diffusion des films et cela, avant les cartes illimitées, qui certes devaient déjà être dans les tuyaux du groupe UGC.


Une salle de cinéma, un statut juridique se rattachant « au privé » ou « au public ».
« L’art et essai », un statut juridique, de surcroît, réduit (au très important) mais seul lieu de diffusion des films ?
Alors quoi ?


L’art et essai, qui se pensait peut-être déjà comme tel mais qui ne se nommait pas comme tel, (se nommait-il d’ailleurs ?) est un mouvement dont on peut retrouver la genèse dès les années 20. Bientôt neuf décennies !

Ses pionniers ? Des cinéastes, des écrivains, des critiques…

L’un des actes fondateurs (car il y en a d’autres) de « l’art et essai » au début des années 50, est ce mouvement porté par 5 salles parisiennes et des critiques de cinéma ; il ne peut être considéré comme étant fondateur que de notre point de vue, aujourd’hui, soit 5 décennies plus tard.


Car ils auraient pu très vite disparaître les « moins de dix » qui ont été cette forme de proposition, un « mouvement », une manière de faire, en marche.


Aujourd’hui, ils sont des centaines d’acteurs de l’art et essai, d’opérateurs, d’intervenants. Des salles, des cinéastes, des associations de salles, des associations de bénévoles, des médiateurs culturels et d’éducation à l’image qui œuvrent pour les films et pour les publics.


L’art et essai n’est pas un Kbis. L’art et essai n’est pas seulement une liste de clauses, peu à peu institutionnalisées, et réglementées par des textes classés sur les rayonnages du Centre national de la cinématographie.

L’art et essai, la recherche, la découverte forment un mouvement, lancé il y a plus de cinq décennies et plus avant encore.






II. Stratégie « d’extension significative du champ du spectre de la diffusion » du groupe UGC : dommages collatéraux pour les films et les auteurs.

Quant au « gros effort » en terme de diffusion de « films art et essai » notamment « dans des régions pas du tout évidentes » opéré – entre autres – par les salles UGC (le mardi 15 janvier, ils l’affirment comme tel sur les ondes de France Inter), couplé à la volonté affichéepar l’entreprise UGC « d’étendre significativement le champs du spectre de la diffusion et notamment art et essai », voici enfin nommée une stratégie offensive d'hégémonie déjà à l’œuvre depuis les années 2000.

Prenez un premier film, (je parle de ce que je connais, à vous, si vous le souhaitez, de faire part de vos propres expériences en la matière, à moins que je sois un cas isolé? Bizarre… ).

Ce premier film se nommerait
l’Arbre aux cerises de Marc Recha, que j'ai distribué.

Nous sommes en 1998. Le mouvement « art et essai » s’en empare. Le mouvement « art et essai » ? L’AFCAE – Association française des cinémas d'art et essai – et le GNCR – Groupement national des cinémas de recherche – qui le visionnent, le même jour, l’apprécient vivement. Le GNCR est le groupe de salles qui décide de le soutenir. Soit. Les associations de salles régionales et départementales le visionnent en province, organisent des circulations, des rencontres ; des salles de cinéma indépendantes parisiennes souhaitent le programmer ; des associations de bénévoles-spectateurs souhaitent organiser des débats; des médiateurs culturels souhaitent le présenter dans des actions d’éducation à l’image.

Une année de travail avec ces acteurs de l’art et essai puis le film sort, en octobre 1999.

Il obtient au final dans son équation de sortie volontairement modeste (c’est le premier film d’un cinéaste étranger) une rentabilité de 3.500 entrées par copie et circule encore dans les salles 18 mois après sa sortie nationale.

La présence du film sur les écrans attire l’attention de la Sélection officielle du festival de Cannes sur le long métrage suivant, en développement,
Pau et son frère.

On peut encore trouver
l’Arbre aux cerises sur certains écrans lorsque Pau et son frère est en compétition officielle de la sélection officielle de Cannes.

Dans une agglomération de 500.000 habitants où vient d’ouvrir un UGC
Cité Ciné proche du centre ville avec plus de 20 salles de cinéma, une agglomération comptant entre autres plus de 50.000 étudiants (peut-être l’une de ces régions difficiles où UGC fait un « gros effort » en faveur de la diffusion de films art et essai), il s’opère en mai 2001, soit 18 mois après la sortie et découverte d’un auteur par son premier film, un phénomène des plus étranges.

Pau et son frère porté par un autre distributeur que moi-même a une équation de sortie avoisinant peu ou prou une trentaine de copies.

Le cinéma indépendant de cette agglomération comptant 5 écrans ayant sorti en national
l’Arbre aux cerises, tenu à l’affiche trois semaines, collectant un nombre d’entrées prévisible et satisfaisant pour un premier film de ce type, souhaite programmer, 18 mois après, le second film de l’auteur.

Mais l’UGC
Cité Ciné a plus de 20 écrans à pourvoir (il en faut en engranger des films !) Et « un champ du spectre de la diffusion » à installer et le plus vite possible, n’est ce pas ?

L’UGC
Cité Ciné « veut » le film.

Il n’y a que 30 copies France ?

Le multiplexe n’en a que faire.

Qui dit non à UGC
Cité Ciné ?

Résultat :
  • un film à trente copies France,
  • dont deux copies sur une agglomération de 500.000 habitants, l’une programmée dans la salle de cinéma indépendante qui avait fait le travail pour le premier film de l’auteur, et l’autre à UGC Cité Ciné,
  • un potentiel d’entrées divisé par deux.
UGC Cité Ciné qui déprogramme le film au bout d’une semaine. Pas assez d’entrées. La salle de cinéma indépendante, qui peut-être pour faire un exemple, je ne sais pas, pour pouvoir continuer à travailler et donc à se faire entendre des distributeurs, déprogramme le film, elle aussi, au bout d’une semaine.

Heureusement pour lui, ce cinéaste, qui a réalisé trois autres films depuis, toujours soutenu par des dizaines et des dizaines de salles de cinéma indépendantes, n’a, pour l’instant, plus jamais ré-intéressé (à ma connaissance) « l’extension significative du champ du spectre de la diffusion » et notamment de la « section art et essai » du cher maxi-groupe UGC.



Terminons par une pirouette.

Puisque a priori nous sommes entrés dans l’ère « de l’extension » et bien à « l’extension significative du champ du spectre de la diffusion (…) art et essai » du groupe UGC ou autre groupe, ne nous faudrait-il pas avoir recours, nous aussi, à une extension ? Une « extension du domaine de la lutte » pour les films, pour leurs auteurs, pour leurs publics…

Je soumets ce texte et cette expérience à vos avis.


Karine Prévoteau
40 ans, Distributrice indépendante ( 1998-2000).

Responsable des actions publiques en faveur de l’audiovisuel et cinéma sur le territoire de la Région Alsace.
Auteur avec l'Agence culturelle d'Alsace d’une étude préfigurant la politique en faveur des cinémas indépendants de proximité « Etat des lieux des salles de cinéma indépendantes en Alsace de 1997 (avant l’implantation des 3 multiplexes dont Kinepolis et UGC Cité Ciné) » Equipement, organisation juridiques, ressources humaines, programmation, animations, publics. (1999-2002)

Déléguée générale du Groupement national des cinémas de recherche jusqu’à la fin 2003.

Actuellement travailleuse indépendante en développement de long métrage, en écriture, production, diffusion (Dies d'Agost – Jours d'août – de Marc Recha, Dans la Ville de Sylvia de Jose Luis Guerin) et chercheuse- doctorante à l’école doctorale de l’université Sorbonne Nouvelle (Censier) "Notions de soutien, recommandation, classification et diffusion des œuvres cinématographiques en France de 1990 à 2008"


Marc Recha

Loin de la Movida madrilène, Marc Recha grandit à l'Hospitalet de Llobregat, banlieue ouvrière de Barcelone. Il réalise ses premiers films dès son plus jeune âge avec une caméra super 8 reçue en cadeau. Plus tard, il découvre Bresson et le cinéma asiatique à la Cinémathèque de Barcelone. Titulaire d'une bourse, il part à Paris où il travaille auprès du cinéaste avant-gardiste Marcel Hanoun. En autodidacte, il écrit, réalise et produit plusieurs courts métrages.

A 21 ans, Recha tourne en trois jours son premier long métrage, le Ciel monte, d'après un roman écrit en 1916 par son compatriote Eugenio Ors. Mais la critique internationale le découvre avec son deuxième film, prix de la Fipresci à Locarno, l'Arbre aux cerises, dans lequel il filme le quotidien d'un village espagnol, en portant une grande attention à la nature. "Le cinéma, c'est le regard ; et le regard, c'est attendre les choses, attendre qu'elles se révèlent", déclarera-t-il aux Inrockuptibles. Entre deux longs-métrages, il multiplie les activités, réalise publicités et documentaires, collabore à des revues et enseigne à l'Université.

Sa notoriété s'accroit avec Pau et son frère, présenté en compétition au Festival de Cannes en 2001. Foncièrement indépendant, le réalisateur affine sa méthode : réunir une équipe dans un lieu isolé et se nourrir des aléas du tournage pour enrichir un scénario en constante évolution. Olivier Gourmet et Eduardo Noriega font partie de la distribution de son quatrième opus, présenté à Cannes dans la section Un certain Regard, Les mains vides (2004) un film tourné de l'autre côté des Pyrénées, une première pour le cinéaste. En 2007, Jours d'août est marqué par une autre nouveauté : Marc Recha joue en effet, aux côtés de son frère David, le rôle principal de cette quête initiatique autour de la disparition d'un journaliste.

Source : Allociné.com




17 janvier 2008, Politis


Les déclarations incohérentes
de Christine Albanel

ne peuvent apaiser
la colère des associations.





Le droit aux images
par Christophe Kantcheff

Les acteurs de l’action culturelle cinématographique se sont réunis le 11 janvier pour répondre aux attaques du gouvernement. Leur mobilisation est en cours, qui fédère aussi des cinéastes et la filière professionnelle des indépendants.

Tous, ils étaient tous là. Ils n’ont cessé de s’en réjouir, de s’en étonner aussi. Dans la grande salle bourrée à craquer (plus de 300 personnes) du cinéma le Saint-André des-Arts à Paris, ils étaient tous là : des producteurs, des distributeurs, des exploitants, des cinéastes (dont Nicolas Klotz, JeanPierre Thorn, Gilles Porte, Éric Guirado, Christian Rouaud). . . Toute la «filière cinéma» (celle des indépendants) a répondu présent ce vendredi 11 janvier pour apporter son soutien et témoigner de sa solidarité aux acteurs de l’action culturelle cinématographique, aujourd’hui menacés par l’État (1). À l’initiative de ce rassemblement national et de la pétition «Cinéma et audiovisuel, vers le démantèlement de la diversité culturelle ?», une kyrielle d’associations qui œuvrent pour la diffusion culturelle, l’éducation artistique et l’organisation de festivals. Parmi elles, l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion, l’Association des cinémas de l’ouest pour la recherche, l’Association des cinémas de recherche d’Île-de-France, l’Agence du court métrage, Carrefour des festivals, les Enfants de cinéma, le Groupement national des cinémas de recherche. . .


Deux cents structures au total qui, par un patient travail sur tout le territoire, permettent notamment à des populations éloignées des salles, tant du point de vue social que géographique, d’avoir accès à la diversité du cinéma, à des films exigeants de trouver leur public, et à des élèves de toutes conditions de nourrir leur sensibilité et leur réflexion grâce aux œuvres et à la médiation pédagogique assurée par les enseignants, les exploitants et les créateurs. Bref, une grande entreprise de démocratie culturelle, cette notion tant vantée par Nicolas Sarkozy dans sa lettre de mission à sa ministre de la Culture, Christine Albanel. Sauf que le président de la République produit du discours comme Catherine II de Russie construisait ses villes : les façades sont belles, mais derrière, le néant. Plusieurs intervenants ont ainsi rappelé l’envers du discours : une baisse importante des crédits alloués à la diffusion culturelle cinématographique; l’incertitude sur la manière dont les directions régionales des affaires culturelles et le Centre national du cinéma vont pallier le retrait des aides directes de l’État ; ou encore l’absence à ce jour de représentants de la filière cinématographique du programme des entretiens de la rue de Valois, voulus par la ministre. Récemment, celle-ci a tenté d’éteindre le feu de la colère qu’elle sentait monter à juste titre. En vain. Dans un communiqué, le 7 janvier, elle annonce que «la nouvelle enveloppe budgétaire» allouée à son ministère fin décembre «bénéficiera aussi » à l’action culturelle cinématographique. Problème : les 34,8 millions d’euros débloqués avaient été présentés comme une rallonge pour le spectacle vivant. Mais voici que le conseiller de la ministre pour le cinéma, François Hurard, annonce sur France-Info le 11 janvier que des crédits spécifiques ont aussi été réservés pour le cinéma. Problème : il ne sait pas dire combien. Plus cohérent et convaincant, tu meurs. . .


Mais les intervenants ont tenu à donner un tour positif à leurs propos. D’abord en redéfinissant le sens de leurs missions : «Favoriser l’accès des publics à des cinématographies singulières répond de façon complémentaire et indispensable à une exigence de démocratie culturelle avec le double principe de formation et d’élargissement des publics», ont-ils rappelé dans un texte introductif. Ils ont aussi souligné le rôle économique qu’ils jouent au sein de la filière et par là même le soutien à la création que leurs activités génèrent. D’où l’appel à la solidarité lancé à toute la profession, même à celle qui penche davantage du côté de l’industrie que de l’art. «Attaquer la marge, c’est s’en prendre au centre», a-t-il été dit, paraphrase d’un célèbre aphorisme godardien. Mais, pour l’heure, des groupes comme UGC ou MK2 préfèrent traîner devant le tribunal administratif certaines salles indépendantes et/ou municipales –le Méliès à Montreuil, le Comœdia à Lyon– pour «abus de position dominante». . .

Qu’à cela ne tienne. L’ambiance était roborative au Saint-André-des-Arts, et la mobilisation prometteuse. Des représentants de SUDCulture, de la CGT du ministère de la Culture, de la CGT-spectacle et des techniciens CGT, du conseil régional d’Île-deFrance, de la fédération française des MJC et d’associations d’enseignants étaient venus en renfort. Robin Renucci a insisté sur la nécessité d’une jonction avec le milieu théâtral. Le réseau des éducateurs et des passeurs d’images est en branle. «
Il faut continuer cet effort de mobilisation collective, ont-ils conclu. C’est le bon moyen pour faire peur au gouvernement.» À suivre, donc.



(1)Voir Politis du 29 novembre et du 13 décembre 2007.
Pour s’informer sur la mobilisation et signer la pétition :
http://www.cinema-diversite-culturelle.blogspot.com/



15 janvier 2007, Le Monde

Le Monde | 15.01.08 | 16h07
Nicole Vulser
Article paru dans l'édition du 16.01.08




La réponse budgétaire de l'Etat
ne calme pas la grogne du cinéma




Cela ressemble à un jeu de chaises musicales. Destinée à redonner de l'oxygène au spectacle vivant dans un contexte financier tendu, la rallonge budgétaire de 34,8 millions d'euros, promise par le ministère de la culture et de la communication (Le Monde du 17 décembre 2007), devra finalement être partagée avec le cinéma. Les principales victimes des arbitrages budgétaires en 2008, comme les petits festivals et les actions éducatives, pourraient récupérer 5 millions d'euros sur ce total.


Pas de quoi réjouir le spectacle vivant, pour lequel cette rallonge ne suffisait déjà pas à compenser le "gel" de 6% de l'ensemble des crédits de la culture dans le budget 2008. "Si nous sommes solidaires du cinéma dans cette enveloppe, il faut que l'Etat trouve de l'argent supplémentaire", commente François Le Pillouër, président du Syndicat des directeurs de scènes subventionnées (Syndeac).

L'intégration du secteur cinématographique à la rallonge budgétaire qui ne lui était initialement pas destinée est une première réponse de la Rue de Valois à la menace de forte baisse des crédits déconcentrés accordés par les directions régionales des affaires culturelles (DRAC). Celle-ci inquiète les organisateurs de festivals, les associations régionales de cinéma et les associations liées à l'éducation artistique, notamment en milieu scolaire.

Vendredi 11 janvier, la salle du cinéma Saint-André-des-Arts, à Paris, était pleine à craquer de réalisateurs (Nicolas Klotz, Nicolas Philibert, Lucas Belvaux...), de producteurs, de distributeurs et de représentants des associations, souvent régionales, qui travaillent dans les petites structures liées au cinéma, pour réaffirmer à quel point "toute baisse du soutien de l'Etat menace la diffusion culturelle du cinéma" et serait "catastrophique pour l'ensemble de la filière". Leur ambition : "redonner un sens à la part non rentable" du cinéma.


Profession de foi


Le ministère apporte une seconde réponse aux problèmes budgétaires des festivals : une trentaine parmi les plus importants, comme ceux de Marseille (documentaire), de Clermont-Ferrand (courts métrages), d'Annecy (animation), de La Rochelle (films internationaux), seront désormais financés exclusivement par le Centre national de la cinématographie (CNC).

Grâce à la taxe supplémentaire appliquée aux nouveaux distributeurs de télévision, comme les fournisseurs d'accès à Internet, le fonds de soutien du CNC augmente. 1,5 million d'euros servira à maintenir le financement de ces gros festivals. L'incertitude reste entière pour des centaines d'autres petits festivals, dont le sort demeure lié à celui des DRAC.

Dans ce climat houleux, le ministère de la culture cherche à calmer le jeu et affirme que l'éducation au cinéma reste une priorité. Malgré cette profession de foi, aucune rallonge budgétaire dans ce secteur n'est envisagée avant 2009. Et l'assurance de la Rue de Valois que les budgets 2008 seront équivalents à ceux de 2007 ne suffit pas à rassurer les professionnels.

15 janvier, France-Inter, "Esprit critique"

Quand il y a débat sur une grande chaine radiophonique
à une heure de relative grande écoute
à propos des circuits et des salles art et essai…

J'ai pris l'initiative de faire un compte rendu de ce débat
en le réécoutant plusieurs fois sur france inter.fr.
Je rédigerai ma propre réaction dans les jours qui viennent (consulter ici)
Bonne lecture,

Karine Prévoteau


France Inter, mardi 15 janvier 2008 de 9h10 à 9h35
Esprit Critique
(chronique) – journaliste Vincent Josse.
Invités : Alain Sussfeld, UGC – Xavier Blom, AFCAE
Association française des cinémas d'art et d'essai




Chronique intitulée sur le site de France Inter

Débat sur le cinéma :
cartes illimitées et salles subventionnées



Compte rendu à l’initiative, de la seule responsabilité et effectué par Karine Prévoteau (1), assumant les coquilles éventuelles, l’approximation de quelques termes malgré une volonté de retranscription des propos le plus en adéquation possible avec ce débat radiophonique.


Le journaliste pose le débat en ces termes aux deux invités : il les invite à faire un retour sur le « conflit entre les salles subventionnées » et « les gros circuits » type Pathé-Gaumont, UGC, MK2. Il demande si l’on vit « une guerre des cinémas », entre les « salles art et essai » et les « gros cinémas ». Il évoque par exemple le problème que pose apparemment l’extension de certaines « salles municipales » dont Montreuil, qui exercerait une « concurrence déloyale ». Y aurait-il « péril en la demeure » ?

Xavier Blom est le premier à intervenir. Il ré-évoque malgré « la relative bonne santé » des salles art et essai, leur grande fragilité avec les phénomènes de concentration incarnés, renforcés par les multiplexes, les outils comme les cartes illimitées, les nouvelles technologies. D’autre part, il y a les indépendants, les salles de proximité, ce modèle français, fragile, fragilisé face à une intention politique aujourd’hui absente, un pouvoir politique indifférent à la spécificité du travail fait par ces salles, un travail commercial, mais aussi un travail de nature culturelle.

Alain Sussfeld, lors d’une intervention relativement longue que Vincent Josse lui demande implicitement d’abréger pour laisser la parole de son interlocuteur s’exprimer, intervient quasi immédiatement pour préciser, fermement deux choses :

  • l’une est que les circuits, UGC et MK2 notamment ne vivent aucun conflit avec les salles art et essai ;
  • la seconde est la précision d’une distinction jugée absolument fondamentale par Alain Sussfeld entre 2 notions, donc tout à fait distinctes : la notion d’une salle art et essai et la notion d’une salle publique ou municipale.

Une salle art et essai n’aurait donc rien de commun avec une salle publique ou municipale. D’ailleurs, pour illustrer son propos, il souligne, à titre d’illustration de la tradition des bonnes relations à la fois concurrentielles et complémentaires entre des salles d’origine diverses, par l’exemple de Massy, qui représente un bon équilibre de programmation associant des films en V.O, qui sont aussi dans les salles UGC, et selon les saisons, des films de saisons, pour incarner la logique de proximité, par exemple à la saison de Noël des films pour enfants, à la saison des fêtes des films grand public.

Alain Sussfeld, qui a et garde toujours la parole à cet instant du débat, insiste bien pour que « ne pas confondre grands et petits, bons et méchants, salles art et essai et salles publiques » car selon lui « ce n’est pas aussi manichéen que cela !»

Il souligne un aspect : l’accentuation du rapport concurrentiel.

Le fait que « nous » (le nous est Alain Sussfeld et UGC et pour partie MK2, même si il précise qu’il ne parle pas en leur nom), je cite « Nous, entreprises, nous entendons étendre significativement le champs du spectre de la diffusion » […] « que nous faisons un énorme effort en terme de diffusion de film art et essai, notamment dans des régions pas du tout évidentes » […] « avec une politique systématique en faveur des films art et essai »

Monsieur Alain Sussfeld, qui dans l’avancée du débat garde toujours la parole, malgré la demande implicite du journaliste de ne pas se livrer à un « monologue » revient sur le bon mélange qu’est la programmation des salles de Massy par Xavier Blom, que cette programmation se rapproche de celle des UGC et que Alain Sussfeld insiste pour dire que ce rapprochement des programmations est absolument logique que « l’on est clair » là-dessus.

Certes, plus dans un principe de rayonnement et de diversité de diffusion, certes avec des politiques commerciales un peu différentes, il y a une même logique entre une programmation de salles comme celles de Massy et de salles UGC, cette logique n’étant pas de faire « exclusivement » du cinéma populaire, de blockbusters, de films américains ou de gros films français.

Le journaliste, Vincent Josse, reprend la parole et redemande alors ce qu’il en est pour Montreuil, pour ce cinéma le Méliès qui a actuellement 3 salles et qui aura 6 salles en 2010, de l’action judiciaire engagé par UGC et MK2.

Alain Sussfeld tient à minimiser d’emblée la portée des termes employés. Il se positionne par rapport à Montreuil sur un élément juridique car en France, nous sommes dans une société de droit.

Selon lui, Montreuil pratique une politique mixte de programmation moins qualitative que celle de Massy. Alain Sussfeld tient à préciser 2 chiffres : le premier est que 45% des séances de Montreuil sont communes avec celles des établissements de circuit de Rosny, que le Mélies de Montreuil programme Spiderman, Harry Potter et que selon lui, ces films font perdre au Méliès une partie de son identité.

Le second chiffre est que le Méliès reçoit 500.000 euros de subvention pour 200.000 entrées, soit 2,50 euros par entrée réalisée et que le Méliès pratique des prix de 2 à 3 euros plus bas que ceux pratiqués par UGC, d’où la situation juridique actuelle entre les différentes entités ( UGC, MK2 et le Méliès).

Car dans ce contexte, la maire de Montreuil prend l’initiative d’un déplacement et d’un redéploiement de son cinéma et que donc, il est normal d’engager une action, dans le cadre de procédure juridique française qui veut qu’il y ait une autorisation commerciale pour les établissements comme pour le commerce traditionnel. Alain Sussfeld évoque alors une attaque sur ce point d’agrément de déploiement et de déplacement du cinéma.

Vincent Josse rappelle que de nombreux cinéastes, sans agressivité aucune, sont solidaires du Méliès, comme Alain Guiraudie, Pascale Ferran qui dit que sans ce type de cinéma, son cinéma à elle n’existerait pas.

Alain Sussfeld précise que ces mêmes cinéastes sont par ailleurs « très très demandeurs » des salles des circuits.

Alain Sussfeld demande qu’il y ait une nuance dans son approche car il ne conteste pas le Méliès actuel, mais le Méliès futur.

Puis Alain Sussfeld revient sur 2 points de détail :

Le premier point de détail est qu’il y a 10 ans, lorsque UGC a demandé l’extension de Rosny, il y avait une seule voix négative, c’était celle du maire de Montreuil, qui par conséquent, ne doit pas considérer ses projets si déconnectés de ceux d’UGC.

Le second point de détail est que UGC, et MK2, vont initier une procédure de demande d’avis devant le conseil de concurrence, sur la problématique publique / privée.

« Point à la ligne » rajoute t-il et que cette procédure ne concernera pas les salles art et essai privées qui ont pour vocation de vivre et de se développer dans un système que UGC a toujours agrée.

Vincent Josse redonne la parole à Xavier Blom.

Xavier Blom précise que le Méliès a une valeur exemplaire, qu’il ne connaît pas aussi bien le dossier et qu’il remercie monsieur Sussfeld des compliments sur Massy tout en ajoutant que si Massy n’est certes pas le Méliès, Massy peut se retrouver demain dans une problématique de projets de développement, lui aussi.

Les circuits dénoncent les subventions dont bénéficient les salles publiques alors que souvent, dans la majorité des salles art et essai sur tout le territoire de la France, il s’agit de mono écran ou de 2 écrans, qui ne permettent pas d’équilibrer une activité purement commerciale, que ces salles ont besoin des aides des villes, que leur objectif n’est pas d’engranger de l’argent, que ces salles font un travail culturel, de mise en réseaux, d’éducation par le film.

Vincent Josse rappelle d’ailleurs qu’ils sont nombreux en ce moment à dénoncer la baisse des subventions de l’Etat.
(aparté dont je suis à l’initiative) Xavier Blom n’évoquera A AUCUN MOMENT l’action engagée par plus de 300 structures, souvent associatives, implantées sur TOUT le territoire français, salariant de 2 à 10 personnes pour certaines d’entre elles, représentant à ce jour un budget pour la totalité de leurs actions sur TOUT le territoire français de 5 millions d’euros de crédits déconcentrés dans les Drac par le Ministère de la Culture / CNC.

Non, Xavier Blom parle en effet d’une baisse des subventions de l’Etat depuis 2 ou 3 ans, mais qui ne sont en fait pas des subventions, mais des « avances remboursables » la part de fonds de soutien, concernant l’ensemble des opérateurs du cinéma, et notamment les salles, donc de la part de ce fonds de soutien reversé de façon sélective aux salles, aux associations de salles, aux festivals, part du fonds de soutien en baisse à cause du grand succès de certains films français et non américains, paupérisant la partie reversée de façon sélective au profit de la partie reversée en automatique aux acteurs du champs de la production de ces succès français.

Pour info (ça c’est moi qui le rajoute), l’enveloppe budgétaire sélective en provenance du fonds de soutien pour le classement des salles art et essai s'est élevée à peu moins de 12 millions d’euros en 2006.

Le débat se conclue sur la menace des technologies numériques qui nécessitent beaucoup d’argent et on se demande si les salles indépendantes vont pouvoir survivre.

Xavier Blom dit que c’est une technologie de concentration, qui qualitativement n’apporte pas grand-chose et qui coûte très cher.

Alain Sussfeld quant à lui dit que UGC est déterminé à être les derniers à adopter la projection numérique et que leur puissance, que l’on leur reproche par ailleurs, est un grand élément de garantie de l’autonomie et de la pérennité des salles de cinéma indépendantes, la garantie de la perrenisation de la copie et qu’une fois de plus, Alain Sussfeld pense qu’en la matière, UGC est parfaitement solidaire…


(1) Karine Prévoteau, 40 ans, distributrice indépendante ( 1998-2000). Responsable des actions publiques en faveur de l’audiovisuel et cinéma sur le territoire de la Région Alsace. Auteur d’une étude préfigurant la politique en faveur des cinémas indépendants de proximité « Etat des lieux des salles de cinéma indépendantes en Alsace de 1997 (avant l’implantation des 3 multiplexes dont Kinepolis et UGC Cité Ciné) » Equipement, organisation juridiques, ressources humaines, programmation, animations, publics (1999-2002). Déléguée générale du Groupement national des cinémas de recherche jusqu’à la fin 2003. Actuellement travailleuse indépendante en développement de long métrage, en écriture, production, diffusion et chercheuse - doctorante à l’école doctorale de l’université Sorbonne Nouvelle (Censier)



14 janvier 2008, Comoedia à Lyon, objectif : 20.000 signatures

Comœdia de Lyon
Consulter le blog, signer la pétition


Objectif 20.000 signatures

( déjà 14.000 !)

pour le soutien au Comoedia à Lyon



Depuis bientôt un mois, nous vous avons laissés sans nouvelles de la procédure engagée par UGC pour essayer de nous interdire l’utilisation du nom Comoedia ; et du mouvement de solidarité du public à travers la signature du texte de soutien disponible au cinéma et sur internet.


Pourquoi ? Parce qu’il n’y avait pas de nouveau jusqu’au 7 janvier et parce que, vous comme nous étions occupés à autre chose, à savoir bien finir l’année 2007 et commencer le mieux possible l’année 2008.

Les nouvelles concernant le soutien au Comoedia sont aujourd’hui les suivantes :
  • le mouvement de soutien et de solidarité autour du Comoedia atteint une grande ampleur avec à ce jour plus de 13.000 signatures et il en arrive de nouvelles chaque jour !
  • des élus du Grand Lyon, en l’occurrence Nadine Gelas et Jacky Darne, nous ont fait connaître leur préoccupation et ont souhaité nous rencontrer. Une réunion est prévue pour ce jeudi 17 janvier en présence du conseiller cinéma de la DRAC.
Il est trop tôt pour savoir si ce rendez-vous aboutira à quelque chose ou non, mais il nous parait important de pouvoir expliquer les choses et débattre avec les élus.
  • d’autres personnalités politiques ont signé le texte de soutien ou nous ont écrit pour manifester leur soutien.
  • les problèmes rencontrés par le Comoedia étant emblématiques des tensions nationales entre grands groupes et salles de cinéma indépendantes, nous participerons à la table ronde qui aura lieu le vendredi 25 janvier au cinéma Les Alizés de Bron sur le thème : « Quel avenir pour les cinémas de nos villes et pour la diversité culturelle ? »

Sur le plan judiciaire, les méthodes d’UGC n’ont pas l’air de vouloir beaucoup évoluer en 2008.
Ainsi, nous avons reçu le lundi 7 janvier une nouvelle assignation à comparaitre devant le Tribunal de Grande Instance de Lyon, statuant en référé.

Sauf changement de dernière minute, l’audience est fixée au lundi 28 janvier à 13 h 30.

11 janvier 2008, dépêche AFP

PARIS, 11 jan 2008 (AFP)
11/01/2008 15h33




Appel à une grève des cinémas indépendants
le soir des César

Un appel à la fermeture des cinémas indépendants le 22 février au soir, pendant la cérémonie des César 2008, a été lancé vendredi par des professionnels et des associations pour protester contre un "désengagement de l'Etat", selon eux, en matière d'action culturelle cinématographique.

Cet appel a été lancé à l'issue d'une assemblée générale à Paris réunissant trois cents personnes, producteurs, réalisateurs, acteurs, enseignants, responsables de festivals, de ciné-clubs et d'associations d'éducation artistique.

Regroupant une cinquantaine de salles, l'Association des cinémas de proximité en Aquitaine est à l'initiative de cette "grève des cinémas" : les cinémas qui souhaitent se joindre au mouvement sont invités à rester fermés le 22 février au soir ou à organiser des débats sur l'action culturelle.

Les participants de l'assemblée générale parisienne ont acté également la création d'un collectif national.

Président d'un pôle d'éducation populaire cinéma-théâtre, l'acteur Robin Renucci a dénoncé "l'érosion des budgets".

Selon Antoine Leclerc, délégué général de l'association Carrefour des festivals qui fédère une cinquantaine de manifestations, "des baisses de crédits de l'ordre de 20 % mettraient en péril le déroulement d'un grand nombre de manifestations et d'animations réalisées dans les salles par un important maillage associatif".

Le cinéaste Eric Guirado (Le fils de l'épicier) s'est dit "blessé et insulté" contre "des coups portés notamment aux festivals de cinéma et salles indépendantes, caisses de résonance de nos films".

Olivier Meneux, responsable de l'Association Cinéma et Audiovisuel en Picardie (ACAP), et porte-parole du collectif, a annoncé l'organisation "d'états généraux de l'action culturelle cinématographique".

Note de l'administrateur du site : Olivier Meneux n'était pas le porte-parole du collectif, juste la personne à qui il avait été demandé, pour ses qualités reconnues en la matière, de bien vouloir synthétiser les débats et en résumer les conclusions / ouvertures.

Les craintes portent sur le sort de 5 millions d'euros de subventions de l'Etat versées chaque année par les DRAC (Directions régionales des affaires culturelles) aux associations chargées de l'action culturelle cinématographique, de l'éducation à l'image et de l'organisation de festivals.

Au ministère de la Culture, on assure que les DRAC continueront à subventionner ces associations grâce à la "nouvelle enveloppe budgétaire" de 34,8 M EUR débloquée en décembre.

10 janvier 2008, dépêche AFP

Par Rébecca FRASQUET
Jeudi 10 janvier, 18h35


PARIS (AFP) - Des organisateurs de festivals de cinéma, des associations et d'autres professionnels de la diffusion des films sur le territoire rendront publiques, vendredi lors d'un débat à Paris, leurs craintes d'un "désengagement de l'Etat" en matière d'action culturelle cinématographique.

Vendredi matin au cinéma Saint-André des Arts, au cœur du Quartier latin, se rassembleront certains des quelque 200 "acteurs de la diffusion culturelle et de l'éducation artistique" signataires d'un appel à la mobilisation lancé le 7 décembre, pour dénoncer "une très forte baisse du soutien de l'Etat, qui menace la diffusion culturelle du cinéma et de l'audiovisuel".

"Nous craignons des baisses de crédits de l'ordre de 20% qui mettraient en péril le déroulement d'un grand nombre de manifestations et d'animations réalisées dans les salles par un important maillage associatif", explique à l'AFP Antoine Leclerc, délégué général de l'association Carrefour des festivals, qui fédère une cinquantaine de manifestations.

"Nous redoutons l'abandon, sans concertation préalable et dans la plus grande improvisation, de subventions versées par exemple à des petites structures en zone rurale, qui pourraient tout simplement fermer", dit-il.

Ces craintes portent sur le sort de 5 millions d'euros de subventions de l'Etat versées chaque année par les DRAC (directions régionales des affaires culturelles) aux associations chargées de l'action culturelle cinématographique, de l'éducation à l'image et de l'organisation de festivals.

Au ministère de la Culture, on assure ces jours-ci que les DRAC continueront à subventionner ces associations grâce à la "nouvelle enveloppe budgétaire" de 34,8 M EUR débloquée en décembre.

Cette rallonge a été décidée après l'inquiétude soulevée cet hiver dans les milieux du spectacle vivant par un budget 2008 jugé insuffisant.

"Tout a été fait pour que les budgets soient rétablis, c'est maintenant aux DRAC de gérer leur enveloppe au cas par cas et de communiquer avec leurs interlocuteurs: les associations", a indiqué le ministère à l'AFP jeudi.

"Il n'y a aucune volonté de réduire ces financements et surtout pas dans le domaine de l'éducation à l'image" où les actions devraient "être renforcées, comme le préconise le rapport Gross" sur l'éducation artistique et culturelle.

Seul changement: une vingtaine de festivals à la notoriété importante tels que le Festival du film d'animation d'Annecy, celui de courts-métrages de Clermont-Ferrand ou Premiers plans d'Angers, ne seront plus subventionnés par les DRAC mais par le Centre national de la cinématographie (CNC).

On en revient ainsi à la situation qui prévalait avant la décentralisation mise en place au début des années 2000.

Chaque festival sera contacté par le CNC dans le courant du premier trimestre, "la liste est en train d'être constituée", dit-on au ministère.

Dans la foulée, des discussions sur le développement des actions d'éducation à l'image sont prévues entre le ministère et les associations "dans les semaines à venir", indique la même source.

Toutefois l'inquiétude restait vive jeudi, plusieurs sources officielles ayant indiqué à leurs interlocuteurs qu'il "manquerait toujours autour de 800.000 euros au niveau national", selon des témoignages recueillis par l'AFP.

"Nous n'avons eu aucune assurance quant au maintien des subventions versées à toutes nos activités en amont ou en aval du festival dans le cadre de l'éducation à l'image", indique Georges Bollon, l'un des délégués généraux du Festival de Clermont-Ferrand.

Paris tout court : groupe info sur Facebook

Cher amis,

Pour info, je vous invite à découvrir le groupe sur Facebook créé il y a 2 mois. Bien à vous, Patrick

Patrick Zocco \ +33 660 833 202 \ patrick.zocco@gmail.com
Paris Tout Court \ VP - délégué général et artistique \ www.paristoutcourt.org \ info@paristoutcourt.org

25 janvier, à Bron

Table ronde
Vendredi 25 Janvier 2008 à 14h
au Cinéma les Alizés à Bron


Quel avenir pour les cinémas de notre ville
et pour la diversité culturelle ?


Les associations de la Région Rhône-Alpes (GRAC, ACRIRA et Ecrans), ainsi que l’association
Plein Champ d’Auvergne, invitent les élus territoriaux et les responsables de l’exploitation sur la Région à venir débattre de la crise que subissent aujourd’hui les salles de cinéma indépendantes des grands circuits.


Des choix de société sont en cours, nous souhaitons échanger avec vous afin de débattre de la question suivante : Quel avenir pour les cinémas de nos villes et pour la diversité culturelle ?

Parce que vous êtes attachés à la diversité culturelle, parce que nous estimons que notre action est importante, nous souhaitons échanger en profondeur avec vous dans une volonté constructive.


Le système de l’exploitation cinéma tel qu’il a été forgé en France dans les années cinquante a permis de tisser un réseau de salles de proximité (souvent d’Art et d’Essai) unique au monde qui participe incontestablement à la diversité de la culture française et mondiale et qui irradie le paysage français.

Le travail effectué sur le terrain par nos salles est de l’ordre :

  • de l’action culturelle, grâce à la diversité des films proposés et les animations mises en place, notamment les festivals et autres moments de rencontres et d’échanges avec les créateurs ;
  • de l’aménagement du territoire par la présence de nos salles sur certaines zones, ouvertes tous les jours au public ;
  • de l’éducation, grâce au travail effectué auprès des jeunes via les dispositifs scolaires et la carte M’RA notamment, et grâce aux débats organisés régulièrement sur des sujets de société.

L’ensemble de nos salles représentent 3.900.000 spectateurs sur la Région Rhône-Alpes, plus 1 million sur l’Auvergne, et sont de ce fait au cœur de l’économie engendrée par l’industrie cinématographique.

Aujourd’hui, nos cinémas sont confrontés à des difficultés multiples et croisées de trois ordres :
  • la remise en cause de l’intervention publique ;
  • la remise en cause de notre travail de programmation dû à la pression mise sur l’accès aux copies et la question sous-jacente du numérique ;
  • le désengagement annoncé de l’Etat.

Nous souhaitons rappeler qu’en 12 ans en France, le parc des salles a été complètement transformé : les 146 multiplexes construits pendant cette période (soit 7% des lieux) réalisent 55% des recettes. Sans compter les prochaines arrivées sur la région (3 sur Lyon, 1 sur Roanne par exemple...). Les dérégulations du marché mises en place par UGC notamment avec la carte illimitée, sans réaction significative des instances régulatrices, ne sont pas là pour nous rassurer.

A cela s’ajoute le désengagement progressif mais réel de l’état, et le non positionnement d’autres collectivités territoriales.

Toutes ces difficultés nous renvoient à une image de l’exploitation plus proche de celle connue en France jusque dans les années 70. C’est-à-dire une exploitation à deux vitesses avec des sorties nationales pour un public qui a les moyens de fréquenter UGC et sa confiserie et des sorties largement différées pour un public rural ou banlieusard.

Janvier/février 2008, Journal de l'Alhambra Cinémarseille

Chronique

Une barbarie douce

Où allons-nous ?

La préparation du budget 2008 du Ministère de la Culture inquiète les associations d’action culturelles.

Tout indique que le Ministère de la Culture entend se désengager du financement des associations qui développent des actions de diffusion et de médiation culturelle dans les régions. Sans concertation, ni avec les intéressés ni avec les collectivités locales qui vont se retrouver sollicitées sans en avoir les moyens, ni le pouvoir, des mesures de diminutions, voire de disparitions de subventions, vont être prises avant la fin de l’année.

Pour ce qui est du cinéma, ce sont les associations régionales qui fédèrent des salles culturelles d’art et d’essai et de recherche qui sont menacées, ainsi que de très nombreux festivals, des circuits de cinéma itinérant et toutes les associations d’éducation populaire qui poursuivent déjà dans de grandes difficultés leurs missions.

Ce maillage de lieux et d’équipes est indispensable à une action culturelle globales qui est le seul rempart à la lente transformation des œuvres en produits que favorise la domination de l’industrie du cinéma par les lois d’un commerce libéral.

Tous les dispositifs d’éducation artistiques cinématographiques dépendent entièrement de ces réseaux. Ils sont les lieux de vie des intervenants artistiques et des ressources pédagogiques.

Au moment où les grands groupes de la distribution et de l’exploitation se mobilisent pour faire échec à des initiatives culturelles publiques de municipalités, comme le montre l’attaque de UGC/MK2 contre les projets de la Mairie de Montreuil, l’Etat, tout en soutenant ces projets, choisis de fragiliser ce tissus d’acteurs, déjà très paupérisés, au nom d’une restructuration de ses missions et de la résorption de la dette publique.

La logique libérale s’empare chaque jour davantage de notre vie ensemble. Les créateurs, les diffuseurs s’alertes et vont le faire savoir publiquement au début du mois de janvier, mais rien ne pourra se faire tant que le public qui est, sans le savoir, le premier concerné, n’aura pas pris conscience de l’appauvrissement en cours de tout son espace imaginaire, de sa langue, de ses récits, de ses gestes, de ses rêves. Une sorte de barbarie douce nous envahie.

Jean Pierre Daniel
Directeur de l’Alhambra Cinemarseille
Président des Enfants de cinéma


08 janvier 2008, L'Humanité

Parution de l'appel à mobilisation dans l'Humanité.